ISR

Parole d'expert Robert-Alexandre Poujade, analyste ESG chez BNP Paribas Asset Management.

«L’impact de l’érosion de la biodiversité sur l’activité économique est déjà réel»

Option Finance - 23 octobre 2020 - Propos par BNP Paribas Asset Management

ESG

Peut-on estimer les conséquences de l’érosion de la biodiversité sur l’économie mondiale ?

Biodiversité et activité économique sont étroitement liées : la valeur cumulée de tous les services rendus par la nature est estimée à 125 000 milliards de dollars par an, soit près de deux fois le produit intérieur brut mondial annuel. L’érosion de la biodiversité constitue donc une externalité qui a un coût et présente un risque pour l’économie mondiale. Pour bien faire comprendre ce phénomène, l’exemple des insectes pollinisateurs est souvent mis en avant. La disparition de ces insectes et en particulier des abeilles, qui par leur pollinisation assurent 5 % à 8 % de la production agricole mondiale, pourrait conduire à une perte financière équivalente à 200 milliards d’euros par an. Ainsi l’impact de l’érosion de la biodiversité sur l’activité économique est déjà réel, tous les indicateurs montrent que nous avons franchi la ligne rouge dans ce domaine tandis que nous sommes à l’orange en matière de réchauffement climatique.

Quel est l’impact sur les marchés financiers ?

Nous considérons que la détérioration de la biodiversité constitue un risque qui pèse sur les entreprises et donc sur le rendement à long terme. Ainsi, nous sommes convaincus qu’une entreprise qui se positionne dès aujourd’hui sur l’enjeu de la biodiversité, adopte une meilleure gestion des risques, anticipe les nouvelles opportunités de marché et s’adapte graduellement au cadre réglementaire en construction sera plus performante. Les particuliers sont de plus en plus conscients de ces problématiques, ils sont prêts à boycotter les entreprises qui dégradent leur environnement. Les Etats sont aussi en train de s’emparer de ce sujet. La France a adopté en 2018 sa stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée destinée à mettre fin d’ici 2030 à la déforestation causée par l’importation de produits forestiers ou agricoles non durables.

Comment mesurer l’impact des investissements sur la biodiversité ?

Nous avons accéléré nos recherches sur ce sujet à partir de 2017 et publié nos recommandations pour les entreprises analysées via des études de cas. Nous avons par exemple étudié le secteur de la distribution agroalimentaire afin de trouver les bonnes pratiques des entreprises en matière d’approvisionnement en produits de la mer et d’usage du plastique. Toutes les études menées sont qualitatives. Elles prennent du temps, ne sont pas exhaustives et reposent sur un nombre limité d’indicateurs quantifiables. De plus, nous manquons de données en provenance des entreprises qui ne sont pas encore totalement transparentes sur ce sujet. En l’absence de métriques fiables, il reste ainsi très complexe d’intégrer ces informations dans nos décisions d’investissement, comme nous pouvons le faire sur le carbone. Nous nous sommes donc regroupés au sein d’un consortium avec trois autres gérants d’actifs, Axa Investment Managers, Mirova et Sycomore AM, afin de lancer un appel à manifestation d’intérêt pour développer un outil précurseur de mesure d’impact. Nous estimons grâce à cela pouvoir commencer à reporter notre empreinte biodiversité l’an prochain, et nous travaillons actuellement à la publication prochaine de l’empreinte forêt et de l’empreinte eau de nos portefeuilles.

Les investisseurs sont-ils intéressés par cette thématique ?

Nous vivons actuellement une période d’effervescence autour de la notion de biodiversité comme nous l’avions connu sur le climat au moment de la COP 21 en 2015. La prise de conscience est générale. En effet, l’appel à manifestation d’intérêt lancé en début d’année a été soutenu par une déclaration sur la nécessité de mesurer l’impact sur la biodiversité, qui a recueilli plus d’une trentaine de signatures de la part de grands investisseurs institutionnels du monde entier, représentant plus de 6 000 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Cette déclaration démontre qu’il existe actuellement une demande non satisfaite pour une recherche de qualité visant à aider les investisseurs à répondre à la crise de la biodiversité.