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La prédilection pour l’alpha

Un frein à la réussite financière des investisseurs ?

05 janvier 2015 - Funds.fr

Selon une étude publiée par le Center for Applied Research, le «think tank» indépendant de State Street, les professionnels de l’investissement peinent à générer de l’alpha, et les investisseurs ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs de placement à long terme. Intitulée «The Folklore of Finance : How Beliefs and Behaviors Sabotage Success in the Investment Management Industry», cette étude a été menée auprès de 3 744 investisseurs, sociétés d’investissement, représentants de l’Etat et organismes de réglementation dans 19 pays. Elle explore le concept de réussite en termes d’investissement, et l’impact des opinions et des préjugés au sein de l’industrie de la gestion d’actifs.

Alors que plus de 60 % du capital investi dans ce secteur est voué à la poursuite de l’alpha, un certain scepticisme émerge. En effet, seuls 53 % des investisseurs particuliers et 42 % des professionnels attribuent principalement la production d’alpha à la compétence des gérants. En outre, à la question de savoir s’ils se sentaient en mesure d’atteindre leurs objectifs d’investissement, 12 % des particuliers seulement ont pu y répondre avec conviction.

«Les modèles de réussite dans l’industrie de la gestion d’actifs ne fonctionnent plus», affirme Kelly McKenna, responsable mondiale du Center for Applied Research de State Street. «Les professionnels de l’investissement consacrent une attention importante à des activités qui selon eux contribuent à la production d’alpha. Bien que ces efforts soient en partie utiles, beaucoup n’apportent qu’une valeur limitée. Le véritable succès ne consiste pas seulement à générer de l’alpha ; il implique aussi d’aider les investisseurs à atteindre leurs objectifs à long terme, et ce de manière durable sur une longue période.»

En matière d’investissement, le comportement des professionnels comme des particuliers est influencé par des croyances partagées, ancrées dans une partialité inhérente à l’esprit humain. Le rapport a pour objet d’étudier ces croyances, qui se déclinent en trois grandes catégories, dont deux peuvent être décrites comme conscientes, la troisième relevant du domaine de l’inconscient et du latent.

Les investisseurs particuliers et les professionnels sont excessivement dépendants des performances passées dans leurs décisions d’investissement, même si ces performances ne préjugent pas des résultats futurs. Près de 60 % des professionnels considèrent une période d’un à trois ans seulement pour évaluer la performance de leurs investissements. En outre, plus de 60 % des investisseurs particuliers affirment qu’ils envisageraient d’adopter une stratégie plus conservatrice si leur portefeuille perdait plus de 20 % de sa valeur en un an. Parmi ces derniers, 90 % effectueraient ce changement sous trois mois.

Seuls 22 % des investisseurs institutionnels définissent le succès en termes d’objectifs d’investissement à long terme, tandis que la vaste majorité (63 %) mesure le succès par rapport aux benchmarks.

La majorité des gérants de portefeuilles ayant répondu à l’enquête manifestent une partialité inconsciente quant à leur propre rôle dans la performance. Sans en avoir conscience, ils s’octroient personnellement le succès de leur stratégie, mais attribuent la responsabilité de leurs échecs à des facteurs externes.

77 % des gestionnaires d’actifs et 47 % des intermédiaires citent «l’expérience et le processus d’analyse» comme raison majeure de leur surperformance mais, s’agissant d’expliquer leur sous-performance, ils l’imputent plus facilement aux conditions de marché, aux attentes des clients ou aux dirigeants des sociétés dans lesquelles ils sont investis.