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Comment s’occupent les gérants au bureau en été ?

Option Finance - 24 juillet 2017 - Audrey Spy

gérant

Comment s’occupent les gérants au bureau en été ?

Si les effectifs diminuent au sein des sociétés de gestion pendant la période estivale, des professionnels n’en continuent pas moins d’assurer le suivi des portefeuilles. Confrontés à une activité plus réduite, les gérants en poste durant l’été peuvent ainsi consacrer une partie de leur temps à des travaux moins opérationnels et plus stratégiques que durant le reste de l’année.

Stéphane Monier, directeur des investissements, Lombard Odier
Lombard Odier

Tandis que certains gérants s’apprêtent à délaisser leurs écrans pour prendre un repos bien mérité, d’autres vont devoir assurer la permanence pendant la période estivale. «Dans les équipes de gestion, nous nous organisons pour que les deux tiers des effectifs soient toujours présents», indique Stéphane Monier, directeur des investissements de Lombard Odier. Les professionnels de la gestion doivent en effet continuer d’assurer le suivi de la Bourse, qui reste quant à elle ouverte tout l’été, même le 15 août !
Pendant la période estivale, les gérants ont beaucoup moins de flux à gérer. Il est ainsi rare qu’ils effectuent des mouvements importants au sein des portefeuilles durant cette période. Dans les faits, la liquidité sur les marchés ne s’y prête pas, car elle y est bien moins importante. D’après Euronext, les flux en août 2016 ont diminué de 30 à 50 % en fonction des différents marchés (actions, dérivés, matières premières, ETF) par rapport aux autres mois de l’année.

Un risque accru de krach

Mais cette moindre liquidité présente aussi des risques, car toute crise boursière peut alors avoir une répercussion plus importante en été. La crise des subprimes aux Etats-Unis a ainsi démarré en juillet 2007, celle de la dette souveraine en Grèce s’est accentuée en juillet 2011 et plus récemment un krach sur la Bourse chinoise est survenu en août 2015. Face à ce type d’événements, les gérants en vacances ont souvent tendance à retourner au bureau pour gérer la crise, même si les équipes restantes en poste sont censées pouvoir assurer la vacance quelles que soient les circonstances.

Si, cette année, les professionnels anticipent plutôt un été calme (voir encadré), cela ne veut pas pour autant dire que ceux qui doivent assurer la permanence vont rester inactifs. «Certes l’activité tourne au ralenti en été, mais nous devons souvent prendre en charge le suivi de davantage de portefeuilles pour pallier l’absence de certains de nos collègues», indique un gérant. Ceux en poste en été doivent en effet veiller au bon fonctionnement des activités traditionnelles, notamment de trading, et répondre aux questions des clients. «Pendant l’été, les investisseurs décident rarement d’effectuer des souscriptions ou des rachats dans nos fonds et posent généralement peu de questions sur notre stratégie d’investissement, mais cela peut tout de même arriver», assure un autre gérant.

Ce cas de figure est surtout vrai pour les investisseurs étrangers qui n’ont pas les mêmes habitudes que les Français en termes de congés d’été. «Certains de nos clients internationaux peuvent nous appeler à la veille des grands départs en vacances fin juillet ou même au milieu du mois d’août, détaille Stéphane Monier. Dans l’Hexagone, il est très rare de s’entretenir avec un client en août, mais ce n’est pas le cas en Allemagne, aux Pays-Bas ou encore au Royaume-Uni. Nous devons donc toujours être capables de leur répondre.»

Une réflexion plus approfondie

Si les équipes ont donc la possibilité de continuer à échanger avec les investisseurs internationaux, les gérants peuvent, quant à eux, avoir des discussions plus fréquentes avec les sociétés étrangères cotées. Quand leur périmètre d’investissement va au-delà de la France, et même de l’Europe, ils peuvent ainsi davantage programmer des rencontres avec des managers, ces derniers étant souvent à cette période moins sollicités que durant le reste de l’année. «Je profite de la période des congés en été pour organiser des voyages à l’étranger, notamment pour aller à la rencontre des managers de sociétés cotées en Asie ou aux Etats-Unis où les interruptions d’activité pendant l’été sont moins la norme», indique un gérant d’actions internationales. Pour autant, les professionnels de l’investissement peuvent moins compter sur les publications traditionnelles pour alimenter leurs réflexions. Après les derniers résultats diffusés fin juillet et début août, ils ont en effet accès à moins d’informations. «Après début août, les publications de notes de recherches de brokers et de résultats se tarissent, indique Patrice Piade, gérant actions européennes small caps chez Amundi.

Les gérants recherchent donc d’autres sources de renseignements pour enrichir leur travail. Certains en profitent pour se pencher sur des études qu’ils n’ont pas eu le temps d’étudier pendant l’année. La période d’été est toujours propice à la lecture de rapports de recherche académiques que nous n’avons pas forcément le temps de suivre durant le reste de l’année. Ils peuvent aussi mettre à profit leur temps disponible pour analyser de nouvelles pistes d’investissements. «Si nous recherchons en permanence de nouvelles idées, la période estivale est plus favorable à ce travail car nous avons plus de temps pour analyser le potentiel de nouvelles sociétés, notamment des micro-caps, par le biais de lectures ou de recherches plus poussées qu’en période normale où nous devons aussi assurer le suivi des clients, les rencontres avec les sociétés…», ajoute Patrice Piade.

C’est l’occasion aussi pour les équipes de gestion de revoir parfois leur façon de travailler. Certaines en profitent pour mettre en place progressivement une nouvelle organisation, tandis que d’autres commencent à préparer les travaux de rentrée. «La période estivale est adaptée au traitement de dossiers de fond, commente Stéphane Monier. La nature de mes tâches devient plus stratégique et moins opérationnelle que durant le reste de l’année. Par exemple, je vais employer le temps à ma disposition en août pour me pencher sur l’organisation de notre prochain séminaire d’investissement sur le fixed income qui aura lieu en octobre. C’est l’occasion pour moi de réfléchir aux thèmes qui seront abordés, sous quels angles, avec quels cas pratiques…» Une période idéale donc pour prendre du recul et faire un bilan à mi-année avant de replonger dans la frénésie du quotidien dès septembre.