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Des indicateurs en open source pour standardiser la finance responsable

09 novembre 2018 - optionfinance.fr

COP 21 oblige, prendre en compte la dimension environnementale dans les décisions d’investissement est un réflexe que de plus en plus d’investisseurs revendiquent. Mais au-delà de la théorie, mesurer en pratique l’impact qu’un émetteur peut avoir sur l’environnement se révèle un casse-tête du fait de l’hétérogénéité des indicateurs publiés par les entreprises et de la multiplicité des méthodologies pour les analyser. «Depuis quelques années, on assiste à un foisonnement d’initiatives autour de la production de métriques environnementales, témoigne Jean-Guillaume Peladan, gérant et directeur de la stratégie environnement de Sycomore AM. Le point faible de la majorité d’entre elles est de relever de modèles propriétaires qui s’avèrent être de vraies boîtes noires vues de l’extérieur.» C’est ce constat qui pousse Sycomore à mettre à la disposition du marché son outil maison, la «Net Environmental Contribution» ou NEC, qui mesure sur une échelle allant de -100 % à +100 % l’impact d’une activité économique sur l’environnement. «Pour avoir plus d’impact, il nous a semblé nécessaire de passer de ce modèle propriétaire à un modèle open source, de sorte à garantir la neutralité et la transparence de notre indicateur», explique Jean-Guillaume Peladan. Neutralité, parce que l’asset manager dote la NEC d’une gouvernance ouverte. «Dès 2015, nous avons mis en place un comité stratégique environnement, composé d’experts issus du monde académique, des ONG, des entreprises et des clients», détaille le gérant. Transparent, car dès l’an prochain, la méthodologie de la NEC sera rendue publique, et en particulier les sources utilisées : labels sectoriels reconnus pour leur sérieux et audités, études gouvernementales, publications scientifiques internationales… «Nous n’utilisons pas seulement les données issues des reportings des entreprises qui servent traditionnellement aux fournisseurs d’informations extra-financières», souligne Jean-Guillaume Peladan. A terme, l’idée est de mettre à disposition les NEC d’un ensemble d’activités que les utilisateurs pourront assembler pour calculer, par exemple, l’impact d’un portefeuille. L’accès à cette plateforme sera payant. «Produire un tel indicateur, le mettre à jour, assurer un accompagnement pédagogique engendrent des coûts importants et l’objectif est de les mutualiser, explique le spécialiste. La tarification doit encore être précisée et dépendra de la taille de l’acteur, mais pour un usage basique de la plateforme, il faudra compter quelques milliers d’euros par an, contre quelques dizaines de milliers, pour une utilisation avancée de l’ensemble des outils.» Novethic sera le premier acteur à rejoindre l’initiative.

A l’heure où le marché réclame plus de standardisation, Sycomore n’est d’ailleurs pas le seul asset manager à plébisciter l’open source. «Les clients sont très demandeurs de normes et d’équivalence dans les approches des différentes sociétés de gestion en matière d’investissement socialement responsable, assure Daniel Roy, président de La Banque Postale Asset Management. Par ailleurs, il existe des classes d’actifs et des stratégies qui sont peu couvertes par l’ISR et sur lesquelles nous travaillons, comme la dette souveraine ou la gestion en performance absolue. Notre objectif est de mettre ces méthodologies à disposition de l’ensemble du marché, en open source, pour faciliter l’émergence de standards.» La question reste de savoir si les concurrents seront prêts à converger vers les métriques des pionniers.