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François Millet, responsable stratégie, ESG et innovation Lyxor ETF

«Le mouvement de réorientation des portefeuilles vers les investissements responsables va s’accélérer»

Option Finance - 17 Avril 2020 - Parole d'expert

Finance verte, ESG, ETF

Contre vents et marées, les ETF ESG continuent à drainer des capitaux depuis le début de l’année, se démarquant ainsi des autres classes d’actifs. Pour François Millet, responsable stratégie, ESG et innovation Lyxor ETF, le phénomène devrait même s’amplifier à l’avenir, la crise sanitaire agissant comme un catalyseur.

On observe une certaine résilience des investissements dans les ETF responsables malgré la crise…

La collecte nette sur les ETF ESG reste effectivement positive depuis le début de l’année. Elle atteignait 6,9 milliards d’euros à fin mars, alors que le marché européen des ETF dans sa globalité a enregistré une décollecte de 10,8 milliards sur la même période (ce qui constitue un retournement très brutal, après une collecte record en 2019 et même en ce début d’année). Si la résilience des investissements dans les produits ESG nous a semblé logique sur le principe, nous avons en revanche été surpris par l’ampleur de l’écart entre ces deux données.

Comment expliquer ce phénomène ?

Les investisseurs qui, dans l’urgence, ont cherché à couper leur exposition globale aux marchés l’ont fait en sortant des stratégies les plus simples et les plus liquides sur les grands indices généralistes (en premier lieu sur les actions américaines), plutôt qu’en détricotant des stratégies d’investissement mûrement réfléchies, comme c’est le cas avec l’ESG. Dans le même ordre d’idées, les stratégies ESG ne répondent pas à des schémas d’allocation tactique à court terme mais tendent à être logées dans les poches stables des portefeuilles. Ces investissements ont donc été préservés.

Cette résilience des ETF ESG s’observe également au niveau des performances. Quels sont les facteurs qui la justifient ?

Les historiques de performances démontraient déjà que les stratégies ESG sont gagnantes sur le long terme. La crise actuelle révèle qu’elles tendent également à être résilientes sur le court terme, nos stratégies actions européennes surperformant de 1,8 % à 2,8 % sur mars. Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, elles affichent des biais de style sur les grandes capitalisations, sur les entreprises dites de «qualité» (qui se caractérisent par leur solidité bilantielle) et sur les titres de moindre volatilité, trois facteurs de soutien quand les marchés sont chahutés. Au cours des dernières semaines, elles ont également tiré parti de leur biais sectoriel, dans la mesure où le prix du pétrole s’est effondré. Or l’énergie et plus particulièrement les valeurs pétrolières sont sous-pondérées dans les portefeuilles ESG.

Le marché des ETF ESG semble donc promis à un bel avenir…

Si la collecte sur les ETF ESG s’est bien tenue, les actifs sous gestion sur ce segment de marché restent encore modestes, de l’ordre de 4 % du marché global des ETF. Mais nous estimons que cette proportion est appelée à s’accroître de manière significative. De nombreux investisseurs menaient déjà une réflexion pour mettre en place des stratégies ESG mais n’avaient pas encore franchi le pas. La crise actuelle les ayant amenés à couper leurs positions sur des produits plus traditionnels, comme en témoignent les flux sortants, nous pensons qu’ils réalloueront leurs liquidités vers les produits ESG quand ils reviendront sur les marchés.

Nous attendons donc d’importants déplacements de capitaux, d’autant que de nouveaux véhicules d’investissement sont en train d’arriver sur le marché, notamment en matière de transition énergétique et écologique. Signalons à cet égard que Lyxor vient de lancer une gamme de quatre ETF «climat», premiers du genre en Europe, pour soutenir la transition climatique.

Peut-on dire que la crise actuelle va, de manière générale, renforcer le mouvement vers l’investissement responsable ?

La crise sanitaire présente un certain nombre de similitudes avec les problématiques climatiques, notamment le fait que nous avons trop longtemps ignoré l’extrême dépendance de tous nos systèmes, économiques comme sociaux, aux facteurs naturels.

En ce sens, ce qui se passe actuellement milite pour aller encore plus loin dans les pratiques d’investissement responsable. Cela passera notamment par le fait d’accorder davantage d’importance aux vues de long terme, plutôt qu’aux considérations court-termistes, et par un engagement renforcé en faveur de la transition climatique. Nous sommes convaincus que les gérants d’actifs peuvent être de véritables moteurs de cette transition, à la fois par l’innovation en termes de véhicules d’investissement, par le dialogue proactif avec les entreprises et par une politique de vote affermie en assemblée générale sur les sujets environnementaux.