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IPO : un bilan positif malgré les incertitudes liées aux crises grecque et asiatique

Les rencontres d'experts - Novembre 2015 - Philippe Kubisa

Les introductions en Bourse européennes en 2015 ne devraient pas rompre avec l’exceptionnel dynamisme de 2014 malgré le coup de frein estival et l’essoufflement des IPO orchestrées par les fonds de private equity.

Le baromètre IPO Watch publié par PwC en juillet dernier affiche un bilan très positif sur le premier semestre 2015 comptabilisant 203 opérations d’introductions en Bourse réalisées sur les marchés européens pour un montant levé de 31 milliards d’euros. Ce montant marque, certes, un repli de 8 % par rapport au premier semestre record de l’année dernière mais reste bien au-delà des sommes levées sur toute une année entre 2008 et 2013, avant le redémarrage des marchés des IPO.

IPO record en Espagne

Les places boursières européennes ont ainsi été animées par plusieurs opérations supérieures au milliard d’euros aussi bien à Madrid, Londres, ­Zurich et Amsterdam. Le marché espagnol s’est particulièrement distingué grâce à l’IPO de l’opérateur aéroportuaire Aena qui a levé plus de 4 milliards d’euros en ­février. Cette privatisation partielle a signé la plus importante opération de ce type en Europe depuis l’introduction en Bourse de Glencore en 2011. La Place madrilène a connu aussi une ­autre opération ­significative, de moindre ­envergure, mais tutoyant tout de même les deux milliards d’euros de fonds levés, grâce à la cotation de la filiale de tours de diffusion du groupe espagnol d’infrastructure Abertis, Cellnex Telecoms. Avec près de 7 milliards d’euros levés au premier semestre, la BME a ainsi talonné le London Stock Exchange qui conserve sa place de leader européen du haut de ses 9,3 milliards d’euros de fonds levés, même s’il marque un net repli par rapport à la même période en 2014 qui avait engrangé 15,9 milliards d’euros. La Place londonienne avait pourtant connu un début d’année en fanfare avec l’IPO du site internet britannique de vente de voitures Auto Trader Group, deuxième au top ten des introductions en Bourse européennes avec 2,2 milliards d’euros levés. Le groupe valorisé en Bourse à 2,35 milliards de livres (3,26 milliards d’euros) signe la plus importante introduction au London Stock Exchange depuis la privatisation partielle de la Poste britannique, Royal Mail, fin 2013. Ce fût également la plus importante IPO soutenue par un fonds de capital investissement en Grande-Bretagne, avant le net retrait des opérations orchestrées par le private ­equity au deuxième trimestre.

Moins d’appétit du private equity pour les introductions Bourse

Ce repli s’explique essentiellement par la concurrence accrue des sorties industrielles qui ont fait annuler plusieurs IPO envisagées par les fonds. Une tendance déjà enregistrée Outre-Atlantique où les introductions en Bourse américaines financées par le private equity ont commencé à se tasser il y a six mois. Les places boursières d’Europe continentales sont, quant à elles, encore à rebours de cette tendance, particulièrement en France où les trois plus importantes introductions en Bourse ont été soutenues par des fonds d’investissement. D’abord Spie qui, après avoir reporté son IPO en raison de la volatilité des marchés à l’automne 2014, a réussi avec brio son introduction en Bourse en haut de sa fourchette de prix indicative  en juin dernier, avec une levée tutoyant le milliard d’euros. Le groupe de multiservices techniques offre ainsi une porte de sortie partielle à ses actionnaires financiers Calyton Dubilier & Rice, Ardian et la Caisse de dépôt et placement du Québec. Le fonds d’investissement coté Eurazeo a, lui, réussi un doublé en orchestrant coup sur coup les IPO du leader européen de location de voitures Europcar, qui a levé 879 millions d’euros, et du groupe de blanchisserie industrielle Elis, qui a récolté 854 millions d’euros. Il faut dire que les fonds d’investissement ont largement contribué à l’effervescence qu’ont connue les bourses européenne et américaine ces deux dernières années. Mais cet élan commence à s’essouffler au fur et à mesure que le «pipe-line» des gros LBO en quête de sortie s’amenuise. Le marché londonien, qui a connu un repli de 25 % au premier semestre des cotations d’entreprises détenues par des fonds, devrait être précurseur des tendances d’Europe continentale. En outre, la volatilité affectant les marchés cet été a conduit plusieurs fonds à renoncer à leurs projets d’IPO, privilégiant la voie plus sécurisée d’une vente à un industriel ou un autre fonds de private equity. En Europe, plus de la moitié des entreprises ayant annulé un projet d’IPO au deuxième trimestre ont finalement fait l’objet d’une acquisition. On estime que cela aurait représenté plus de 2 milliards d’euros de levée de fonds potentielle pour les marchés européens, en prenant en compte des transactions attendues de longue date comme New Look, Center Parks ou Slovak Telekom.

