Financement des entreprises et Trésorerie

Interview - Fabrice Pesin, médiateur national du crédit

«Les entreprises n’ont pas d’autre choix que d’investir dans la digitalisation de leur activité.»

Option Finance - 9 octobre 2017 - Propos receuillis par Aranaud Lefebvre

Financement

Fabrice Pesin, Médiateur national du crédit

L’Observatoire du financement des entreprises a publié jeudi dernier un rapport consacré aux nouveaux défis de la transformation numérique. Pour quelle raison vous êtes-vous intéressé à cette problématique ?

L’Observatoire du financement des entreprises a décidé en début d’année de s’autosaisir du sujet. Sous l’effet de l’émergence du big data, de l’intelligence artificielle ou encore du développement d’algorithmes et de l’internet des objets, l’économie est à l’aube d’une transformation numérique qui touche toutes les entreprises, quels que soient leur taille et leur secteur. En France, ce sont plus de 3 millions d’entités qui sont concernées ! Pour résister face à la concurrence, elles n’auront dans les années à venir pas d’autre choix que d’investir dans la digitalisation de leur activité. Dans ce contexte, il nous paraissait essentiel de sensibiliser les dirigeants, les partenaires financiers mais aussi les professionnels du chiffre à cette problématique.


Quelles solutions préconisez-vous ?


La plupart des projets de transformation numérique étant immatériels (dépenses de R&D, formations du personnel sur des logiciels, investissements dans le big data…), l’entreprise n’est pas en mesure d’offrir des garanties aux prêteurs, ce qui peut susciter la réticence de ces derniers. Afin de simplifier l’accès aux financements, tant en dette qu’en fonds propres, plusieurs leviers doivent être actionnés. Il s’agit d’abord de mieux préparer la société. Pour convaincre les investisseurs, elle doit notamment apprendre à bâtir un business plan très détaillé, dans lequel elle cherche à mesurer précisément le coût de l’investissement et à quantifier sa rentabilité future. Pour ce faire, l’accompagnement par des experts (cabinets spécialisés dans le digital, experts-comptables, organismes de formation professionnelle…) et/ou l’appui de comités stratégiques de filière peuvent être pertinents.

Le deuxième axe de réflexion porte sur la valorisation des actifs immatériels. Aujourd’hui, l’essentiel des dépenses immatérielles sont inscrites dans le compte de résultat en charges courantes. Pourtant, les normes comptables laissent de la flexibilité pour intégrer certaines d’entre elles dans le bilan du groupe en tant qu’immobilisation. En conséquence, la présentation financière de la société s’en trouve améliorée avec un actif valorisé. Toujours dans cet objectif de rassurer les partenaires financiers quant à la valeur ajoutée du projet, des indicateurs extra-comptables permettant d’identifier les actifs immatériels clés de l’entreprise peuvent être annexés au bilan et ainsi venir enrichir la lecture qu’offrent les seuls ratios financiers. Bercy travaille actuellement à l’élaboration d’une grille adaptée. Enfin, le dernier volet vise à mieux familiariser les financeurs avec l’analyse de projets de transformation numérique. Dans les banques, cela passera par exemple par un renforcement des capacités d’expertise technique et d’appréciation des risques de ces projets ainsi que par des formations spécifiques des chargés d’affaires.


Que comptez-vous faire pour vous assurer que ces recommandations sont mises en pratique ?

Nous allons continuer d’organiser des événements à visée pédagogique, notamment au niveau des places financières régionales (Lille, Lyon, Nantes…) qui présentent l’avantage de rassembler à la fois des chefs d’entreprise et des financeurs, experts-comptables et avocats. En outre, nous allons travailler avec l’Ordre des experts-comptables et l’Autorité des normes comptables sur la rédaction d’un guide qui viendra rappeler les marges de manœuvre existant en matière d’immobilisations de certaines dépenses immatérielles. Alors que le ministre de l’Economie a d’ores et déjà annoncé la publication d’une loi sur la transformation économique avec un volet «numérisation» dans le courant du second semestre 2018, d’autres initiatives pourraient émerger d’ici là.