ISR

Béryl Bouvier di Nota, OFI Asset Management

«L’impact investing pour conjuguer impact positif sur la société et performance financière»

Option Finance - 6 novembre 2020 - Parole d'expert

ESG

L’approche de l’investissement socialement responsable (ISR) a évolué au fil du temps. A l’heure actuelle, l’industrie de la gestion d’actifs développe de plus en plus son offre en matière d’investissement à impact. Lumière sur ce segment de marché en pleine construction avec Béryl Bouvier di Nota, directrice adjointe des actions européennes chez OFI Asset Management.

On assiste aujourd’hui à une montée en puissance de l’investissement à impact. Comment l’expliquer ?

La vision du rôle de l’entreprise est en train de changer, dans la lignée de la loi Pacte qui a consacré la notion de «raison d’être». Elle ne doit plus seulement générer de la croissance bénéficiaire mais également engager sa responsabilité sur une ambition sociétale.

En parallèle, on observe depuis environ un an et demi que tous les agents économiques s’emparent progressivement des 17 objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies : le monde solidaire, mais aussi les entreprises qui étaient traditionnellement jugées à l’aune de leurs seules performances financières, les investisseurs et les asset managers. Il y a une réelle convergence d’intérêts autour de la contribution positive à ces objectifs de développement durable.

En ce qui concerne l’industrie de la gestion d’actifs, l’investissement à impact existe depuis longtemps à travers les fonds solidaires 90 %/10 %, qui en ont constitué les prémices. Cependant, contrairement à ces fonds dont la poche solidaire peut potentiellement amputer une partie de la performance, l’investissement à impact tel qu’on le conçoit aujourd’hui a un objectif double : d’un côté, produire un impact qui doit être mesuré afin de bien évaluer la matérialité de l’engagement de l’entreprise à créer de l’impact social ou environnemental et, de l’autre, générer de la performance financière. Le postulat sous-jacent est que les sociétés bien positionnées ou en phase de transition en termes d’impact auront une croissance plus pérenne et seront donc mieux valorisées sur les marchés boursiers.

Quels peuvent être les freins au développement de l’investissement à impact ?

Même si des travaux de place sont en cours, il n’y a pas encore de nomenclature ou de certification en la matière et l’investissement à impact dépend de ce que chaque asset manager met en place. Le degré de lecture d’un ODD peut être plus ou moins intègre et rigoureux d’un acteur à l’autre. C’est donc un pan de l’ISR qui doit encore se construire et se normaliser pour prouver sa pertinence.

Quelle est l’approche d’OFI Asset Management en la matière ?

L’impact investing correspond à une gestion de convictions et engagée, qui vise à accompagner les entreprises dans le temps.

Nous avons élaboré notre propre méthodologie pour analyser l’impact des entreprises, qui repose sur deux piliers : l’intentionnalité et la mesurabilité. Concernant l’intentionnalité, il s’agit de vérifier la probité et la matérialité de l’engagement de l’entreprise, ce qui passe par une appréciation qualitative (comment cet engagement se concrétise-t-il dans sa stratégie, dans sa gouvernance ?) et quantitative (part du chiffre d’affaires qui a un impact sur un des ODD, identification des indicateurs de résultats et d’impact pour chaque activité). Ce travail de mesure nécessite de faire beaucoup d’engagement auprès des entreprises. La plupart d’entre elles sont très ouvertes au dialogue, car il les aide aussi à mieux appréhender le sujet. Une dynamique se met ainsi en place.

Précisons par ailleurs que nous avons fait le choix de distinguer l’analyse extra-financière, qui est menée par notre équipe ESG, et l’analyse d’impact, qui est intégrée dans le travail de l’équipe de gestion au même titre que l’analyse de la performance financière, afin d’appréhender l’entreprise dans sa globalité.

Cette approche a-t-elle démontré sa pertinence ?

Les stratégies d’impact investing d’OFI AM sont regroupées dans la gamme Act4, qui compte trois fonds totalisant 300 millions d’euros d’encours : un fonds axé sur le social, OFI Fund-RS Act4 Social Impact ; un fonds axé sur l’environnement, OFI Fund-RS Act4 Green Future ; et un fonds axé sur des enjeux de protection à la fois de l’environnement et des individus, OFI Fund-RS Act4 Positive Economy (anciennement OFI Fund-RS European Equity Positive Economy). Depuis son lancement en 2017 et au 30 septembre 2020, ce dernier a surperformé son indice de référence le Stoxx Europe 600 (marché des entreprises européennes) de plus de 19 %* et il se classe dans le premier quartile en termes de performances depuis le début de l’année, sur un an et sur trois ans. 

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