Allocation

Tom Ross, gérant de portefeuilles d’obligations d’entreprise chez Janus Henderson Investors

« Il faut descendre sur les notations B et CCC »

Option Finance - 19 mars 2021 - Parole d'expert

Marchés, Inflation

Une certaine fébrilité a gagné les marchés obligataires, inquiétés par la perspective d’une forte reprise de l’inflation. Une éventualité qui doit être intégrée dans les allocations, sans pour autant faire oublier les opportunités que recèle ce marché – à condition de sélectionner les durations adéquates, précise Tom Ross, gérant de portefeuilles d’obligations d’entreprise chez Janus Henderson Investors.

L’hypothèse d’une remontée des taux d’intérêt vous paraît-elle crédible, avec quelles conséquences sur le marché obligataire ?

La sortie de pandémie pourrait s’accompagner d’une reprise de la croissance et de l’inflation. Toutefois, ces mouvements ne devraient pas être durables car les conséquences de la crise, notamment sur la productivité et la consommation, vont se ressentir sur le long terme. L’important, c’est surtout la forte dépendance du marché du crédit au stimulus monétaire des banques centrales.

Nous allons sans doute assister à une volatilité des taux, ce qui s’accompagne, historiquement, d’une volatilité des spreads. Une hausse des taux, cependant, soulagerait des investisseurs institutionnels en quête de rendement, comme les assureurs. Sans oublier que, couplée à de la croissance, une telle hausse est favorable aux entreprises. Elles améliorent ainsi la qualité de leur bilan en générant des revenus et les risques de défaut s’éloignent. Ce contexte pourrait ressembler à un début de cycle positif pour le crédit.

Comment cela se traduit-il en matière d’investissement ?

Nous favorisons des classes d’actifs aux durations légèrement plus courtes, comme peut en fournir le high yield (haut rendement). Nous y privilégions les notations B et CCC, qui présentent le type de duration que nous recherchons. Cela permet aussi de sortir de l’investment grade et du BB, qui ont concentré d’importants flux de capitaux, impactant les valorisations. En février dernier, malgré des mouvements de vente sur l’obligataire, les catégories B et CCC ont continué à produire un excès de rendement et nous les avons favorisées dans nos fonds Janus Henderson Horizon Global High Yield Bond et Janus Henderson Horizon Euro High Yield Bond. Toutefois, si l’inflation reprenait sans politique adéquate des banques centrales, ces catégories d’actifs souffriraient comme les autres. Nous avons, dans nos fonds obligataires, un système de « stop-loss » qui déclenche de manière semi-automatique une première vente de nos positions sur certains seuils et qui s’avérerait alors utile.

Vous investissez à l’échelle mondiale, quelles régions présentent les meilleures opportunités ?

Nous construisons notre stratégie obligataire d’un point de vue global, grâce à nos équipes basées aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Nous cogérons ainsi le fonds Horizon Global High Yield Bond. Nous avons une gestion top-down, puis comparons les marchés et les valeurs afin de sélectionner les meilleures opportunités. En ce moment, le high yield européen semble marginalement plus attractif que l’américain. Toutefois, nos analyses démontrent que la valeur du marché européen ne se trouve pas sur le segment du BB, plus intéressant aux Etats-Unis, mais plutôt sur des opportunités ciblées au sein du B et CCC. Dans notre fonds Horizon Global High Yield Bond, nous favorisons actuellement certains marchés émergents, notamment la Chine, puis l’Europe, et enfin les Etats-Unis.

Les opportunités sont-elles également fonction des secteurs d’activité ?

Notre équipe de gérants est accompagnée de plus de 20 analystes crédit extrêmement qualifiés. Une particularité de notre société de gestion est l’absence de rapport hiérarchique entre gérants et analystes, ce qui attire les meilleurs profils. Ces analystes procèdent à des couvertures régionales et sectorielles.

Nous surpondérons le secteur immobilier, notamment l’immobilier commercial et le secteur bancaire, qui présente un profil de risque et des valorisations attractifs. L’un des secteurs les plus intéressants est celui de l’énergie, notamment pour le fonds Horizon Global High Yield Bond, puisque de nombreuses opportunités se situent aux Etats-Unis. Ce secteur attire beaucoup d’investisseurs, ce qui reflète un phénomène plus général : l’intérêt croissant en faveur d’investissements ESG et durables. Ce mouvement aura d’ailleurs un impact sur le comportement des entreprises. Le temps où l’on pensait que seuls les actionnaires pouvaient dialoguer avec les sociétés et soutenir l’évolution de leurs pratiques est révolu. L’investisseur obligataire à un rôle de plus en plus important à jouer.