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Directeur financier : comment trouver un premier poste

Option Finance - 26 mars 2018 - Anaïs Trebaul

Directeurs financiers

Directeur financier : comment trouver un premier poste

Objectif ultime de nombreux professionnels de la finance d’entreprise, devenir directeur financier est souvent une étape difficile à franchir. Si certains parcours professionnels sont quasiment obligatoires pour pouvoir prétendre accéder à cette fonction, le réseau en est également une porte d’accès favorable.

Chercher un poste de directeur financier s’apparente souvent à un parcours du combattant pour les candidats qui souhaitent accéder à cette fonction pour la première fois. Il faut dire qu’il existe une concurrence accrue entre les aspirants au poste de directeur financier. «Pour un poste de de directeur financier, nous pouvons recevoir jusqu’à près de 400 candidatures en une semaine, souligne Marc Rougé, manager exécutif senior chez Michael Page. Nous contactons ensuite une quarantaine de candidats par téléphone, en rencontrons une dizaine et en présentons cinq à l’entreprise.» Une sélection d’autant plus importante que les cabinets de recrutement ne se cantonnent pas au simple dépôt d’annonce, ils essaient également de contacter des personnes qui correspondent au profil recherché, mais qui n’auraient pas postulé.

Un parcours en contrôle de gestion

Face à cette concurrence accrue, les candidats qui souhaitent accéder au poste de directeur financier pour la première fois doivent quasiment de façon obligatoire présenter plusieurs compétences clés. Les recruteurs observent en effet de nombreuses similitudes dans les parcours professionnels des directeurs financiers. «Pour prétendre au poste de directeur financier pour la première fois, il faut de préférence au moins avoir eu trois ans d’expérience en tant qu’auditeur financier ou en évaluation d’entreprise, ce qui assure que le postulant a des bases comptables ou en fusion acquisition, précise Aude Boudaud, senior manager finance chez Robert Walters. Ensuite, ce dernier doit avoir passé près de sept ans en contrôle de gestion en entreprise, un métier qui lui a donné les compétences d’analyse financière nécessaires pour devenir directeur financier. Au global, le candidat doit avoir au moins 10 ans d’expérience professionnelle. Avec uniquement un parcours en contrôle de gestion, ce nombre d’années exigées passe à 15 ans.»

Mais les recruteurs ne se limitent pas à regarder les professions exercées, ils accordent une forte importance au secteur dans lequel le candidat a évolué. «Pour des questions de compétences techniques, les recruteurs vont privilégier les candidats qui ont déjà eu une expérience dans le secteur du poste, souligne Alexandra Proniewski, manager chez Fed Finance Executive. Par exemple, quelqu’un qui a travaillé plusieurs années en finance dans le BTP maîtrisera les problématiques des contrats à long terme. S’il veut changer de secteur, il trouvera plus facilement un poste dans un domaine qui détient des caractéristiques similaires, comme l’énergie, alors qu’il aura beaucoup plus de difficultés à se tourner vers d’autres secteurs, comme la distribution ou l’audiovisuel.»

Néanmoins, même les candidats remplissant toutes ces caractéristiques peuvent avoir des difficultés à trouver le poste qu’ils recherchent. Il faut dire qu’en France, le monde du recrutement n’est pas très ouvert aux profils qui n’ont jamais exercé la profession pour laquelle ils postulent. «Contrairement aux pays anglo-saxons qui laissent plus facilement leur chance aux postulants qui sont motivés à exercer une profession sans en avoir l’expérience, les entreprises françaises sont nettement plus frileuses et cloisonnées dans leur sélection, relève Alexandra Proniewski. De la même manière, les personnes qui se sont orientées vers le management de transition auront davantage de difficultés à repartir ensuite sur la voie du CDI car elles vont être assimilées à des candidats qui ne veulent pas s’engager sur le long terme.» Plusieurs astuces existent pourtant pour convaincre un recruteur. Les personnes aspirant pour la première fois à un poste de directeur financier peuvent postuler au sein d’une filiale française d’un groupe anglo-saxon. «Certes, ces dirigeants vont s’attarder sur les compétences techniques du candidat, mais ils vont également beaucoup se focaliser sur sa personnalité, son savoir-être et ses capacités managériales, remarque Alexandra Proniewski. De ce fait, les groupes étrangers, même basés en France, compte tenu de leur culture d’entreprise, vont être plus enclins à recruter quelqu’un qui n’a jamais été directeur financier auparavant.»

Un réseau bien établi

Mais ces directeurs financiers en devenir peuvent également prétendre à un poste au sein d’une entreprise française. L’accès à cette fonction passe principalement par une évolution en interne. «La mobilité interne est plus simple car la direction de l’entreprise connaît le candidat et lui fait plus facilement confiance, observe Marc Rougé. Ainsi, les personnes travaillant dans les grands groupes, peuvent obtenir un poste de directeur financier sur un scope plus restreint au sein d’une business unit ou d’une filiale.»

Lorsque le poste de directeur financier ne se libère pas en interne, les candidats doivent réussir à se faire connaître des recruteurs extérieurs. Pour cela, cette démarche doit être menée très rapidement dans leur carrière. «Dès les cinq à sept premières années d’expérience, les financiers doivent faire jouer leur réseau, conseille Aude Boudaud. Cela passe par des actions assez simples, comme le fait de garder contact avec des anciens collègues en leur proposant de déjeuner ou en participant aux réunions des anciens de leur école ou de leur cabinet d’audit…» Mais ces candidats ne doivent pas se restreindre à contacter leurs connaissances, ils peuvent également aller à la rencontre des directeurs financiers. «En participant à des événements et des conférences dédiées aux directeurs financiers, les candidats se font connaître de la part de la profession et montrent ainsi un intérêt pour les problématiques auxquelles les DAF sont confrontés», remarque Alexandra Proniewski. Des démarches viennent seulement compléter le recours aux moyens plus classiques permettant de faire connaître son profil : mise à jour du profil Linkedin, prise de contact avec les cabinets de recrutement et réponse aux annonces.

Trois questions à… Amandine Houpe, directrice administrative et financière de Lendix

Amandine Houpe, directrice administrative et financière, Lendix
Lendix

Vous avez été recrutée en septembre dernier comme directrice administrative et financière de la plateforme de crowdfunding Lendix. Quel a été votre parcours avant d’accéder à ce poste ?

Après avoir passé huit ans en audit et conseil en transaction chez Mazars, j’ai intégré le groupe M6, qui venait de créer un nouveau département dédié à sa croissance externe et à l’optimisation de ses activités hors chaînes TV, en tant que directrice du contrôle financier. J’ai pu m’atteler pendant sept ans aux sujets de fusions-acquisition et au développement de ce nouveau service.

Comment avez-vous rejoint Lendix ?

Je ne cherchais pas particulièrement un poste de directrice financière, mais je voulais du renouveau dans mes fonctions. Un contact commun m’a mise en relation avec Olivier Goy, directeur général de Lendix : je n’étais pas en recherche active à ce moment-là, mais c’était une belle opportunité pour relever un nouveau défi, je l’ai donc saisie.

Selon vous, en quoi votre profil les a particulièrement séduits ?

Mon expérience m’a donné de la polyvalence et je connaissais bien l’environnement des start-ups puisque, chez M6, nous étudions ce type de cibles dans le cadre de nos opérations de croissance externe. Par ailleurs, j’ai un goût prononcé pour les nouveaux challenges. Je pense que ce sont ces qualités qui les ont séduits. Je suis en effet désormais amenée à structurer l’activité aussi bien financière, que juridique et RH de Lendix.