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Les fonds souverains s’engagent à leur tour en faveur de la finance climat

19 juillet 2018 - optionfinance.fr

C’est un petit pas qui devrait faire date. Le Parlement irlandais vient de voter en faveur d’une loi forçant son fonds stratégique d’investissement (ISIF) à désinvestir des entreprises réalisant plus de 20 % de leur chiffre d’affaires grâce aux énergies fossiles, que ce soit par l’exploration de leurs réserves, leur extraction ou leur raffinement. Une obligation qui s’applique aussi aux investissements indirects si ces énergies fossiles dépassent 15 % de l’actif. Cette loi doit encore franchir quelques étapes législatives mais ces dernières ne devraient pas remettre en cause le principe acté : le fonds souverain de 8,9 milliards d’euros d’encours devra progressivement réallouer les 318 millions d’euros qu’il a investis dans des entreprises actives sur le charbon, le pétrole et le gaz, et ce d’ici cinq ans.

Des montants limités qui peuvent faire douter de l’efficacité réelle de la mesure. «L’Irlande fait partie des pays européens dont la politique climatique reste peu lisible et dont les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre à horizon 2030 sont loin d’être en cohérence avec le scénario prôné par l’accord de Paris, indique Olivier Rech, responsable de la recherche Energie et Climat chez Beyond Ratings. Selon nos estimations, l’Irlande devrait diviser par 2,5 ses émissions d’ici 2030. Or les désinvestissements annoncés ne seront pas d’une ampleur suffisante pour y parvenir.» Sur le plan politique, en revanche, la décision du Parlement irlandais est intéressante. «C’est la première fois que des considérations liées à la transition énergétique sont prises en compte dans la stratégie d’investissement d’un Etat et cette annonce pourrait avoir un effet boule de neige sur d’autres pays», relève Olivier Rech. Et plus spécifiquement sur d’autres fonds souverains. Ces derniers, qui tirent souvent leurs ressources des activités de leur pays dans les hydrocarbures, sont restés jusqu’à présent relativement à l’écart des grandes déclarations en faveur d’une finance climat.

Mais, là aussi, la situation évolue. En parallèle des négociations irlandaises, six fonds souverains étaient réunis à Paris début juillet pour signer une charte actant leur engagement pour la lutte contre le changement climatique. Outre la Nouvelle-Zélande, ces signataires regroupent parmi les principales puissances pétrolières du monde : Norvège, Emirats arabes unis, Koweit, Arabie saoudite et Qatar. Soit l’équivalent de 2 600 milliards d’euros d’encours. «Même si elle n’énonce à ce stade que de grands principes, cette annonce tranche avec leurs positions publiques lors des dernières COP», indique Olivier Rech. Des méthodes communes devraient être développées pour encourager les entreprises dans lesquelles ces fonds investissent à mieux intégrer le risque climatique.

Dans ce contexte, l’initiative – même modeste – du fonds irlandais pourrait ouvrir la voie à des engagements plus concrets. Les regards sont ainsi tournés vers le fonds souverain norvégien, le plus grand du monde avec près de 900 milliards d’euros d’encours. «En 2015, le fonds souverain norvégien a annoncé réduire son exposition au secteur du charbon, ce qui a conduit à l’exclusion de 71 sociétés à ce jour, rappelle Olivier Rech. Le charbon était l’angle d’attaque le plus simple et il reste à savoir si la puissance pétrolière qu’est la Norvège serait prête pour le grand saut : stopper le réinvestissement de ses rentes dans le secteur des hydrocarbures, voire désinvestir de ce secteur.» Ces derniers jours, des jalons ont en tout cas été posés.