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Les rencontres climat et finance durable

Quelle est la stratégie des investisseurs en faveur du capital naturel et de la biodiversité ?

Option Finance - 17 mars 2021 - Anne del Pozo

L’engagement actuel de la Commission européenne met en lumière l’importance, notamment pour les acteurs économiques, d’investir en faveur de la protection des écosystèmes naturels. Pour les accompagner dans cette démarche, il existe déjà des outils de mesure de la biodiversité.

«En 2005, nous avons publié notre premier carbone footprint intégré mondial pour modéliser nos émissions carbone, comprendre d’où elles venaient et les faire progresser, explique Gilles Vermot Desroches, directeur développement durable de Schneider Electric. Pour mesurer notre biodiversité, nous avons travaillé avec le global biodiversity score (outil de mesure de l’empreinte des entreprises sur la biodiversité) de la CDC Biodiversité. Ensuite, nous avons expliqué en interne pourquoi nous devions nous mobiliser pour la préservation du climat. Enfin, nous menons des actions pour progresser sur le sujet : sur nos achats, sur nos sites, et qui combinent une démarche climat et biodiversité ». 

Le GBS est également utilisé par la Caisse des dépôts et consignations, qui de son côté travaille sur le sujet de la biodiversité depuis plusieurs années. « Depuis 2008 nous examinons les liens entre la biodiversité et l’économie, explique Nathalie Lhayani, directrice de la politique durable du Groupe Caisse des dépôts et consignations. Comme beaucoup d’investisseurs institutionnels engagés, nous avons intégré dans nos matrices d’analyse des éléments d’impact sur la biodiversité. La CDC a choisi de prendre un certain nombre d’engagements pour faire levier sur les acteurs économiques dans lesquels nous investissons : mesurer nos impacts sur la biodiversité à la fois en tant que gestionnaire d’actifs et en tant que banque de développement ; avoir une approche tournée vers la maximisation de ces impacts pour aller vers la neutralité ; mettre en place des mesures d’accompagnement comme le financement de la recherche. Sur la partie gestion d’actifs, pour mesurer nos impacts, nous utilisons le global biodiversity score (GBS) et nous poussons également au développement d’outils d’analyse et de mesure de l’empreinte biodiversité des entreprises et donc des portefeuilles d’actifs, au sein de la place. »

Les mesures d’impact privilégiées par les investisseurs

En 2020, BNP Paribas Asset Management a publié un appel à manifestation d’intérêt pour trouver un prestataire de données biodiversité. « Nous attendons de notre prestataire de données biodiversité un équilibre entre qualité et quantité des données, qu’il soit en mesure de délivrer un message simple afin que nous puissions expliquer à nos parties prenantes ce à quoi est lié l’impact, précise Robert Alexandre Poujade, ESG analyst chez BNP Paribas Asset Management. Enfin, nous recherchons une information qui soit granulaire et précise par secteur pour mesurer l’impact sur la biodiversité de l’entreprise, avec des indicateurs par pression. »

« En qualité d’asset manager, nous attendons également des données de biodiversité de la part des entreprises, qui soient granulaires et spécifiques,  ajoute Shehani Thanthrilage, financial ESG analyst chez HSBC Global Asset Management. Le GDS nous aide à quantifier les impacts au niveau d’une entreprise. En revanche, nous disposons de peu de données brutes sur les données. Cependant, les fournisseurs de données ESG avancent sur le sujet comme Iceberg Data Lab. De notre côté, nous travaillons avec Carbone 4 qui met actuellement en place une base de données au niveau des entreprises. » 

Lombard Odier Investment Managers différencie pour sa part la soutenabilité de l’ESG en tant que tel. « Nous estimons qu’il faut identifier les sociétés pour lesquelles la préservation de la nature et son utilisation à bon escient deviennent une opportunité de croissance, précise Didier Rabattu, associé, responsable des gestions actions chez Lombard Odier Investment Managers. Nous estimons que la croissance économique doit se découpler complètement à l’échelle mondiale de son impact sur l’environnement. Pour nous, aucune des mesures d’impact ne permet vraiment de capturer ces opportunités de croissance. Seule la connaissance approfondie des enjeux du capital naturel permettra de bien comprendre quelles sont ces opportunités. La mesure est un outil de sélection, de reporting, plus qu’un outil de croissance. » 

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