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David Benamou, associé d’Axiom Alternative Investments, responsable des investissements

«L’exposition des banques au secteur pétrolier est sans commune mesure avec celle qu’elles affichaient sur les subprimes»

Option Finance - 1er février 2016 - Propos recueillis par Valérie Nau

Axiom Ai

Option Finance a interrogé David Benamou, associé d’Axiom Alternative Investments, responsable des investissements. Il nous explique notamment quels risques la chute des prix du pétrole fait peser sur les marchés.

David Benamou, associé d’Axiom Alternative Investments, responsable des investissements
Axiom Alternative Investments

Quels risques la chute des prix du pétrole fait-elle peser sur les marchés ?
L’impact principal concerne le prix des actifs financiers. Ce dernier baisse lui aussi en raison des cessions opérées par certains gros détenteurs d’actions, en particulier les fonds souverains des pays pétroliers. Le fonds de l’Arabie saoudite a ainsi vendu depuis mi-2015 l’équivalent de 100 milliards de dollars, dont 2 milliards d’actions européennes, pour financer les 98 milliards de déficit public. Il est très difficile d’anticiper le montant des cessions futures de la part de ces fonds car on dispose de peu d’informations les concernant. On sait qu’en deçà de 50 dollars le baril, ils ont tendance à décollecter. Ils vont donc continuer à peser sur les marchés, chaque mouvement de reprise risquant d’être freiné par ces cessions.

Votre société de gestion est spécialisée dans les institutions financières. Faut-il s’inquiéter pour la situation des banques, comme semble l’indiquer la baisse des indices bancaires depuis le début de l’année ?
Il faut distinguer les flux de ventes conjoncturelles et les anticipations sur un secteur, qui se manifestent par le biais des couvertures. Actuellement, les indices sur les dérivés bancaires souffrent moins que ceux sur le cash. L’indice iTraxx Subordinated Financials, par exemple, qui traduit bien ces anticipations, s’était envolé en 2008 et en 2011. Là, il s’est écarté mais dans une proportion qui n’a rien à voir avec la chute des actions. Entre décembre dernier et aujourd’hui, il est passé de 250 à 290, alors que, en 2011, il avait grimpé de 280… à 600 !

Le risque lié à l’exposition des banques au secteur pétrolier, d’abord, diffère selon les pays. Aux Etats-Unis, où l’industrie pétrolière est très développée, les banques financent l’activité des entreprises. En Europe, les bilans bancaires montrent également une exposition importante au secteur, mais moins risquée qu’aux Etats-Unis car il s’agit surtout de financement des ventes (ou trade finance), et le plus souvent de crédits à court ou moyen terme. C’est le cas des banques françaises, notamment, dont les engagements à long terme sont minoritaires (25 % pour la Société Générale, par exemple).

L’autre risque pour les banques est d’ordre macroéconomique, en raison du ralentissement de la croissance ou des récessions que provoque la chute du pétrole dans certains pays. Mais cela devrait affecter essentiellement les banques nordiques, ou dans une moindre mesure les banques présentes en Russie, comme la Société Générale. Ce type de risque a en outre un impact sur la rentabilité des banques, pas sur leur solvabilité. Sa portée est donc limitée.
 
Les banques américaines font-elles courir un risque au système financier ? La dette des emprunteurs dans le secteur pétrolier atteindrait quelque 330 milliards de dollars aux Etats-Unis…
L’exposition des banques américaines atteint aujourd’hui environ 180 milliards de dollars, dont une cinquantaine sur des crédits syndiqués. Apparemment, une majorité des risques liés au secteur pétrolier américain semble encore portée par les banques. Toutefois ces expositions sont sans commune mesure avec celles aux crédits subprimes en 2008.
 
Pourquoi les actions des banques souffrent-elles alors autant ?
En Europe, les fondamentaux des banques sont redevenus positifs, ce dont le marché n’a pas encore pris conscience. Elles ont procédé à des transformations majeures ces dernières années, en sortant une grande partie de leurs risques de leur bilan, et en renforçant leur capital : le ratio de fonds propres atteint maintenant 14,5 % en moyenne en Europe. Les banques s’apparentent de ce fait de plus en plus à des services aux collectivités : leurs perspectives de rendement sur fonds propres sont bien moindres qu’avant (environ 9 % aujourd’hui contre plus de 15 % avant 2008), mais le risque de volatilité des résultats a aussi beaucoup diminué. En outre, elles ne sont pas chères : le secteur bancaire européen est actuellement valorisé entre 60 et 70 % de ses fonds propres. Mais elles sont encore mal perçues par les investisseurs, et il faudra du temps pour que ces derniers évoluent. Cela explique que les valeurs financières continuent de surréagir lors de grands mouvements de marchés comme lors de l’été dernier ou depuis ces dernières semaines. Pourtant, les titres subordonnés des banques présentent pour certains d’entre eux de réelles opportunités, avec des rendements qui, selon les instruments et les émetteurs, varient de 3 % à plus de 10 %.