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Risque climatique

Les investisseurs privilégient le dialogue au vote en assemblées générales

12 juillet 2018 - optionfinance.fr

Le dialogue sur le changement climatique entre investisseurs et entreprises gagne en maturité. C’est le constat que dresse Novethic dans son bilan des assemblées générales (AG) tenues en 2018. «On sort du débat politique axé sur le renforcement de la transparence pour entrer dans des considérations plus techniques : les investisseurs veulent savoir quelles sont les hypothèses retenues par les entreprises dans leurs scénarios de risques liés au changement climatique et comment sont mesurés leurs objectifs en matière de transition énergétique», analyse Dominique Blanc, directeur de la recherche de Novethic.

Ces débats techniques ne se polarisent pas sur le vote en AG. Ainsi, la résolution déposée par l’ONG Follow This à l’AG de Shell, qui exigeait que le géant pétrolier s’engage sur un objectif ferme de réduction de ses émissions indirectes, n’a-t-elle reçu le soutien que de 5 % des actionnaires. «Certains investisseurs préfèrent s’abstenir lors des votes de résolutions, notamment celles proposées par des ONG ou portant sur des “bons élèves” comme Shell. D’une manière générale, ils privilégient des approches plus patientes», souligne Dominique Blanc. A titre d’exemple, l’initiative mondiale Climat Action 100+, lancée en décembre 2017 et regroupant 289 investisseurs institutionnels et sociétés de gestion, s’est donnée cinq ans pour peser sur les décisions des entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre. Cette initiative promeut en particulier une boîte à outils de l’engagement actionnarial : échanges avec le management, notamment lors des roadshows, questions écrites lors des AG, votes contre le renouvellement des dirigeants ou la validation des comptes… la palette des instruments à la disposition des investisseurs permet une gradation de leurs interventions, l’étape ultime étant le désinvestissement.

Pour accompagner ce mouvement vers un dialogue plus technique, les investisseurs cherchent en parallèle à se muscler méthodologiquement. «Pour évaluer l’alignement de la stratégie d’une entreprise par rapport à une trajectoire 2°C, l’initiative Science Based Targets (SBT) est à ce jour la méthodologie la plus multipartite et elle est promue par de nombreux investisseurs, indique Dominique Blanc. Elle a l’avantage de proposer un point d’entrée technique simple : en fonction des engagements de l’Accord de Paris, un budget carbone est attribué par secteur, puis est réparti entre les différentes entreprises de chaque secteur. Les sociétés doivent aligner leurs objectifs au budget carbone qui leur est alloué.» Et Novethic de souligner la démarche de 60 investisseurs qui, sous la coordination de l’ONG britannique ShareAction, ont écrit à une trentaine de sociétés pour les inciter à se fixer des objectifs tels que ceux retenus par la SBT.