Stratégie

Parole d’expert

Investissement ESG et obligations : la prochaine nouvelle normalité ?

Option Finance - 15 octobre 2018 - Communiqué

Investissement, ESG

L’univers de l’investissement durable est actuellement le théâtre d’un changement aussi silencieux que profond, qui va selon nous modifier radicalement les marchés, hissant les obligations au premier plan des investissements ESG.

Mike Amey, head of sterling portfolio management, PIMCO
PIMCO

Le concept d’investissement ESG a été lancé en 2004 par le Pacte mondial des Nations unies, se concentrant alors sur les actions et les stratégies que les investisseurs internationaux, en tant qu’actionnaires, pourraient adopter pour influencer l’attitude des entreprises à l’égard des thématiques de durabilité. Cette mise en lumière et la reconnaissance de l’importance de nombreux aspects ESG ont fait sortir l’investissement durable de la niche des approches éthiques basées sur des normes pour bénéficier d’une compréhension et d’une adoption de plus en plus larges.
A ce jour, les investisseurs ont focalisé leur attention et leur engagement sur les actions. Cette orientation est selon nous sur le point de changer en faveur, peut-être, d’une «nouvelle normalité ESG» qui mettra les obligations au centre de l’univers de l’investissement durable. Quels signes nous amènent à cette conclusion ?
Premièrement, un nombre croissant d’opérateurs du marché reconnaissent que les thématiques ESG comportent un risque de crédit tangible par rapport à la dette tant corporate que souveraine. L’intégration par PIMCO de l’analyse du crédit ESG à l’ensemble de l’univers d’investissement reflète la conscience que les investisseurs et tout prêteur, ne peuvent ignorer les questions de durabilité et de gouvernance susceptibles d’influer sur la solvabilité d’un emprunteur. Notre analyse opportune des accusations de corruption visant le président sud-africain en 2015 s’est notamment traduite par la décision active de réduire l’exposition à ce pays.
Parallèlement, les discussions de PIMCO avec des émetteurs souverains et corporate et notre engagement en leur faveur suggèrent qu’un changement radical se profile dans le domaine des obligations sociales liées à des thèmes comme l’accès aux ressources hydriques, le genre, la santé et autres secteurs infrastructurels à caractère social (par exemple : distribution de produits alimentaires, transports). Dans ce contexte, il importe de souligner que des banques et des agences de développement se sont récemment déclarées prêtes – souvent pour la première fois – à collaborer avec des investisseurs institutionnels et des financiers privés en matière de sourcing des opérations et de co-investissement.
Troisième point, étroitement lié au précédent, les objectifs de développement durable des Nations unies (ODD) suscitent intérêt et enthousiasme en tant que cadre de référence général ESG pour orienter les investissements vers l’obtention de rendements tout en ayant un impact positif sur la société. En outre, et surtout, l’ONU estime que pour réaliser les ODD d’ici 2030, 3 à 5 billions de dollars d’investissements seront nécessaires par an, provenant essentiellement du secteur privé. Les ODD sont un projet de longue haleine – l’échéance est fixée à 2030 – et l’essentiel des financements (en matière de dette souveraine, entre autres) devra être consacré à des investissements et projets environnementaux et sociaux à long terme. Les instruments de dette pourraient dès lors s’avérer idéaux.
Le marché obligataire est, à beaucoup d’égards, extrêmement bien placé pour bénéficier des initiatives liées aux thématiques ESG et fournir des financements pour ce type d’activités. Contrairement au marché actions, les émetteurs reviennent souvent sur le marché obligataire pour refinancer leur dette à l’échéance ou trouver de nouveaux financements. Les investisseurs obligataires ont ainsi une formidable occasion d’identifier les risques, d’engager le dialogue avec les émetteurs et d’établir des relations susceptibles d’influencer le changement.
En outre, un aspect fondamental de l’investissement ESG est la capacité de penser à long terme, une caractéristique que l’on retrouve chez les investisseurs obligataires et en particulier chez PIMCO, notre processus d’investissement reposant sur le repérage des risques et opportunités de marché sur un horizon de trois à cinq ans.
Nous sommes convaincus que l’intégration de l’analyse ESG dans les portefeuilles obligataires peut générer des rendements intéressants à long terme tout en créant, simultanément, un impact social positif. L’un n’exclut pas forcément l’autre, et le marché commence à s’en rendre compte.