Enquête rémunération

Rémunérations 2014

Une hausse modérée pour les directeurs financiers

Option finance - 8 décembre 2014 - Alexandre Rajbhandari

Directeurs financiers, Michael Page, Directeur juridique, Baromètre

Comme les autres fonctions finance, les directeurs financiers voient la croissance de leurs revenus freinée par une conjoncture toujours peu porteuse pour les entreprises. Moins satisfaits par leur poste que par le passé, ils sont nombreux à être à l’affût de nouvelles opportunités professionnelles.

Les directeurs administratifs et financiers d’entreprises savent bien négocier leur salaire ! En effet, malgré la crise qui se prolonge, la majorité d’entre eux (56 %) a réussi à obtenir une augmentation de leur rémunération fixe en 2014 selon le dernier volet du baromètre des rémunérations des fonctions finance mené par Michael Page, l’Association des directeurs financiers et des contrôleurs de gestion (DFCG) et l’Association française des trésoriers d’entreprise (AFTE) et Option Finance. En effet, alors que les responsables de directions financières étaient 62 % en 2013 à percevoir moins de 90 000 euros bruts par an, ils ne sont plus que 53 % dans ce cas cette année. De la même manière, la part de ceux qui gagnent au-delà de 150 000 euros par an a presque doublé, passant de 6 % en 2013 à 11 % en 2014. Les directeurs financiers sont également mieux lotis que les contrôleurs de gestion ou les trésoriers (voir Option Finance n° 1289 et 1293), puisque leur rémunération a été revalorisée de 4,1 % en moyenne, contre 3,5 % pour leurs subordonnés.

Source : DFCG - Michael Page - Option Finance

 

 

Source : DFCG - Michael Page - Option Finance

 

 

Une raréfaction des augmentations

Ce tableau mérite toutefois d’être nuancé. Alors que cette année, 46 % des directeurs financiers disent ne pas avoir reçu d’augmentation, ils n’étaient que 34 % en 2013 et en 2012. Même les directeurs financiers de grands groupes sont touchés : 33 % d’entre eux n’ont pas bénéficié de hausse de leur rémunération cette année, alors qu’ils étaient 27 % l’année dernière, et 26 % en 2012. Ils restent toutefois privilégiés par rapport à leurs pairs travaillant dans des PME : 60 % des directeurs financiers de ces entreprises n’ont pas été augmentés en 2014 !

Cette modération des hausses de salaire concernant les professionnels en poste est également perceptible à l’embauche. «Aujourd’hui, lorsqu’une société cherche à recruter un nouveau directeur administratif et financier, elle se montre plus stricte quant à l’enveloppe de salaire qu’elle peut proposer, explique Mikaël Deiller. Ce qui ne pose toutefois pas trop de difficultés pour attirer des profils, car les candidats sont conscients de la rareté des belles opportunités, et font rarement de surenchère lors du processus de recrutement.»



Source : DFCG - Michael Page - Option Finance

 

 

Source : DFCG - Michael Page - Option Finance

Les contraintes budgétaires affectent également les rémunérations complémentaires. Ainsi, en ce qui concerne la part de variable, 27 % des directeurs financiers interrogés ne s’en sont pas vu attribuer cette année, soit 6 points de plus qu’il y a un an. De même, la part des professionnels qui disent n’avoir reçu aucune rémunération additionnelle, autre que la part variable, s’élève désormais à 51 %, contre 46 % l’année dernière. Ils sont ainsi moins nombreux à profiter de régimes de participation (31 % contre 39 %, en 2013) et d’intéressement (30 % contre 34 %).

En contrepartie, les directeurs financiers disposent de plus en plus souvent d’une voiture de fonction. En effet, ils sont 56 % à profiter d’un tel avantage en nature cette année, contre 49 % en 2013. Dans les grands groupes, la pratique est encore plus courante (67 %). «Cette tendance de fond est amenée à se développer, estime Mikaël Deiller. C’est souvent un acquis pour le directeur administratif et financier. Par conséquent, ce dernier attend cet avantage lorsqu’il change de poste, ou au moins une compensation financière équivalente pour se doter d’un véhicule. Pour leur part, les entreprises peuvent considérer cet avantage matériel comme un moyen fiscalement avantageux pour compenser la raréfaction des rémunérations additionnelles.»



Une satisfaction en baisse

Mais visiblement, ce type de compensation ne suffit pas. En effet, le taux de satisfaction des directeurs financiers continue progressivement de baisser. Alors que 66 % d’entre eux s’estimaient satisfaits de leur poste en 2012, puis 62 % l’année dernière, cette part est tombée à 59 % cette année. «Sans être fondamentalement mécontents, les directeurs financiers doivent prendre leur mal en patience sur le plan pécuniaire alors que le contexte économique ne s’améliore pas aussi rapidement qu’espéré», constate Mikaël Deiller.

