Investisseurs institutionnels

Parole d'expert

«Il faut savoir être ingénieux et mobile pour s’adapter dans un environnement en mutation»

Option Finance - 24 octobre 2016 - Communiqué

Pour Eric Bertrand, directeur des gestions taux et diversifiées chez OFI Asset Management, les assureurs européens peuvent s’inspirer de l’exemple du Japon pour en tirer tous les enseignements.

Eric Bertrand, directeur des gestions taux et diversifiées, OFI Asset Management
OFI Asset Management

Faible croissance, taux d’intérêt négatifs, que vous enseigne l’exemple du Japon ?
Je ne crois pas que l’Europe reproduise l’évolution du Japon, mais les difficultés et réactions des compagnies d’assurance japonaises constituent pour nous une expérience précieuse. Lorsque le ralentissement s’est matérialisé, les compagnies avaient gardé trop de risques à leur actif par rapport aux promesses faites aux clients. Cette stratégie leur a coûté cher. Les compagnies les plus lucides ont pris acte de la faiblesse des rendements et ont décidé d’adapter leur passif en conséquence. En Europe, les normes Solvabilité II limitent les risques pris à l’actif mais une mutation comparable du passif reste néanmoins nécessaire. Il va falloir adapter nos modèles de gestion pour prendre en compte de nouveaux paramètres. Les schémas connus sur l’ensemble des classes d’actifs sont en pleine mutation.

Où en sont les compagnies d’assurance européennes, qui se trouvent confrontées à la même problématique ?
Certaines compagnies orientent assez vivement la nouvelle collecte vers les unités de compte, d’autres privilégient à des degrés divers la possibilité ouverte par la loi Fourgous de transformer une partie du stock en gardant les plus-values. Pour l’actif, nos clients ont progressivement intégré des actifs de diversification comme l’immobilier, les actions non cotées, le prêt direct aux entreprises et les dettes d’infrastructure qui irriguent directement l’économie réelle. Pour éviter le risque de création de bulle qui pourrait provenir du déséquilibre entre offre et demande, il est indispensable de travailler avec des spécialistes du métier.

Quelles solutions proposez-vous pour mieux adapter la structure de l’actif à l’environnement de marché ?

Les actions recèlent un potentiel de performance mais elles doivent être gérées et le market timing est essentiel. Sur des périodes glissantes de 10 ans, la performance moyenne des actions européennes s’étage de 15 % par an à – 5 % ! En effet, elle dépend beaucoup du point d’entrée. Face à ce défi, nous avons deux types de solutions. La première, que nous avons mise en place sur les obligations à haut rendement et les actions, consiste à couvrir le risque d’exposition d’un portefeuille face au risque de marché (bêta) par une gestion «overlay» qui s’appuie sur des stratégies de couverture, lorsque nous anticipons des périodes de stress. Et quand le stress se dissipe, nous retirons progressivement la couverture. C’est une solution que nous proposons dans le cadre de mandats de gestion dédiée. Une autre solution consiste à mettre en œuvre une gestion de portefeuilles d’actions structurellement couvertes par des stratégies optionnelles. Ces dernières permettent de réduire à la fois le risque de perte maximum entre un point haut et un point bas de marché et d’atténuer structurellement la consommation en capital, requise dans le cadre de la réglementation Solvabilité II. Nous proposons cette solution tant en gestion systématique que discrétionnaire. Les actions couvertes structurellement constituent quasiment une nouvelle classe d’actif. Enfin, nous concevons également des produits adaptés aux réseaux de nos clients assureurs. Nous proposons notamment des produits en unités de compte avec un pourcentage garanti en capital. Bien sûr, plus le niveau de garantie est élevé, plus le potentiel de performance diminue.

Est-ce dans la gestion du passif que vous trouvez le plus de marges de manœuvre ?
En effet, la promesse de l’assurance vie aujourd’hui est clairement remise en question dans son format d’adossement classique aux emprunts d’Etat. C’est la raison pour laquelle beaucoup d’assureurs souhaitent transformer une grande partie des contrats en euro vers les unités de compte, dont le risque revient au client avec une espérance de performance supérieure. C’est un vrai travail de passif qui est mis en œuvre à des degrés divers. Les rendements distribués aujourd’hui proviennent des titres achetés dans les années passées. Si les taux remontent, même faiblement à l’horizon des prochains trimestres, ce sera uniquement un mauvais moment à passer. En revanche, si les taux restent longtemps proches de 0 %, le rendement des contrats en euro continuera de baisser significativement.

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