Ingénierie financière

Obligations convertibles

Les Ocabsa confirment leur percée en France

Option Finance - 20 mars 2017 - Guillaume Clément

Ocabsa, Obligations convertibles, Equity linked

Alors que seulement 5 millions d’euros avaient été levés en France par l’intermédiaire d’obligations convertibles en actions assorties de bons de souscription d’actions (Ocabsa)en 2014, les corporate hexagonaux ont récolté l’an dernier près de 115 millions d’euros via ces instruments de financement. Une tendance qui devrait se poursuivre, notamment en raison de l’arrivée de nouveaux investisseurs sur ce marché.

Evoluant dans des domaines d’activité différents, TxCell, Novacyt, KKO International ou encore Global Bioenergies présentent toutefois un point commun : celui d’avoir émis au cours des derniers mois des obligations convertibles en actions assorties de bons de souscription d’actions (Ocabsa). Apparu il y a une vingtaine d’années aux Etats-Unis, ce produit connaît depuis trois ans un engouement croissant en France. «L’an dernier, douze entreprises hexagonales ont levé 114,1 millions d’euros par son intermédiaire, tandis que neuf corporate avaient récolté 75 millions d’euros par ce biais en 2015… et qu’un seul avait obtenu 5 millions d’euros en 2014», indique Didier Duhem, président-directeur général de la société de conseil en investissement Europe Offering.

Des levées de fonds échelonnées dans le temps

La progression de cet instrument s’explique avant tout par l’intérêt croissant qu’il suscite auprès d’entreprises de secteurs d’activités de plus en plus variés. «Alors que ce marché était historiquement quasi exclusivement porté par des jeunes sociétés du secteur de la santé (biotechs, medtechs, etc.) ou de technologies, généralement en pertes et disposant d’un accès restreint à d’autres formes de financement (dette bancaire, augmentation de capital, etc.), quelques émetteurs comme l’entreprise industrielle Global Bioenergies ou le producteur de cacao KKO International y ont aussi récemment bouclé des opérations», souligne Cyril Kammoun, managing partner et responsable de la banque d’affaires de Degroof Petercam.

Cette situation résulte principalement des atouts caractéristiques de ce produit.
«D’une part, les OCA permettent de récolter du cash dès leur émission tout en étant le plus souvent assorties d’un coupon de 0 %, explique Didier Duhem. D’autre part, les BSA qui y sont attachés permettent aux corporate de renforcer leurs fonds propres au fur et à mesure de leur exercice par leurs porteurs, ce qui leur permet souvent de financer des investissements progressivement.» Généralement, les sommes levées sont comprises entre 1 et 10 millions d’euros, sur une durée allant d’un à trois ans.

Des opérations plus volumineuses

Mais la hausse du volume d’opérations portant sur des Ocabsa est également liée à l’arrivée de nouveaux investisseurs sur ce marché en France. «Les trois fonds de placement anglo-saxons qui animaient ce dernier depuis 2014, Atlas Capital Markets, L.1 Capital et Yorkville Advisors, ont en effet été rejoints l’an dernier par le fonds basé à Dubaï Bracknor Fund et par une poignée de family offices internationaux, séduits notamment par le prix d’exercice généralement attractif des BSA», confirme Cyril Kammoun. Une tendance de nature à mieux répondre aux besoins des emprunteurs.

Certes, les Ocabsa devraient continuer d’être majoritairement utilisées par des entreprises de petite et moyenne tailles dont les caractéristiques les empêchent d’avoir accès aux marchés de la dette ou de réaliser des augmentations de capital dans de bonnes conditions. A ce titre, elles devraient rester un segment de niche. Mais ce dernier devrait tout de même continuer de progresser à moyen terme, en raison notamment d’opérations plus volumineuses que par le passé. Selon plusieurs professionnels, une entreprise envisage par exemple actuellement de lever plusieurs dizaines de millions d’euros sous la forme d’Ocabsa, ce qui en ferait l’émission la plus importante jamais réalisée en France.