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ESSILORLUXOTTICA : drame à l'italienne

AOF - 21 mars 2019

(AOF) - EssilorLuxottica a chuté de plus de 6% à 98,12 euros, les investisseurs voyant d'un très mauvais œil le conflit ouvert qui agite la gouvernance du numéro un mondial des lunettes et verres optiques. La colère couvait depuis plusieurs semaines les Français d'Essilor soupçonnant les Italiens de Luxottica de vouloir prendre le contrôle du groupe malgré la promesse d'une fusion entre égaux prônée dans ce mariage célébré en octobre dernier.

Il y a un peu plus d'une semaine, Leonardo Del Vecchio, le PDG et premier actionnaire avec 31% du capital d'EssilorLuxottica, a mis le feu aux poudres en confirmant qu'il souhaitait transférer une partie de ses prérogatives à son bras droit, Francesco Milleri, directeur général de Luxottica.

Essilor a fait part de son hostilité à cette demande, redoutant une manœuvre du patriarche italien (84 ans) pour placer son homme de confiance à la tête du groupe.

En effet, selon les termes de l'accord de fusion, le futur dirigeant d'EssilorLuxottica sera choisi d'ici à la fin 2020 par un comité de nomination, en interne ou en externe. Jusque là c'est Leonardo Del Vecchio, et le patron d'Essilor, Hubert Sagnières, vice-président délégué du nouvel ensemble, qui se partagent le pouvoir, d'égal à égal.

Lundi, le conseil d'administration d'EssilorLuxottica, composé à parité de représentants d'Essilor et Luxottica, a bloqué la promotion de Francesco Milleri, provoquant la colère de son parrain.

Dans une lettre ouverte publiée mercredi soir, Leonardo Del Vecchio a dénoncé "une violation des accords" et "des règles de gouvernance de la société", affirmant qu'il se réservait le droit de prendre les mesures nécessaires ou appropriées pour protéger ses intérêts, ainsi que ceux d'EssilorLuxottica et ses parties prenantes.

Lors d'un entretien publié aujourd'hui par Le Figaro, l'homme d'affaires italien a poursuivi ses critiques, estimant notamment qu'Hubert Saignières se comportait "comme si Essilor avait racheté Luxottica".

Une dernière attaque qui a fait réagir le dirigeant français. Selon des sources proches du dossier citées par la presse, Hubert Sagnières, a regretté "des accusations graves et mensongères" de la part de Leonardo Del Vecchio, affirmant qu'elles portent "un préjudice à la société et à l'ensemble de ses actionnaires".

Dans une note publiée en réaction à la réponse d'Hubert Sagnières, Jefferies a exhorté les protagonistes à résoudre ce conflit, la gouvernance restant l'élément essentiel pour attirer les investisseurs.