L'analyse de Julien-Pierre Nouen

Le pari budgétaire de Donald Trump

Option Finance - 18 juin 2018 - Julien-Pierre Nouen, Lazard Frères Gestion

Il n’y a pas que dans les relations internationales que Donald Trump a fait le choix de la rupture avec les usages établis. A rebours de l’utilisation traditionnellement contra-cyclique de la politique budgétaire, les mesures prises depuis six mois sont équivalentes à la mise en œuvre d’un plan de relance non négligeable alors que le taux de chômage vient de passer sous les 4 %. L’addition de l’accord bipartisan de début février sur les budgets 2018 et 2019, prévoyant une augmentation des plafonds de dépenses discrétionnaires à la réforme fiscale, va faire passer le déficit de 665 milliards de dollars sur l’année fiscale 2017 à plus de 1 000 milliards de dollars à partir de 2020, selon les prévisions du Congressional Budget Office. Mais ces chiffres reposent sur une estimation dynamique des effets sur la croissance. Or, ceux-ci sont toujours incertains et le résultat pourrait être en réalité moins favorable.

Ces mesures vont-elles effectivement libérer de nouvelles ressources dans une économie qui est sans doute déjà au-dessus de son niveau potentiel d’activité ? Ou vont-elles déboucher sur un accroissement des importations ou une surchauffe de l’économie ? A plus long terme, alors que les prochaines années verront sans doute une récession se produire, quelle politique contra-cyclique pourra être mise en œuvre avec un déficit déjà proche de 5 % du PIB et un potentiel de baisse des taux qui sera sans doute moindre que pour les précédents cycles ? En réalité, rien ne dit que le véritable pari ne soit pas simplement d’espérer repousser la récession à l’après 2020, date des prochaines élections.