Le blog de Jean-François Boulier

Tsunami et (non) conséquences boursières

Option Finance - 19 mars 2018 - Jean-François Boulier, professeur associé à l’ISFA

Les impacts d’événements liés à l’environnement peuvent être dramatiques. Qui a oublié le tsunami qui a ravagé l’Indonésie et bon nombre de côtes de l’Océan indien en 2004 ? Plus récemment, l’ouragan Harvey, qui a provoqué des sinistres considérables dans les Caraïbes et des inondations exceptionnelles à Houston, dont les dégâts ont dépassé 80 milliards de dollars ?

Ces chocs climatiques ou sismiques ont d’indéniables conséquences sociales et économiques. Ont-ils pour autant des effets sur les valorisations boursières ? Un article écrit par deux chercheurs français apporte des éclairages très intéressants quant à une éventuelle corrélation.

Dans leur article intitulé «Short-term Impacts of the 2004 Indian Ocean Tsunami on Stock Markets», deux chercheurs de la Sorbonne, Erwan Le Saout et Sébastien Ganneval, analysent les chocs boursiers provoqués par le tsunami de 2004. Les méthodes statistiques employées (modèles ARCH) visent à détecter de manière très fine, en prenant en compte les variations des volatilités et des corrélations entre cours boursiers, les effets de contagion entre les différentes bourses de quatre des pays de la région touchée par ce sinistre considérable, à savoir l’Indonésie, la Thaïlande, l’Inde et la Malaisie. L’étude montre que les marchés, peu affectés par l’événement survenu le 26 décembre, sont restés calmes relativement à leur volatilité habituelle (variations de l’ordre du pour-cent tout au plus) et que la contagion est restée faible ou inexistante. Ainsi, les effets sur les valorisations boursières ont-ils été modestes au regard de la violence du tsunami, du nombre de victimes (plus de 200 000 morts) et de l’ampleur des dégâts occasionnés, dont le coût a été estimé après coup à quelque 9 milliards de dollars. L’appréciation boursière qui a suivi dans trois des marchés étudiés, de 4 à 5 % en quelques semaines, laisse même penser que l’événement n’a pas été négatif pour les portefeuilles investis en actions de la région.

Comment interpréter des résultats surprenants au premier abord ? La période de fin d’année n’a pas été propice à une réactivité immédiate des acteurs financiers. L’attention était alors portée sur les sujets humanitaires et opérationnels. En outre, l’information disponible ne permettait pas de mesurer l’ampleur des conséquences économiques dans des régions denses en population mais peu développées économiquement. Enfin, le rebond qui suivra, certes assez modeste, ne doit pas s’interpréter comme une manifestation de cynisme, mais peut être comme l’anticipation de l’ensemble des réparations nécessaires et donc du surcroît d’activité pour les entreprises de la zone, qui avaient été peu affectées directement par le tsunami.

Dans un contexte différent, celui de la Floride exposée aux ouragans, ou celui de Houston dévasté par les inondations, les valeurs des actifs, notamment immobiliers, provoquent des pertes qui peuvent être beaucoup plus conséquentes que celles d’habitats en Indonésie ou dans le golfe du Bengale. Par ailleurs, les réactions boursières prennent en compte le fait que les biens sont pour la plupart assurés. Les provisions des contrats sont donc mises en jeu pour réparer ou reconstruire, et ce, d’autant plus sûrement que les moyens financiers sont disponibles et que les assureurs se mobilisent pour les apporter.

Trois axes de recherche sont illustrés par cette étude. D’abord, l’impact environnemental des événements naturels ou industriels sur les valorisations des titres est particulièrement intéressant au moment où les stratégies de gestion des portefeuilles institutionnels intègrent davantage les impacts ESG. Ensuite, les mesures des effets de long terme économiques et financiers doivent accompagner les études sur les conséquences boursières à court terme, dont on le voit à propos du tsunami de 2004 l’ampleur peut être très modeste. Pour finir, les modélisations ARCH qui mesurent les effets complexes de corrélation et de variation de volatilité permettent utilement d’analyser des réactions financières à des événements aussi rares que brutaux.