ISR

En partenariat avec Candriam Academy

Les quakers du XVIIIème siècle aux racines de l’ISR

Funds Magazine - 29 janvier 2021 - Proposé par Candriam Academy

L’argent n’a pas d’odeur, dit-on. Mais il doit de plus en plus apporter la démonstration, à ceux qui sont disposés à le prêter ou à l’investir, que sa destination ne sent pas le soufre, alors que la part des capitaux « responsables » quant à leur impact environnemental, social et de gouvernance ne cesse de croître dans le monde. Mais depuis quand ces considérations s’invitent-elles à la table des comptables, des banquiers et des gestionnaires d’actifs ?

Quakers et méthodistes inventent l’ISR

Si c’est sur ces trois dernières décennies que la progression de l’ISR a été la plus spectaculaire, ses racines plongent bien plus profondément dans le temps. Ce sont en effet les quakers et les méthodistes anglo-américains du xviiie siècle qui, les premiers, se sont imposé des critères éthiques pour investir, afin de respecter leurs principes religieux. Les industries exploitant des esclaves, comme les producteurs de coton ou de sucre de canne, sont bannies de leurs économies  : l’investissement socialement responsable était né ! Plus tard, au tout début du xxe siècle, l’Eglise méthodiste commence à investir en Bourse. Fidèle à ses principes, elle évite sciemment les sociétés impliquées dans la production d’alcool ou de tabac.

Les féministes des années 1960 prennent la relève

Dans les années 1960, les mouvements sociaux luttant pour les droits des femmes, les droits civiques ou encore la paix dans le monde donnent un nouveau souffle à l’investissement responsable. Et, en 1971, naît le premier fonds éthique aux Etats-Unis, le Pax World Fund. Sa particularité : éviter les entreprises actives dans la production et le commerce d’armes. Les initiatives privées de ce genre commencent alors à se multiplier, comme, en Europe, la première banque éthique à vocation environnementale, l’Allemande GLS Gemeinschaftsbank, fondée en 1974. On doit aussi aux investisseurs privés la création d’indices socialement responsables (le Domini 400 Social Index en 1990 et les indices Dow Jones Sustainability en 1999) ou encore le lancement des Principes pour l’investissement responsable (PRI), soutenus par les Nations Unies, en 2006. Ce n’est que bien plus tard que le monde politique, s’appuyant sur les conclusions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), créé en 1988, prendra la mesure de l’urgence climatique, notamment avec le protocole de Kyoto (1997) ou encore l’accord de Paris (2015).

Le monde de la finance passe à l’action

Prenant conscience du changement d’attente des investisseurs et de l’apport des facteurs ESG, le monde de la finance a commencé à prendre part activement à ces « combats » sociétaux et à soutenir des propositions d’actionnaires. L’engagement devient une réalité. Depuis 2017, par exemple, la plus importante coalition d’investisseurs jamais créée, Climate Action 100 +, encourage les 100 plus gros émetteurs de gaz à effet de serre à prendre des mesures pour lutter contre le changement climatique en établissant des objectifs de réduction de leur impact sur le climat, fondés sur des bases scientifiques. A ce jour, plus de 320 investisseurs, représentant plus de 30 000 milliards de dollars d’actifs, participent à cette initiative. Parmi les entreprises concernées figurent des compagnies pétrolières et gazières comme BP ou Shell, qui se sont engagées à fixer des objectifs d’émissions de CO2 à différentes échéances.Citons encore le Carbon Disclosure Project, qui a déjà convaincu des milliers d’entreprises de rendre publiques leurs émissions de gaz à effet de serre, la Plastic Solutions Investir Alliance, visant à trouver des solutions pour diminuer la pollution due aux déchets plastiques, portée par 25 investisseurs institutionnels gérant plus de 1 000 milliards de dollars d’actifs, ou la Workforce Disclosure Initiative de quelque 125 investisseurs représentant 14 0000 milliards d’actifs pour plus de transparence quant aux conditions de travail.

En savoir plus

Plusieurs scandales et catastrophes ont régulièrement relancé l’opinion publique sur la responsabilité des investisseurs et des politiques. Parmi les plus emblématiques, on peut notamment citer le naufrage de l’Exxon Valdez, qui donnera lieu à la création des principes Valdez/Ceres en 1989, le scandale comptable du courtier en énergie Enron en 2001, qui relancera les débats sur la gouvernance d’entreprise, ou encore la crise des subprimes de 2007-2008, point de départ de profondes réformes dans le secteur bancaire.