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Compétitivité

La France n’a rien à attendre du Smic allemand

Option Finance - 02 décembre 2013

Opposée de longue date à l’instauration d’un salaire minimum légal en Allemagne, la chancelière Angela Merkel a fini par céder. Afin de constituer une coalition avec le parti social-démocrate SPD, elle vient d’annoncer la mise en place, dès 2015, d’un Smic horaire de 8,50 euros – contre 9,43 euros en France. Une mesure qui devrait toutefois avoir une portée extrêmement limitée, y compris outre-Rhin. En effet, une part importante des salariés y bénéficient déjà d’une rémunération supérieure à ce seuil, en raison de l’existence de revenus minima fixés dans le cadre d’accords de branches d’activité. «Parmi les salariés en CDI et travaillant à temps plein, seul un sur dix gagne moins de 8,50 euros par heure, constate ainsi Henrik Uterwedde, directeur de l’Institut franco-allemand, un centre de recherche et de documentation. Sur l’ensemble de la population active salariée, cette part s’élève à 17 %.» Les principaux concernés sont les employés de petites entreprises, ceux de certains secteurs comme l’agriculture et les services à la personne, et des Landër situés à l’est du pays. Pour autant, même pour eux, le nouveau dispositif n’aura pas d’effets immédiats. «L’accord entre la CDU et le SPD prévoit, lorsqu’un salaire horaire inférieur à 8,50 euros est fixé par une convention collective, que l’entrée en vigueur de la disposition soit différée à 2017», précise Henrik Uterwedde. Par ailleurs, pour les autres pays de la zone euro, dont la France, cette mesure devrait rester neutre en termes de compétitivité. D’abord, selon plusieurs spécialistes, la plupart des sociétés concernées par ce Smic n’exportent pas. De plus, les autres devraient également trouver une parade. «Beaucoup de groupes industriels allemands fonctionnent sur le modèle de la sous-traitance vers les pays d’Europe de l’Est, explique Bertrand Nouel, avocat et expert au sein du think tank iFRAP. Si leurs coûts salariaux augmentent sous l’effet de cette disposition, il est probable qu’ils sollicitent davantage leurs fournisseurs étrangers.»