Financement des entreprises et Trésorerie

Ludovic Martin, économiste, Crédit Agricole SA

«La hausse continue de l’endettement des entreprises françaises ne soulève pas d’inquiétudes particulières à ce stade.»

Option Finance - 4 septembre 2017 - Arnaud Lefebvre

Dette, Financement, Endettement

Ludovic Martin, Crédit Agricole SA
Crédit Agricole SA

L’endettement des sociétés non financières françaises a atteint, selon les dernières statistiques de la Banque de France, un plus haut historique. S’agit-il d’une tendance européenne ?

Sur ce point, la France se distingue à double titre. D’abord, les entreprises domestiques affichaient à la fin du premier trimestre 2017 un taux d’endettement moyen rapporté à leur valeur ajoutée de 135 %, supérieur à la moyenne de la zone euro qui avoisine 120 %. En outre, la dynamique observée dans l’Hexagone est singulière. En augmentation de près de 40 points en 20 ans, ce ratio a progressé de manière continue et assez marquée depuis 2006. Dans les autres pays européens, cet indicateur est depuis le début de la crise soit stable, comme en Italie et en Allemagne, soit en baisse, comme en Espagne.

Ce constat est-il préoccupant ?

Il incite à la vigilance, mais il ne soulève pas d’inquiétudes particulières à ce stade, et ce pour plusieurs raisons. Si l’on reste focalisé sur le taux d’endettement rapporté à la valeur ajoutée, on remarque en effet que la tendance haussière des cinq dernières années concerne principalement les entreprises de grande taille, dont le ratio d’endettement est passé de 109 % en 2006 à 145 % en 2015. Reflétant un recours plus marqué à la dette de marché, cette évolution traduit en grande partie la volonté de cette catégorie d’emprunteurs de profiter de conditions de financement extrêmement attractives. Pour leur part, les ETI ont vu ce ratio se stabiliser depuis 2012 (autour de 110 %), tandis que le ratio a peu augmenté pour les PME et tend même à se réduire depuis 2011.

Ensuite, l’analyse d’autres indicateurs offre une lecture différente de la situation d’ensemble. Par exemple, toutes tailles de sociétés confondues, le taux d’endettement financier net moyen demeure inchangé depuis 2011, à 50 %. Ce statu quo illustre le fait que de nombreux groupes se sont récemment endettés, mais disposent parallèlement de réserves de trésorerie, ce qui tend in fine à renforcer leur profil financier. Le taux d’endettement financier sur fonds propres connaît également une trajectoire identique (stable autour de 85 %). Au niveau macroéconomique, la situation bilantielle des sociétés françaises reste donc solide.

Cette dernière peut-elle le rester durablement si, avec l’annonce prochaine d’un début de normalisation de la politique monétaire européenne, les taux d’intérêt venaient à enclencher un mouvement haussier ?

Actuellement, environ les deux tiers de la dette des sociétés non financières françaises sont à taux variable. Dans ce contexte, une hausse marquée des taux pourrait devenir problématique car elle renchérirait mécaniquement la charge financière de ces dernières. Pour autant, il est peu probable que les taux remontent fortement à court terme. Par ailleurs, la Banque de France a calculé qu’une hausse de 100 points de base des taux courts et des taux longs sur un horizon d’un an accroîtrait le taux d’endettement des entreprises domestiques de l’ordre de 0,5 point. Si un tel impact peut paraître modéré, le niveau des taux constitue toutefois un point de vigilance. Par ailleurs, les perspectives favorables et la reprise en cours s’accompagnent d’une hausse soutenue des profits des corporates, ce qui devrait contribuer à augmenter la capacité d’autofinancement, et ainsi contribuer à enrayer l’appréciation du ratio d’endettement moyen dans les années à venir.