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La valeur du jour à Wall Street TIFFANY/LVMH : les preuves d'amour manquent cruellement

AOF - 09 septembre 2020


(AOF) - LVMH est quasi stable tandis que Tiffany chute de plus de 10% à 109,08 dollars. Vu l'ampleur du repli du joaillier américain, peu d'investisseurs n'avaient, semble-t-il, prévu que le rachat de Tiffany par LVMH prenne une si mauvaise tournure. En novembre 2019, les observateurs du luxe applaudissaient à l'unisson le raid éclair de Bernard Arnault sur la mythique enseigne new-yorkaise. En une quarantaine de jours, le numéro un du luxe a convaincu sa cible de battre pavillon français. Début février, les noces étaient scellées contre 14,7 milliards de dollars, soit 135 dollars par action.

Ce prix représentait une belle prime : 10 dollars de plus que l'offre initiale et de plus 45 dollars par rapport à la valeur de Tiffany avant l'apparition des premières rumeurs.

En tout état de cause, cette prime d'environ 50% n'a pas suscité l'indignation des analystes qui préféraient souligner la sous-performance opérationnelle de Tiffany et la capacité du groupe français à doper cette dernière. A cet égard, l'intégration réussie du joailler italien Bulgarie au sein de la galaxie LVMH était régulièrement citée comme exemple. Bref, une vraie lune de miel.

C'est oublier que la chronologie c'est la base. A peine, les coupes de champagne remisées, la crise de la Covid-19 a éclaté, suivi du fermeture de l'économie mondiale.

LVMH a rapidement dégrisé. Devant la chute du cours de Tiffany - aux alentours des 100 dollars fin mars -, le groupe de luxe français aurait, selon la presse, envisagé de tenter de négocier le deal à la baisse. Une allégation fermement réfutée par LVMH qui cependant constaté à quel point sa cible avait été affectée par la pandémie.

Pour compliquer le tout, Tiffany a, sans se justifier, demandé le mois dernier à LVMH de repousser le délai limite de réalisation de l'accord du 24 août au 24 novembre...Puis au 31 décembre. 

LVMH a-t-il saisi la balle au bond pour abandonner le deal ? Pas si sûr. Dans un communiqué publié ce midi, le groupe explique qu'après une succession d'évènements de nature à fragiliser l'opération, il n'était pas en mesure de la mener à son terme.

Le géant du luxe a notamment évoqué une lettre du Ministre Affaires Étrangères qui, en réaction à la menace de taxes sur les produits français formulée par les Etats-Unis, lui a demandé de différer l'acquisition de Tiffany au-delà du 6 janvier 2021.

Au final, partant du constat qu'il ne pouvait pas boucler la reprise d'ici au 24 novembre et qu'un "contrat est un contrat", LVMH a donc jeté l'éponge.

Interrogé par la presse cet après-midi, Jean-Jacques Guiony, directeur financier de LVMH a apporté quelques détails. Selon lui, c'est le gouvernement français qui aurait insisté pour différer l'opération, façon de peser dans la bataille commerciale que se livrent la France et les Etats-Unis.

De son côté, Tiffany assure avoir respecté tous les termes de l'accord, et reproche au groupe français de ne pas avoir honoré ses propres engagements, notamment pour solliciter dans les délais nécessaires les avis des autorités de la concurrence.

Tiffany a également annoncé avoir engagé des poursuites contre LVMH aux Etats-Unis. Ce bras de fer franco-américain est loin d'être achevé. Affaire à suivre...