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Luc Pez, co-gérant du fonds Oyster Sustainable Europe, Zadig AM

Le recyclage des métaux fait sa révolution

Funds magazine - 2 juillet 2021 - Zadig AM

L’ère des moteurs à combustion interne (MCI) touche progressivement à sa fin, du fait de l’adoption généralisée des véhicules électriques. Cette formidable transition alimentera la demande pour des matériaux et des minéraux cruciaux, poussée par l’essor des énergies renouvelables.

Il est donc fondamentalement nécessaire de troquer le modèle économique de dépendance aux énergies fossiles pour un modèle reposant sur une forte consommation de certains matériaux. Au nombre des métaux et des minéraux essentiels qui sous-tendent cette profonde révolution énergétique figurent le lithium, le cobalt, le manganèse et le cuivre. Il en résulte un paradoxe inhabituel en matière d’ESG, selon lequel la décarbonation est possible seulement grâce à l’extraction de minéraux et de métaux essentiels, généralement associés à des secteurs exclus par les fonds ESG.


Les compagnies minières améliorent leurs performances ESG

La défiance que les investisseurs ont nourrie envers le secteur de l’extraction et de la transformation des métaux et des minéraux est saine et se fonde sur de bonnes raisons. Ces procédés produisent toutefois des composants indispensables aux efforts de décarbonation dans le monde. Il existe probablement trop de fonds gérés selon des critères ESG statiques et qui excluent des entreprises dont les approches de transition sont crédibles. En outre, le secteur connaît une amélioration généralisée des pratiques ESG, certains producteurs témoignant déjà de fermes engagements en faveur des pratiques ESG et d’une réduction de leur empreinte carbone.

Il existe un déséquilibre entre l’offre et la demande, causé par l’évolution des tendances ESG. Il est par exemple compliqué de minimiser l’importance du lithium dans la révolution des véhicules électriques. Plus les batteries à électrolyte liquide sont délaissées en faveur des batteries à électrolyte solide, plus le lithium devient indispensable. L’essor des batteries lithium-ion pour les véhicules électriques et les systèmes de stockage d’énergie fixes stimulera la demande pour le lithium. Parallèlement, la demande pour le cuivre sera dopée par les véhicules électriques et les infrastructures de charge. Ces deux métaux sont confrontés à des insuffisances en matière de capacité d’extraction et à des déficits structurels. Afin de répondre au bouleversement de la demande à l’avenir, il sera nécessaire d’investir et d’accroître les dépenses en capital dans le secteur minier.

Les terres rares telles que le néodyme, le praséodyme et le dysprosium jouent aussi un rôle essentiel dans le processus d’électrification du monde par le biais des énergies renouvelables. Ces dernières constituent toutefois un investissement plus risqué, car la situation reste inégale en raison de la domination de la Chine, qui contrôle entre 70 et 90 % de l’offre mondiale de matériaux. En second lieu, il est difficile de trouver des titres liquides et qui se conforment aux critères ESG dans ce segment.


Révolution du recyclage

S’il y a lieu d’être optimiste quant aux énergies renouvelables, des questions se posent sur l’éventualité d’une bulle verte avec un l’élan pour le tout-renouvelable en perte de vitesse mais des valorisations encore trop élevées. Le domaine le plus intéressant reste le recyclage et les « mines urbaines ». En effet, le recyclage de matériaux joue un rôle essentiel dans la transition énergétique. Compte tenu de l’importante quantité de matériaux consommés par les technologies d’énergie verte et du déploiement de masse des véhicules électriques, la production annuelle de déchets provenant des éoliennes, des panneaux photovoltaïques, des batteries lithium-ion et de déchets d’équipements électriques et électroniques devrait radicalement augmenter d’ici à 2030.

Même s’il est complexe de construire un modèle viable de recyclage en l’état actuel de la législation, les pays occidentaux adopteront vraisemblablement des réglementations pour développer cette future source d’approvisionnement alternative en matériaux essentiels. Parallèlement, l’hydrogène demeure un sujet compliqué, souvent simplifié à l’excès pour en faire la promotion en tant que solution à la transition énergétique alors que sa production reste très gourmande en énergies fossiles. Il est donc nécessaire de faire avancer la production d’hydrogène vert afin d’éviter un futur « scandale de l’hydrogène ».

Dans le contexte d’une ruée verte sans précédent et de bulles potentielles, la clé réside dans la diversification grâce à la connaissance de nouveaux secteurs émergents qui limite les risques, notamment parce que la structure de la plupart des fonds ESG sous-pondère ces secteurs.