ISR

Alain Massiera, associé-gérant, Rothschild Martin Maurel

"La bonne compréhension du client privé constitue notre force, notre ADN."

Funds Magazine - Septembre 2019 - Propos recueillis par Catherine Rekik

ISR, Fonds thématiques

"La banque privée est pour nous un bon laboratoire pour concevoir des produits répondants aux besoins de cette clientèle."

Depuis le rapprochement avec  la Compagnie Financière Martin Maurel en 2017, comment a évolué l’organisation des activités de banque privée et de gestion d’actifs de Rothschild&Co ?
La fusion avec les entités de banque privée et de gestion d’actifs de la Compagnie Financière Martin Maurel est effective depuis le 1er juillet 2017. Cette opération a permis une simplification des structures et une séparation des activités de banque privée (exercées au sein de Rothschild Martin Maurel) et de gestion d’actifs (Rothschild & Co Asset Management Europe).
Notre activité est très tournée vers la banque privée. Elle s’adresse à une clientèle haut de gamme, plutôt des entrepreneurs. Nous aidons en premier lieu à la structuration du patrimoine de la famille en intervenant aussi bien sur les actifs liquides que les actifs illiquides.
La gestion discrétionnaire constitue le deuxième pilier de notre activité. La banque travaille en architecture ouverte. Elle propose une gestion dédiée et une gestion modélisée en fonction de la taille du patrimoine qui nous est confié.
Nous avons également une activité d’accompagnement des entreprises dans leur développement, héritée de Martin Maurel. Nous profitons de synergies avec la banque d’affaires pour accompagner les chefs d’entreprise sur des opérations de haut de bilan.

A qui s’adresse votre activité de gestion d’actifs ?

En gestion d’actifs, nous disposons de plusieurs expertises. Notre offre s’adresse à deux types de clients : des institutionnels, principalement en France, via des fonds dédiés dans lesquels nous déroulons les expertises maison et une activité historique de distribution (B to B to C). Notre offre est commercialisée auprès de distributeurs français et européens : banques privées, sélectionneurs de fonds, CGP en France et Promotori en Italie. Nos produits sont également accessibles sous forme d’unités de compte dans différents contrats d’assurance vie.
La bonne compréhension du client privé constitue notre force, notre ADN. La banque privée est pour nous un bon laboratoire pour concevoir des produits répondants aux besoins de cette clientèle.

Quelle part des encours représentent les clients de la banque privée ? Comment cette part a-t-elle évolué ?
Nous avons une segmentation équilibrée des encours qui se répartissent à parts égales entre les clients de la banque privée, les investisseurs institutionnels, la clientèle externe en France et la clientèle externe à l’international, principalement au Benelux, en Italie, en Allemagne et en Suisse.
Ces dernières années, la croissance des encours est venue de la clientèle externe française et étrangère alors que la part de la clientèle de la banque privée est restée stable. En France, le rapprochement avec la Banque Martin Maurel a permis un meilleur maillage régional, avec une présence plus marquée dans le Sud et dans la région Rhône Alpes. Cela nous assure aussi une plus grande proximité avec les entrepreneurs locaux.

Quelles sont les expertises de gestion développées dans le groupe ? Envisagez-vous des lancements de nouveaux produits ?
Notre offre de gestion s’articule autour de plusieurs expertises : la gestion long only sur différentes classes d’actifs, la gestion thématique, ainsi que des fonds alternatifs UCITS. A cela s’ajoute une activité de multigestion qui sert à la fois la banque privée, en apportant du conseil sur la sélection de meilleurs gestionnaires de fonds, et les distributeurs externes.
Notre gamme compte plusieurs flagships tels que le fonds flexible R-co Valor qui a bénéficié des efforts commerciaux auprès des CGP notamment, R-co Euro Crédit mais aussi R-co Conviction Euro. Dans la gestion actions, nous avons des expertises aussi bien sur les grandes capitalisations que sur les mid&small caps – les fonds investis dans les valeurs moyennes de Rothschild & Co Asset Management Europe et de Martin Maurel Gestion ont fusionné en un seul fonds baptisé R-co Families and Entrepreneurs – ainsi que sur différentes zones.
Dans la gestion thématique, nos fonds Martin Maurel Pierre Capitalisation et Martin Maurel Senior Plus sont désormais mis en avant auprès de tous nos clients.
Enfin, en début d’année, le fonds R-co Valor Balanced, une déclinaison plus défensive de R-co Valor, a complété notre gamme avec succès.
Dans le futur, nous souhaiterions proposer de nouvelles expertises soit en recrutant des équipes pour les développer soit en recourant à des fonds de tiers. Ces nouvelles expertises doivent être compatibles avec les besoins de nos clients privés.

