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Royaume-Uni

Les gérants se préparent à l’hypothèse d’un Brexit dur

07 décembre 2018 - optionfinance.fr

La plupart des gérants britanniques ou internationaux présents à Londres ont créé ou renforcé leurs implantations en Irlande et/ou au Luxembourg au cas où les structures britanniques ne pourraient plus bénéficier du passeport européen. Les nouvelles implantations à Paris restent peu nombreuses.

Les sociétés de gestion présentes au Royaume-Uni ont commencé, bien avant l’issue du vote du Parlement britannique le 11 décembre, à se préparer au Brexit. La plupart ont mis en place une organisation afin de continuer à distribuer leurs produits sur le continent européen, y compris en cas de «hard Brexit», c’est-à-dire de sortie sans accord, ce qui entraînerait la suppression du passeport européen. Pour faire face à cette éventualité, les sociétés de gestion britanniques, mais aussi les gérants internationaux hors de la zone euro ayant privilégié Londres pour se développer en Europe sont nombreux à avoir créé des sociétés de gestion en Irlande ou au Luxembourg et/ou à avoir renforcé leurs équipes sur ces places financières. «Les sociétés de gestion britanniques et américaines disposent la plupart du temps d’une implantation à Dublin qui leur permet de rayonner sur le marché européen, indique Anne Petit, directrice du bureau de Muzinich & Co en France. Elles se sont préparées, le cas échéant, à mettre en place des délégations entre les équipes de gestion basées à Londres et les filiales à Dublin.» D’autres, comme M&G, ont privilégié le Luxembourg. Par conséquent, les stratégies mises en œuvre profitent peu, pour l’instant, à la place de Paris.

Rares sont, en effet, les sociétés de gestion étrangères à avoir opté pour une installation sur le territoire français, à quelques exceptions notables. Le géant américain BlackRock a créé une société de gestion à Paris à l’automne dernier spécialisée dans les actifs alternatifs et illiquides. Une stratégie qui ne serait pas, d’après le groupe, liée au Brexit. «Nous possédions déjà de longue date une société de gestion en Irlande et une au Luxembourg où sont domiciliés la plupart de nos fonds transfrontaliers, rappelle Stéphane Lapiquonne, directeur de BlackRock France, Belgique et Luxembourg. Nous ne serons ainsi pas affectés par le Brexit. Actuellement, nos actifs sous gestion en Europe se répartissent de façon équilibrée entre le Royaume-Uni et l’Europe continentale, et nous pensons que nous pouvons davantage nous développer en Europe continentale.» Auparavant, en juin 2017, le britannique Schroders avait créé, lui aussi, une société de gestion à Paris pour y loger son expertise dans les infrastructures. Là encore, il s’agissait de capitaliser sur une expertise en fort développement.

Ainsi, les véritables changements à Paris associés au Brexit concernent plutôt des sociétés de gestion créées ou dirigées par des Français à Londres qui ont décidé de revenir à Paris. H2O, la filiale de Natixis Investment Managers, fondée par Bruno Crastes et Vincent Chaillet, a annoncé son arrivée à Paris d’ici la fin de l’année, tandis que Smart Lenders, lancée par Eric Bonnet, est revenue début 2018 dans l’Hexagone. D’autres annonces pourraient suivre, mais les principaux changements concernent, paradoxalement, plutôt le marché londonien. «Les sociétés de gestion européennes, et notamment françaises, vont devoir s’implanter à Londres pour servir le marché britannique, souligne Didier Jug, associé chez Investeam. Nous anticipons un regain d’activité de la part des gérants étrangers avec des ouvertures de filiales à Londres et un recours accru aux TPM (Third Party Marketer) locaux.» Pour éviter aux acteurs déjà présents au Royaume-Uni de perdre leur droit d’exercer au lendemain du 29 mars en cas de hard Brexit, le superviseur britannique, la FCA, a en outre mis en place un régime temporaire de trois ans maximum (Temporary Permissions Regime), qui devra être demandé entre le 7 janvier et le 28 mars 2019. Des initiatives nécessaires pour se développer sur le plus grand marché européen de la gestion d’actifs.