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Parole d'expert

«Le cycle actuel des opérations de M&A devrait rester soutenu dans les mois à venir»

Option Finance - 5 septembre 2016 - Communiqué

M&A

Interview d’Eric Robbe, président de Laffitte Capital Management.

Eric Robbe, président de Laffitte, Capital Management
Capital Management

Quelle est votre analyse de la dynamique du marché des fusions-acquisitions ?
Tous les moteurs favorables à cette thématique sont en place depuis plusieurs mois. Tout d’abord, les entreprises disposent de réserves de trésorerie très abondantes. Cette situation est soutenue par des conditions de financement intéressantes du fait des taux d’intérêt bas, et du niveau d’endettement extrêmement faible des sociétés. Ensuite, la faiblesse de la croissance économique pousse les entreprises à rechercher de la croissance externe au travers d’acquisitions. Un autre catalyseur important est l’anticipation de remontée des taux aux Etats-Unis par la Fed.
En plus de tous ces éléments quantitatifs, les facteurs qualitatifs sont prépondérants. Et de ce point de vue, depuis la crise financière de 2008, la confiance des investisseurs et la visibilité des marchés se sont grandement améliorées, notamment aux Etats-Unis où la croissance économique et l’emploi sont repartis.
L’environnement général est donc globalement très favorable aux opérations de fusions-acquisitions en Europe et aux Etats-Unis.

Pensez-vous que ce cycle de fusions-acquisitions puisse se poursuivre dans les mois à venir ?
Tant que les éléments cités précédemment seront présents, il n’y a pas de raison que le rythme décélère. Si l’on rapporte le volume des opérations à la capitalisation boursière, nous ne sommes pas encore revenus au niveau d’avant 2008, notamment en Europe ; il existe donc encore une marge de progression. Par ailleurs, les acheteurs chinois, après avoir été très présents dans le private equity, s’attaquent désormais aux entreprises listées. On constate également que la part des opérations transfrontalières est de plus en plus importante (+ 39 % des transactions en 2016 avec 1,28 trillion de dollars selon Dealogic). Au commencement de l’année 2016, les entreprises disposaient de plus de 6 trillions de dollars de cash, notamment dans les secteurs de la santé, des télécommunications, des médias et des technologies. Les ressources sont importantes. Parallèlement à ce que nous avons connu en 2008, suite à une baisse durable du prix du pétrole, nous avions connu un cycle très fort de M&A dans le secteur «oil and gas» jusqu’en 2010. Nous devrions constater la même tendance pour l’industrie des matières premières en général.
Un autre indicateur qui ne trompe pas est celui de la taille des opérations. Nous constatons de plus en plus de «Jumbo deals» (deals avec des capitalisations importantes), par exemple Pfizer-Allergan pour 165 milliards de dollars, ou Sabmiller-Anheuser Invev pour 90 milliards.
A moins d’éléments géopolitiques majeurs, le cycle actuel des opérations de M&A est soutenu et devrait le rester dans les mois à venir.

En tant que gérants de fonds, comment faites-vous pour bénéficier de cet environnement ?
Nous nous concentrons sur les opérations annoncées officiellement. Notre métier consiste à bénéficier de la décote entre le prix offert par l’acheteur sur une cible donnée et le prix estimé de cette société dans le marché. Deux facteurs justifient cette différence : un facteur technique, l’actualisation (nous ne serons payés que dans plusieurs mois, il faut donc en tenir compte) et un facteur économique, qui est le risque que l’opération n’aboutisse pas. Notre métier consiste à nous assurer à tout moment que la différence, ou «spread d’arbitrage», rémunère correctement le risque de l’opération. L’intérêt de cette stratégie est qu’elle est très décorrélante par rapport aux actions et obligations (Laffitte Risk Arbitrage Ucits est à + 7,90 % en 2008 et + 3,33 % en 2011) et qu’elle est très résiliente. Nous couvrons cette stratégie depuis 21 ans maintenant et nous avons 20 ans de performance positive. Dans un environnement où la plupart des classes d’actifs ne délivrent plus de rendement, où les fonds euros baissent tous les ans, Laffitte Risk Arbitrage Ucits offre une solution crédible et performante.