A combien s’élèvent les encours en banque privée et asset management ? Comment se porte la collecte depuis le début de l’année ?

A fin juin, nos encours s’élèvent à 71,5 milliards d’euros. Au cours du premier semestre, toutes les implantations européennes de banque privée ont enregistré une collecte nette positive, avec un semestre record en France. La collecte nette s’est élevée à 2 milliards, dont 1,9 milliard en banque privée et 100 millions en gestion d’actifs.

Comment est organisée la société sur le plan commercial ?
Pour la distribution de nos fonds à l’international, nous avons des bureaux commerciaux au Benelux, en Italie, en Allemagne et en Suisse. En France, nous avons deux équipes, une dédiée aux investisseurs institutionnels et la seconde au B to B to C dédiée à la distribution auprès des CGP et des sélectionneurs de fonds.

Comment abordez-vous les sujets liés à l’ESG et à l’investissement responsable qui occupent l’industrie de la gestion d’actifs depuis dix-huit mois ? Vous êtes assez discret là-dessus…
En gestion d’actifs, nous avons progressivement intégré les critères ESG à partir de 2011. Aujourd’hui, environ 70 % des encours en gestion d’actifs intègrent ces critères. Certaines de nos stratégies alternatives ainsi que notre activité de multigestion rendent plus difficile l’utilisation des critères ESG, raison pour laquelle nous n’avons pas comme objectif d’aller vers 100 % d’intégration. Nous avons sélectionné l’agence MSCI comme source d’informations extra-financières pour nos gérants. Nous avons désormais une responsable ESG en interne, à la tête d’une petite équipe qui devrait monter en puissance.
En parallèle, nous sommes signataires des PRI depuis 2011 et avons mis en place une politique de vote aux assemblées générales des entreprises dans lesquelles nos fonds sont investis. A partir de 2015/2016, nous avons commencé à mesurer l’empreinte carbone de nos flagships. Enfin, depuis 2018, notre approche de ces sujets repose sur deux axes. Le premier concerne la banque privée qui mène une réflexion sur ces sujets. La demande des clients s’amplifie et ils manifestent plus d’intérêt pour l’investissement responsable. L’appétit pour l’ESG est bien réel notamment en Europe du Nord et en Belgique. En France, il est encore peu marqué, mais c’est une tendance inéluctable, portée notamment par les nouvelles générations plus sensibles aux sujets environnementaux et de société.
Deuxième axe stratégique : la création d’une gamme de fonds labellisés. Quatre fonds existants sont en cours de transformation afin de pouvoir obtenir le label ISR. Cette gamme de fonds thématiques ISR s’appellera «4 Change». Par ailleurs, au Luxembourg, nous avons lancé un fonds sur la microfinance dont la gestion s’appuie sur une équipe externe pour la sélection des projets.
Au niveau du groupe, nous avons lancé des initiatives qui reflètent bien notre engagement sur ces sujets. Nous soutenons notamment l’association Up to Green qui participe à des programmes de reforestation et de reboisement dans plusieurs pays en lui reversant un pourcentage de nos frais de gestion.

Alain Massiera, diplômé d’HEC, a rejoint Rothschild & Co en 2011 en charge de la banque privée en France. Associé-gérant au sein de Rothschild Martin Maurel (dont le métier principal est la banque privée), où il exerce la fonction de directeur général, il supervise le métier gestion d’actifs exercé au sein de la filiale Rothschild & Co Asset Management Europe.
Auparavant, Alain Massiera a notamment passé vingt-quatre ans au sein du groupe Crédit Agricole SA, où il a occupé diverses fonctions de direction en Arabie saoudite, en Italie, à Monaco, en Suisse, puis à Paris d’abord chez CACIB (en tant que DGD) avant de devenir responsable du métier banque privée du groupe, supervisant ainsi sept entités à travers le monde.