Stratégie

Corinna Lau, responsable des produits asiatiques chez Invesco

« Consommation asiatique : derrière la reprise, les opportunités d’investissement »

Funds magazine - 30 avril 2021 - Invesco

Sortie avant l’Europe de la crise du Covid, l’Asie voit sa croissance tirée par la consommation domestique. Un phénomène loin d’être éphémère et qui représente de nombreuses opportunités d’investissement.

La crise du Covid a-t-elle remis en cause la dynamique de croissance de la consommation domestique en Asie ?

Au cœur de la crise sanitaire, la consommation domestique a évidemment ralenti en Asie, mais cela a été transitoire. Nous avons ainsi eu quelques inquiétudes pour l’Inde en 2020, toutefois, la jeunesse de la population devrait permettre d’atténuer l’impact du virus. Finalement, les effets de cette crise se ressentent surtout dans le comportement des consommateurs. Ils se sont digitalisés, et cette tendance sera durable. D’ailleurs, nous estimons que cela représente une opportunité et investissons, dans certains de nos fonds dans le commerce et les jeux en ligne.


Quelles sont les tendances marquantes de la consommation asiatique ?

Les facteurs de long terme sont là et sont bien connus, notamment l’augmentation de la population. L’Asie constitue le premier marché retail au monde, avec 60 % de la population mondiale (source : CLSA). Ce qui est intéressant, c’est son enrichissement, encouragé par les gouvernements. En Chine, le nouveau plan quinquennal est axé sur la construction d’une société plus prospère. Le revenu par habitant est certes encore inférieur à ce que l’on observe en Occident, mais il progresse. La Chine est la deuxième économie mondiale, l’Inde la cinquième. Cela s’accompagne évidemment d’une urbanisation accrue. En Inde, la population urbaine contribue à hauteur de 63 % au PIB aujourd’hui, un taux qui devrait passer à 75 % d’ici à 2030, selon un rapport CBRE-CREDAI. En Chine, le taux d’urbanisation est de 60 %.


Quels secteurs économiques en profitent ?

On remarque une premiumisation (montée en gamme) de la consommation en Asie. Les gens ne recherchent pas forcément les marques de luxe, mais des produits de meilleure qualité au quotidien. Un exemple emblématique en est les mouchoirs, avec des achats de produits plus doux, plus résistants, ainsi que de lingettes humides. Les entreprises positionnées sur ce segment de marché dégagent des marges supérieures, et nous en avons intégrées certaines dans notre portefeuille. Le bien-être et la santé constituent aussi une tendance de fond, qui favorise les entreprises pharmaceutiques, notamment celles qui développent une forte R&D (recherche et développement), là où l’Asie avait jusqu’ici un certain retard sur l’Europe. Ces tendances traversent toute l’Asie, mais s’y manifestent de manière différente. La premiumisation touche par exemple le segment de la mobilité. En Chine, les consommateurs vont privilégier les voitures de meilleure qualité. En Inde, la recherche de qualité est la même, seulement ce ne sont pas des voitures qui sont achetées, mais des deux-roues.


Est-il possible d’intégrer des critères ESG à cette thématique d’investissement ?

Bien que nous n’ayons pas de restrictions, nous avons fait le choix d’en intégrer dans certains de nos fonds. Outre les critères d’exclusion traditionnels, nous appliquons notre méthode d’évaluation ESG propriétaire. Il est d’autant plus important d’avoir une équipe de recherche interne sur ce sujet que l’ESG est encore moins normé en Asie qu’en Europe.

Une autre question que l’on peut soulever sur les marchés asiatiques actions est leur liquidité… La liquidité y est élevée. Les marchés profitent du très fort intérêt des investisseurs internationaux, notamment européens, mais aussi chinois. Les flux financiers depuis la Chine continentale vers la Bourse de Hong Kong sont en forte progression. A ce jour, ils ont déjà dépassé les 50 % des flux enregistrés en 2020, favorisant les titres chinois qui y sont cotés. Les investisseurs sont normalement attirés par les valorisations attractives que l’on y trouve encore. Sans compter que certains risques y sont moins élevés qu’en Occident, actuellement. A notre avis, l’inflation n’est pas menaçante ; quant à un resserrement des politiques monétaires accommodantes, il ne devrait être que graduel. De plus, les politiques de soutien ont été de moindre ampleur qu’en Occident, les économies asiatiques – et leurs consommateurs – en sont donc moins dépendantes.