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TOUAX : "Nous demandons simplement que TDR respecte sa signature"

AOF - 21 novembre 2017


(AOF) - Touax est en hausse de 3,66% à 9,64 euros, prolongeant son rebond après sa dégringolade de plus de 30% au cours des deux séances de jeudi et vendredi derniers. Le titre a subi de forts dégagements après avoir annoncé un retard dans la cession de ses activités de constructions modulaires en Europe, condition de son recentrage sur ses métiers du transport. Quelques jours après cette secousse, Fabrice Walewski, co-gérant de Touax, a accordé un entretien à AOF.

AOF : Mercredi dernier, après la clôture des marchés, vous avez annoncé un retard dans la cession de vos activités de constructions modulaires en Europe. Que s'est-il donc passé ?
F.W : Le 4 août dernier, nous avons signé un accord ferme et irrévocable avec TDR Capital, propriétaire d'Algeco, par lequel il s'engageait à acquérir nos activités de constructions modulaires en Europe. Mais, le 2 novembre, date prévue pour le closing de l'opération, TDR ne s'est pas présenté. Nous avons alors déposé un référé, dont le jugement sera rendu le 28 novembre, espérant le faire changer de position. Nous avons ensuite consulté l'AMF : cette dernière nous a dit qu'il nous fallait rendre cette information publique, ce que nous avons fait vendredi.

AOF : Etes-vous confiants quant à l'issue du jugement ?
F.W : Très confiants. Nous ne voyons pas du tout pourquoi le juge n'irait pas dans notre sens, et n'obligerait pas TDR à exécuter le contrat. Nous demandons simplement qu'il respecte sa signature et sa parole et clôture l'opération.

AOF : Quels sont, selon vous, les motifs de la décision de TDR ?
F.W : Nous voyons deux raisons à cette non-exécution du contrat. D'abord, TDR aurait pris du retard dans la cession de ses propres activités aux Etats-Unis. Toutefois, selon nos informations, ses actionnaires auraient désormais donné leur accord à cette opération. Ensuite, TDR nous fait un chantage au prix qu'il veut faire baisser sous les 165 millions d'euros, qui est la valeur comptable des actifs. Il est hors de question que l'on accepte de revoir notre prix.

AOF : Comment justifient-ils cette demande sur le prix  ?
F.W : Ils évoquent des performances qui seraient inférieures de 15% à ce qui était prévu, ce qui est faux. Nous avons mené avec lui une période de "diligence" très importante avec 4 000 documents vus, 120 personnes dans leur data room pour étudier le dossier : ils savaient très bien ce qu'ils achetaient.

AOF : Quel est l'impact de ce retard pour Touax ?
F.W : Tout retard entraine forcément des coûts, c'est évident. De plus, si l'exécution du contrat traine encore, il nous faudra refinancer ces activités ce qui n'est bien sûr pas du tout l'objectif. De plus, cela retarde notre recentrage et nos réinvestissements sur nos activités historiques.

AOF : Et TDR, que risquent-t-ils ?
F.W : La publication de cette nouvelle est d'abord néfaste pour eux en termes d'image. Ensuite, le contrat que nous avons signé prévoit des pénalités de 37,5 millions d'euros en cas de non-exécution. Enfin, si le juge des référés va dans notre sens, TDR pourrait être condamné non seulement à exécuter le contrat mais aussi à payer, éventuellement, des astreintes par jour de retard.

AOF : Diriez-vous que cette affaire est un cas d'école de certaines pratiques de fonds anglo-saxons ?
F.W : Il est évident que certains de ces fonds sont habitués à ce type de négociations et de chantage au prix. Notre affaire lève le voile sur ces méthodes peu glorieuses. Mais elle montre aussi que, lorsqu'elles concernent une société cotée, ces pratiques trouvent leur limite car, dans notre cas, la réglementation nous a obligés à rendre public ce différend.