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ALTICE : la montée en puissance des fidèles de Drahi ne rassure pas les marchés

AOF - 10 novembre 2017


(AOF) - Nouvelle journée difficile pour Altice. Le titre de l'opérateur télécoms a chuté de 3,38% à 10,3 euros, aggravant encore son repli depuis jeudi dernier : le cours d'Altice a dégringolé de près de 37% depuis cette date, veille de la publication des résultats trimestriels décevants, notamment chez SFR, qui a donné le coup d'envoi des ventes. Sur la seule séance de vendredi 3 novembre, le titre avait dévissé de 22,5% suite à cette publication qui n'a pourtant apporté aucun élément nouveau : SFR continue à perdre des abonnés et le niveau de 50 milliards d'euros de dette est connu depuis longtemps.

Le moins que l'on puisse dire est que l'annonce, hier soir, du départ de Michel Combes, arrivé en 2015 chez Altice et promu DG du groupe en juin dernier, qui était aussi PDG de SFR, n'a donc pas redonné confiance aux investisseurs.

Elle semble même avoir, au contraire, renforcé leurs inquiétudes. Les conditions de départ de Michel Combes semblent en effet peu claires. Les investisseurs hésitent à y voir un départ volontaire : Michel Combes aurait préféré quitter le groupe, et notamment sa filiale française en difficulté, avant que la situation ne se dégrade encore plus. Une autre interprétation pourrait être que Patrick Drahi, propriétaire d'Altice, a voulu sanctionner celui qu'il avait fait venir d'Alcatel-Lucent pour déployer sa stratégie de convergence et redresser SFR.

Le pouvoir chez Altice se resserre autour de Drahi...

Pour l'instant, une chose est sûre : le départ de Michel Combes se traduit par un resserrement des pouvoirs autour de Patrick Drahi et de ses fidèles de la première heure. Ainsi, l'homme d'affaires reprend en main l'opérationnel d'Altice en devenant président du Conseil d'administration du groupe. Il sera secondé par son fidèle Dexter Goei, l'homme qu'il a envoyé développer ses activités aux États-Unis, qui est nommé directeur général d'Altice Group tout en restant PDG d'Altice USA.

L'autre mouvement significatif est la montée en puissance d'Armando Pereira, associé historique et cofondateur d'Altice avec Patrick Drahi, qui devient directeur des opérations d'Altice Telecom.

Un seul nom fait exception dans les mouvements annoncés hier soir : celui d'Alain Weill, patron des activités Médias d'Altice depuis que ce dernier a intégré NextRadio TV, fondé par Weill. Arrivé seulement début 2016, Alain Weill ne fait certes pas partie des "historiques" d'Altice mais est devenu l'homme-clé de la stratégie d'extension dans les médias. Il est nommé PDG de SFR en dépit de son inexpérience dans le secteur des télécoms.

... pour tenter de sauver la stratégie dans son ensemble

Suite à ces annonces, Bryan Garnier a mis sous revue sa recommandation d'Achat sur Altice tandis qu'Oddo BHF a abaissé la sienne d'Achat à Neutre. Ce dernier souligne que la dynamique autour d'Altice risque de rester difficile sur les 12 prochains mois.

Il y a quelques jours, Goldman Sachs avait aussi dégradé sa recommandation à Neutre sur Altice soulignant que la tendance n'avait aucune chance de s'inverser rapidement sur SFR et que les doutes allaient se faire de plus en plus prégnants concernant l'ensemble de la stratégie de désendettement d'Altice, d'acquisition relutive ou de rachat d'actions.

Credit Suisse est sur une ligne similaire qui, plus tôt cette semaine, a abaissé son objectif de cours sur Altice de 21 à 17 euros tout en maintenant son opinion Neutre. Pour le bureau d'études, la faiblesse de SFR, filiale française d'Altice, interroge sur le bien-fondé et l'impact à long terme de sa stratégie basée sur les réductions de coûts. 

Ce sentiment est globalement partagé dans les salles de marché où les observateurs notaient aujourd'hui que les paramètres opérationnels d'Altice n'avaient guère changé mais que leur faiblesse n'en met pas moins en cause la capacité du groupe à se désendetter.

Selon eux, les baisses du cours qui se sont enchainées toute la semaine pourraient aussi être liées à des systèmes de "stop-loss" mis en place dans beaucoup de sociétés de gestion qui enclenchent des ventes automatiques dès lors qu'un titre franchit à la baisse un certain niveau.