Investisseurs institutionnels

David Simon, membre du comité de direction en charge des investissements, des finances et des risques, AG2R La Mondiale Matmut

«Nous continuons de privilégier une gestion interne de nos actifs.»

Option Finance - 11 mars 2019 - Séverine Leboucher

AG2R La Mondiale

«Nos coûts de gestion sont déjà très maîtrisés. A partir d’un certain moment, les réduire davantage risquerait de pénaliser les performances et la maîtrise des risques.»

Quelles conséquences le rapprochement avec Matmut a-t-il en matière de gestion d’actifs ?

Il est important de noter que les actifs de chaque entité restent indépendants, qu’il s’agisse de ceux de La Mondiale, d’AG2R Réunica Prévoyance, de Matmut SAM ou des différentes autres entités du groupe. A ce stade, nous ne les mutualisons pas au sein d’un seul fonds. Chaque périmètre porte ses propres risques en fonction de ses contraintes de passif. Cela ne veut pas dire qu’au niveau du groupe, notre profil de risque n’a pas changé : avec ce rapprochement, nous avons diversifié nos risques au passif, qui vont désormais des risques de longévité aux risques de souscription en assurance dommage, et cela change notre profil de risque actif-passif.

Combien gérez-vous d’actifs désormais ?

L’encours total du groupe s’élève à 122 milliards d’euros mais les volumes ne sont pas comparables entre les deux entités avec, d’un côté, 117 milliards pour le périmètre d’AG2R La Mondiale et, de l’autre, 5 milliards pour le périmètre Matmut. Ces 5 milliards sont issus pour 1 milliard de l’assurance vie et pour 4 milliards de l’assurance dommage et prévoyance santé, et tout particulièrement de la couverture de sinistres corporels. Cette différence de taille est inhérente à l’activité des deux entités, l’assurance dommage, activité phare de Matmut, ne connaissant pas le phénomène d’accumulation du capital qui est le propre des activités d’épargne, qui caractérise AG2R La Mondiale, spécialisée dans la protection sociale : Matmut réalise ainsi 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour 5 milliards d’euros de placements, un ratio qui est de 10 milliards de chiffre d’affaires pour 100 milliards de placement dans le cas d’AG2R La Mondiale. Toutefois, cette différence de volume ne veut pas dire que les sujets financiers relatifs à Matmut sont de moindre importance. Ainsi, en matière de capital réglementaire, si chez AG2R La Mondiale, le risque de marché lié aux investissements représente 80 % des exigences de fonds propres, chez Matmut, cette part se monte tout de même à plus de la moitié.

Comment évolue l’organisation de la direction des investissements ?

Le rapprochement se fait en deux temps. De manière prioritaire, nous avons créé une direction unique en charge des risques, des finances et des investissements, dont j’ai la charge. De ce fait, la gouvernance et la politique d’investissement sont déjà harmonisées et gérées au niveau du groupe. Un premier comité d’investissement réunissant les administrateurs de chacune des composantes du groupe s’est d’ailleurs tenu le 8 février et a pu fixer le cap de cette politique d’investissement commune. Désormais, nous travaillons à l’unification des équipes. Le projet est en cours d’examen par les instances représentatives du personnel. Les équipes d’investissements compteront 145 personnes au total, dont 45 dédiées à l’immobilier de placement.

Ce rapprochement permet-il de dégager des marges de manœuvre en matière de coûts ?

Nos coûts de gestion sont déjà très maîtrisés. A partir d’un certain moment, les réduire davantage risquerait de pénaliser les performances et la maîtrise des risques. Or, ce sont nos priorités. Nous comptons d’ailleurs profiter du rapprochement pour améliorer nos savoir-faire en la matière.

Dans quelle mesure confierez-vous la gestion à des gérants externes ?

A court terme, la structure de gestion interne/externe n’est pas amenée à évoluer significativement : nous privilégierons, comme aujourd’hui, une gestion interne qui nous permet une meilleure maîtrise des risques des portefeuilles, une adéquation optimisée avec la gestion assurantielle de nos passifs et une bonne maîtrise des coûts ; et nous continuerons à faire appel à des sociétés de gestion externes dès lors qu’elles apportent des expertises spécifiques complémentaires. L’essentiel de nos placements, soit 96 milliards d’euros, est géré par des équipes internes, soit en direct au travers de notre structure de moyens, soit via la société de gestion AG2R La Mondiale Gestion d’actifs. Les 22 milliards d’euros détenus à travers les unités de compte des assurances vie continueront d’être essentiellement déléguées à des asset managers externes dans le cadre d’une architecture de distribution ouverte. En outre, près de 4 milliards d’euros issus du périmètre Matmut font l’objet d’un mandat de gestion auprès d’OFI Asset Management dont le groupe est actionnaire à hauteur de 26 %. Ce mandat confié à OFI doit nécessairement s’inscrire dans la politique d’investissements préparée par l’équipe de direction commune et approuvée par notre comité d’investissement groupe.