Toutefois, les considérations salariales seules ne suffisent pas à expliquer cette tendance. Parmi les éléments que les directeurs financiers aimeraient voir s’améliorer dans leur quotidien, l’équilibre entre la vie personnelle et professionnelle figure en tête, pour 45 % des répondants. Mais les directeurs financiers recherchent également une plus grande reconnaissance de leur travail (37 %). «D’un point de vue stratégique, encore pour beaucoup d’entreprises, la culture commerciale prime sur la culture financière. Elles valorisent donc plus la fonction commerciale, et perçoivent encore la fonction financière comme un centre de coût sans création de valeur, remarque Mikaël Deiller. Une différence de traitement qui peut créer, parfois, une certaine frustration chez les directeurs financiers.»

Un sentiment qui peut même pousser ces derniers… à quitter leur poste. Au cours des 12 derniers mois, un directeur financier sur trois parmi ceux interrogés a changé d’emploi ! «Certes, le marché du recrutement des directeurs financiers présente très peu de création de postes, mais les directeurs financiers restent à l’affût des offres de remplacement sur le marché», explique Mikaël Deiller. Leur départ constitue une menace à prendre au sérieux par les entreprises. D’abord parce que les sollicitations sont nombreuses : sur un an, 69 % de ces professionnels ont été contactés pour de nouveaux postes. Ensuite, parce que cette population est mobile : 72 % se disent prêts à déménager en France ou à l’étranger pour une opportunité professionnelle. Les sociétés vont donc devoir faire preuve d’une attention plus marquée si elles veulent conserver leurs directeurs administratifs et financiers !

La nature des primes varie selon le type d’entreprise

Si les primes variables sont en repli, leur nature n’a pas particulièrement évolué. Ainsi, les bonus liés à des objectifs individuels demeurent les plus utilisés par les entreprises : 64 % des directeurs financiers en bénéficient. Ils sont 56 % à avoir des primes liées aux objectifs de leur entreprise, et 25 % à recevoir des primes qui ne dépendent pas de critères quantitatifs.

Toutefois, la donne est différente selon le type d’employeur. Ainsi, dans les grands groupes, les directeurs financiers ont plus de chance de recevoir des bonus liés à leur propre performance (75 %) ou à celle de l’entreprise (70 %), que des primes sans aucun lien avec leurs résultats (12 %).

En revanche, les directeurs financiers d’ETI reçoivent plus souvent ce dernier type de prime (46 %). De ce fait, ils touchent moins souvent des bonus indexés sur leur performance (44 %) ou celle de leur entreprise (24 %).

Les recrutements encore timides dans les directions financières

Mikaël Deiller, manager exécutif senior, Michael Page
Mikaël Deiller

Le marché de l’emploi des fonctions financières ne créant pas de nouveaux postes, les mouvements de collaborateurs demeurent assez rares, et le turn-over au sein des directions financières reste encore limité. En effet, encore 55 % des directeurs financiers estiment que la fréquence moyenne de départ de leurs collaborateurs est supérieure à cinq ans.

Les directeurs financiers ont dû tout de même commencer à recruter davantage en 2014. Si en 2013, 45 % d’entre eux n’avaient procédé à aucun recrutement au cours des 12 mois précédents, ils ne sont plus que 40 % dans ce cas cette année. «Ces chiffres traduisent en partie le fait que les collaborateurs des directions financières, après avoir attendu pendant plusieurs années une amélioration du contexte économique pour changer de poste, ont finalement décidé de saisir les opportunités de carrière qui se présentaient, explique Mikaël Deiller. En conséquence, les directeurs financiers ont été amenés à remplacer les postes laissés vacants.»

Toutefois, l’évolution est très limitée. Certes, davantage de directeurs financiers disent avoir recruté sur les métiers de l’audit et de la consolidation, mais ils ne sont que 4 % et 3 % respectivement dans ce cas. De même, si certains directeurs financiers ont procédé à des recrutements pour les postes de fusions-acquisitions, ce qui n’était pas du tout le cas l’année dernière, ils ne représentent que 2 % de l’ensemble des professionnels interrogés.

En revanche, cette dernière tendance pourrait se renforcer pour les prochaines années. En effet, 17 % des directeurs financiers considèrent que les postes dédiés aux fusions-acquisitions sont en pleine évolution, alors qu’ils n’étaient que 10 % à partager cet avis en 2013.

Méthodologie du baromètre

Ce baromètre, qui portait sur les rémunérations des contrôleurs de gestion, des trésoriers et des directeurs administratifs et financiers, a été réalisé entre le 25 juin et le 17 juillet 2014 auprès de 1 154 professionnels des directions financières d’entreprises françaises cotés ou non cotés.

Parmi les répondants, 61 % travaillent dans un groupe, 12 % dans une ETI, et 19 % dans une PME.