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Andrew Howard, responsable de la recherche – investissement durable, Schroders

«La trajectoire climat reste sur 4°C malgré l’augmentation des prix du carbone»

Option Finance - 12 novembre 2018 - Communiqué

Schroders

Le changement climatique est un défi qui ne peut être ignoré par les investisseurs - les températures vont augmenter ou les économies et les industries seront profondément remodelées. Il est essentiel de suivre l’ampleur et le rythme du changement pour gérer les risques qu’il présente pour les investissements.

Andrew Howard, responsable de la recherche - investissement durable, Schroders
Schroders

Le 6 octobre dernier, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) lançait un nouvel avertissement, rappelant que des changements «rapides et profonds» seront nécessaires pour respecter les engagements des dirigeants mondiaux en matière de climat. Nous ne pouvons qu’acquiescer. La dernière mise à jour trimestrielle de notre tableau de bord du changement climatique1 montre que les températures mondiales restent sur une trajectoire de hausse de 4°C par rapport aux niveaux de la révolution préindustrielle.
Lançé l’an dernier, ce tableau de bord est conçu pour donner à nos analystes, gérants et clients un aperçu des progrès réalisés par les gouvernements et les industries pour atteindre l’objectif de 2°C fixé par l’Accord de Paris en 2015. Il estime la hausse de température à long terme induite par 12 indicateurs couvrant les aspects politiques, les mesures commerciales, les progrès technologiques et l’énergie (investissement et production de pétrole, gaz et charbon), qui sont les principaux moteurs et régulateurs du changement climatique.

Un risque majeur pour les investissements

Le changement climatique est un défi qui ne peut être ignoré par les investisseurs - les températures vont augmenter ou les économies et les industries seront profondément remodelées. Il est essentiel de suivre l’ampleur et le rythme du changement pour gérer les risques qu’il présente pour les investissements.
La différence entre 2°C et 4°C est dramatique en termes pratiques. Des études scientifiques ont estimé que les implications tangibles d’une hausse de 4°C degrés comprendraient :
. Une chute de 30 à 40 % en moyenne des rendements des cultures mondiales2.
. Jusqu’à 300 millions de personnes touchées par les inondations côtières3.
. Un tiers de la population mondiale confrontée à des pénuries d’eau4.
. Des pertes économiques pouvant s’élever à 23 000 milliards USD sur les 80 prochaines années, soit des dommages permanents 3 ou 4 fois plus importants que ceux causés par la crise financière de 20085.
Même ces estimations sont entachées d’incertitude, en l’absence de précédent historique.
Nous pensons que les décideurs politiques reconnaissent cette menace et réagiront plus fermement qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent. L’amélioration de la performance économique des technologies propres favorise leur adoption, même en l’absence de mesures politiques. Nous prévoyons (et espérons) des mesures plus rigoureuses, entraînant une réévaluation des attentes du marché et une revalorisation des futurs gagnants et perdants des mesures climat.

Pourquoi les prix du carbone sont un levier crucial

Les dirigeants mondiaux auront l’occasion de démontrer leur engagement lors de la COP 24 en décembre. La probabilité d’annonces spectaculaires est cependant faible : la préparation a été limitée et la publicité discrète6.
Le changement le plus important apporté à notre tableau de bord ce trimestre provient de la hausse des prix du carbone en Europe et aux États-Unis.
En Europe, le prix des crédits carbone est passé de 15 e/t à plus de 20 e/t depuis le milieu de l’année, pour atteindre plus de 25 e/t mi-septembre, ramenant la hausse de température impliquée par cet indicateur de 4,1°C à 3,4°C au cours des trois derniers mois.
Ce progrès résulte des modifications apportées par l’Union européenne à son système d’échange de quotas d’émission (ETS), qui contribuent dans une large mesure à inverser l’offre excédentaire de crédits, à resserrer ce marché et à donner plus de poids à l’objectif visé : encourager les gains d’efficacité et les investissements dans les technologies propres.
Il reste beaucoup à faire. Nous estimons que les prix devront augmenter jusqu’à 100 $/t pour atteindre les objectifs de réduction des émissions à long terme. Et la tarification du carbone n’est qu’un pas vers dans l’action climatique. Les investissements de l’industrie pétrolière et gazière impliquent une croissance de la production à long terme légèrement plus élevée qu’il y a un an. La discipline en matière d’investissement est au cœur de la capacité des producteurs de combustibles fossiles à décarboner, et sera aussi un élément clé à l’avenir. 

1. Voir www.schroders.fr.
2. dels.nas.edu/resources/static-assets/materials-based-on-reports/booklets/warming_world_final.pdf.
3. Rapport Stern : webarchive.nationalarchives.gov.uk/+/http://www.hm-treasury.gov.uk/sternreview_index.htm.
4. www.wri.org/ipcc-infographics.
5. phys.org/news/2018-08-trillion-lost-temperatures-degrees.html.
6. Le président de la COP 23 a récemment souligné le manque de préparation des pays signataires.