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Relance post-Covid, vers une croissance vertigineuse du marché des green bonds ?

Option Finance - 17 mars 2021 - Anne del Pozo

En 2020, le léger recul du marché des green bonds, jusque-là en perpétuelle croissance a été compensé par les social bonds, qui se sont beaucoup développés pendant la crise. Cette année, le marché des obligations vertes devrait être soutenu par les différents plans de relance.

En 2020, les obligations vertes ont représenté une part moins importante du marché des obligations durables. « Cette crise a d’abord provoqué un besoin de financements dirigé vers la préservation de l’emploi, explique Tanguy Claquin, head of sustainable banking Crédit Agricole CIB. Plusieurs opérations de social bonds se sont ainsi faites en 2020. L’année dernière, nous avons également assisté au décollage des sustainability bonds. L’importance des enjeux ESG dans les marchés financiers est clairement montée d’un cran avec la crise Covid. »

La croissance du marché des green bonds passera également par une généralisation des types d’émetteurs, notamment dans les secteurs industriels. Une généralisation qui peut également être un risque. « Il est à ce sujet important de bien connaître les projets et les transitions que nous finançons avec ces obligations, souligne Guido Moret, head of sustainability integration fixed income chez Robeco. D’autant plus qu’avec la forte croissance du marché des green bonds, nous constatons également une augmentation du greenwashing. C’est la raison pour laquelle nous avons développé chez Robeco un cadre d’analyse des green bonds qui prend également en compte l’allocation des fonds, le reporting, l’impact et la stratégie environnementale de l’émetteur. »

Le changement climatique est un problème reconnu unanimement et il convient de s’assurer que les supports d’investissements servent bien cet objectif. « Le green bond est un produit dont l’objectif est essentiel pour l’ensemble de la communauté, précise Alexandre Gautier, secrétaire général adjoint de la Banque de France. Aller sur le marché des green bonds crée de très fortes exigences. Pour un émetteur, l’émission doit s’inscrire dans une stratégie globale de réduction de l’impact sur l’environnement. L’investisseur pour sa part ne doit pas se contenter d’un label. Il doit également suivre les projets et regarder si cela s’inscrit dans la stratégie de l’entreprise. » 

« Nous portons une attention toute particulière à la question de la liquidité de ce marché ainsi que sur le pricing au primaire et le monitoring de l’éventuel discount en rendement que les investisseurs doivent accepter, ajoute François Millet, responsable stratégie, ESG et Innovation, Lyxor ETF. Le marché des green bonds labellisés est très organisé avec des émetteurs et des bookrunners qui font référence à des cadres d’émissions assez banalisés. Désormais, nous attendons tous un peu plus de normalisation via notamment la taxonomie ou le “UE green bond standard” ainsi que plus de diversité dans la partie corporate. »

L’importance de la taxonomie

Cependant, globalement, la taxonomie ne prend pas encore assez en compte ces mesures d’impact. « Chez l’émetteur, la mesure d’impact est essentielle mais n’est pas encore aujourd’hui tout à fait au bon niveau, note Esther Finidori, VP environnement chez Schneider Electric. La taxonomie est un immense espoir pour faire grossir et accélérer le marché des green bonds et orienter davantage les financements vers la transition écologique. Elle donne un cadre pour définir ce qui est vert de ce qui ne l’est pas. Mais ce n’est pas encore une mesure d’impact. C’est la raison pour laquelle, chez Schneider Electric, depuis trois ans, nous publions en externe les émissions évitées grâce aux offres de Schneider Electric pour nos clients. »

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