Le relais des spin-off

En France, le laboratoire d’analyses médicales Labco, qui a renoncé à son IPO au printemps dernier a finalement été cédé au fonds d’investissement britannique Cinven pour une valorisation de 1,2 milliard d’euros, permettant la sortie de ses sponsors historiques 3i, TCR Capital, NiXEN Partners et CM-CIC Capital Finance. Sur une plus petite échelle, Solairedirect dont le process d’IPO a avorté au premier trimestre, a réussi à désengager ses VCs grâce à l’offre d’Engie qui a déboursé près de 200 millions d’euros pour l’acquisition du producteur d’énergie solaire. Pour autant, cela ne signe en rien un arrêt brutal des process d’IPO orchestrés par les fonds. Si les mises en concurrence par des «dual tracks» sont devenus systématiques, l’attrait de la bourse persiste auprès des sponsors comme en témoigne la décision d’Advent et Bain Capital de privilégier l’IPO pour leur participation Worldplay au détriment de l’offre de rachat de son concurrent français Ingenico. Le fonds d’investissement français PAI a aussi annoncé des mise sur le marché pour ses participations européennes : le spécialiste suédois des additifs chimiques Perstorp et le groupe allemand de matériaux de construction seraient en lisse pour une cotation avant la fin de l’année. L’autre tendance observée en 2015 est la montée en force des spin-off, qui ont représenté 27 % de l’activité au cours du deuxième trimestre, contre 18 % il y a un an. Outre l’IPO de Cellnex menée par le groupe espagnol d’infrastructures Albertis, l’opérateur transalpin Telecom Italia a levé près de 800 millions d’euros en introduisant en Bourse sa filiale d’antennes Inwit. D’autres opérations d’envergure sont attendues au niveau européen comme le projet d’introduction en Bourse de Covestro, la filiale de plastiques de Bayer, qui vise une levée record de plus de 2 milliards d’euros à Francfort. Les incertitudes liées à l’économie chinoise et à la crise grecques ont certes provoqué une forte volatilité et créé un climat d’attentisme chez les prétendants à la cotation. Mais la période est paradoxalement favorable aux entreprises européennes  avec une parité euro/dollar favorable et des taux d’intérêt au plus bas. En France, les annonces de projets d’IPO se multiplient comme Showroomprivé, Oberthur technologies ou Deezer qui devraient signer une fin d’année active sur la Bourse de Paris.

Questions à… Philippe Kubisa, associé PwC, spécialiste des marchés de capitaux

Philippe Kubisa, associé PwC, spécialiste des marchés de capitaux
PwC

Quelles sont les particularités de votre équipe intervenant sur ces dossiers ?

PwC a la particularité d’avoir mis en place un global IPO Center. Cet IPO Center mobilise 500 professionnels actifs sur 30 places boursières différentes, assurant à nos clients une couverture mondiale et une continuité dans la qualité de l’accompagnement, que ce soit sur la Bourse de Hong Kong, Paris, New York, Londres ou ailleurs.
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A Paris, nous sommes une équipe d’une dizaine de professionnels dédiés aux opérations de marché, traitant aussi bien les volets dette et equity. Cette année encore, nous avons été présents sur toutes les introductions en bourse parisiennes significatives : Elis, Europcar et Spie.
Notre équipe de professionnels, rôdée à toutes les particularités des opérations de marché sous toutes leurs formes, est donc à même de capitaliser sur son expérience pour aplanir les difficultés de nos clients face à des opérations qu’ils abordent souvent pour la première fois et non sans appréhension. En dehors de nos mandats de commissariat aux comptes qui limitent nos capacités d’intervention en conseil, nous accompagnons nos clients dans tout le process d’IPO dès la phase amont de la préparation des prospectus et l’élaboration des messages clés pour être prêts à aborder l’étape déterminante des «road shows».