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ENGIE ménage le suspense

AOF - 01 septembre 2020


(AOF) - Engie est en position de force et compte bien en profiter. Le groupe d'énergie souhaite que Veolia relève le prix de son offre d'achat de sa participation dans Suez et n'exclut pas d'examiner des propositions alternatives qui pourraient survenir au cours des prochaines semaines, a révélé Reuters. D'après l'agence de presse, un prix de 17 par action (contre 15,5 euros aujourd'hui) évoqué ce matin BFM Business, "serait plus proche de ce qu'Engie est en droit d'attendre".

Manifestement soucieux de ne pas prendre partie dans la bataille que se livrent les deux rivaux historiques, Engie aurait même demandé à Suez d'examiner la possibilité de racheter lui-même la participation du groupe à son capital.

Par ailleurs, le groupe présidé Jean-Pierre Clamadieu n'exclut pas d'étudier des offres venant d'autres investisseurs.

Des trois protagonistes du dossier, l'ex-GDF Suez est sans doute celui qui a le moins à perdre.

Toujours est-il que la demande de révision à la hausse de l'offre de Veolia n'arrange pas les affaires de Suez, farouchement hostile au projet.

En effet, certains observateurs jugent le prix de 15,5 euros par action Suez opportuniste à la fin d'une pandémie qui a pesé sur les marchés.

Surtout, ils estiment que ce prix ne reflète pas l'impact positif supposé du plan Suez 2030. Si tel est le cas, Engie pourrait patienter quelques années et revendre sa participation à un bien meilleur prix.

La sous-valorisation de Suez est naturellement l'un des angles d'attaque saisi par le conseil d'administration du numéro deux mondial de l'environnement. Or, à 17 euros par titre, l'argument perd en pertinence.

Cependant, ce n'est pas le seul. Suez estime aussi que "la stratégie proposée engendrerait des disynergies et des pertes d'opportunité en France et à l'international".

En outre, "la complexité du processus retenu conduirait à deux années de perturbations opérationnelles au moment où, dans le contexte post-Covid, les équipes sont focalisées sur la mise en œuvre de leur plan stratégique".

A première vue, les conséquences, mêmes négatives, de l'opération ne concernent pas vraiment Engie. Fort des fruits de la vente (2,9 milliards mais peut être bientôt 3,2 milliards) le groupe de Jean-Pierre Clamadieu pourrait se concentrer sur les énergies renouvelables et les infrastructures gazières, son nouveau credo.

Mais la situation n'est pas si simple. L'Etat, toujours premier actionnaire d'Engie avec 24% du capital, n'a pas intérêt à ce que ce rapprochement censé donner naissance à un "leader incontesté" du secteur ne se traduise par un affaiblissement potentiel d'un groupe emblématique et surtout, par de la casse sociale chez la nouvelle entité.

Pour obtenir un "oui" d'Engie, Veolia devra convaincre son conseil d'administration mais aussi l'Elysée du bien fondé d'une offensive qui fera disparaître un autre champion français.