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L’alignement des fonds actions à impact sur les ODD : une solution viable pour accélérer l’essor de la finance durable et responsable

Option Finance - 17 mars 2021 - Anne del Pozo

Il y a cinq ans, l’ONU adoptait les objectifs de développement durable (ODD) pour 2030. Afin de permettre d’atteindre ces objectifs, des investisseurs ont décidé d’aligner les fonds actions à impact sur les ODD. Le but étant de générer à la fois un impact positif mesurable et un rendement financier.

Aujourd’hui, l’impact va bien au-delà d’une stratégie d’impact dans un fonds actions qui va investir dans des entreprises. « L’impact repose sur trois piliers essentiels : l’intentionnalité, l’additionnalité et la mesurabilité », précise Carole Crozat, head of thematic research chez Blackrock. « Il s’agit d’une classe d’actifs à part entière ayant un double objectif de performance et d’impact social et environnemental, précise pour sa part Béryl Bouvier di Nota, deputy head of european equities d’OFI Asset Management. Cette classe d’actifs n’est plus cantonnée au private equity. En revanche, elle demande de mettre en place une méthodologie particulière au niveau des actifs cotés : il faut s’assurer de la nature des investissements, qu’ils soient dans des sociétés ayant la volonté de relever des défis environnementaux et sociétaux, et dont le modèle économique va générer des contributions positives. La mesure de l’impact dans la méthodologie est quelque chose de nouveau et nous devons définir en conséquence des modèles d’analyses, des indicateurs de mesure d’impact et récolter la donnée. Cette classe d’actifs étant récente, il faut aussi engager le dialogue avec les entreprises pour les aider à formaliser et retenir des indicateurs d’impact. » 

NN Investment Parners a également développé un outil interne portant notamment sur la transformabilité des entreprises. « Nous voulons investir dans des entreprises qui ont un impact positif sur la société tout en ayant des modèles économiques intéressants, avec des rendements financiers, précise Marina Iodice, senior portefolio manager – impact equities chez NN Investment Partners. A cet effet, nous utilisons notre outil interne MIT qui repose sur trois piliers : la matérialité, l’intentionnalité et la transformabilité. Il faut définir à quel point la solution d’investissement positif de l’entreprise pèse sur son chiffre d’affaires, et est alignée avec la stratégie cœur de l’entreprise et sa transformabilité. »

Les spécificités du private equity en matière d’impact

En private equity, il existe différents modèles de fonds à impact. « Chez Alter Equity, l’objectif consiste à attirer des souscripteurs mais aussi à montrer qu’il est possible de combiner rendement et responsabilité, explique Fanny Picard, associée fondatrice d’Alter Equity. Nous investissons dans des entreprises à impact positif qui, par leurs activités sont utiles aux personnes ou à l’environnement. Nous leur demandons de progresser dans leurs pratiques de gestion vers plus de responsabilité sociale et environnementale en mettant en œuvre un plan d’action RSE, dont le respect va conditionner la rémunération des dirigeants. Nous leur demandons également un rendement financier attractif pour nos investisseurs. Nous avons mis en place une gouvernance qui vérifie cet impact positif mais également les impacts négatifs d’une activité ou l’insuffisance d’impact. »

Comment ces impacts peuvent-ils être analysés à l’aune des ODD ?

Si les ODD guident les choix d’investissements, ils n’ont cependant pas vraiment été conçus pour les investisseurs. « Nous avons donc fait un travail de sélection des 17 ODD investissables, poursuit Marina Iodice, senior portefolio manager. Nous avons ensuite cherché des solutions d’investissements pouvant correspondre aux ODD. Cela nous permet de voir dans quel secteur nous pouvons rechercher nos solutions d’investissements. » L’enjeu de transition vers des ODD est également très important d’un point de vue opérationnel. « Plusieurs ODD ont trait à des externalités négatives, constate Carole Crozat. Certes, il existe des solutions industrielles pour les limiter. Mais c’est surtout l’économie telle que nous la menons aujourd’hui qui conduit à cette pollution. Pour les atteindre, il faut qu’il y ait une transition qui s’opère de la part des entreprises. » 

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