Stratégie

Antoine Lesné, State Street Global Advisors

«La recherche de rendement implique une plus grande prise de risque»

Option Finance - 4 septembre 2017 - Communiqué

State Street Global Advisors France

Les banques centrales abandonnent graduellement leurs politiques de soutien des marchés via des rachats d’actifs. Quelles sont les conséquences pour les investisseurs obligataires ? Comment adapter les portefeuilles à cette nouvelle donne ? Antoine Lesné, responsable stratégie et recherche SPDR ETF Europe chez State Street Global Advisors, livre des éléments de réponse.

Ces dernières années, les marchés obligataires ont été largement influencés par la politique d’achat d’actifs des différentes banques centrales…
Depuis la crise des subprime en 2007, les principales banques centrales sont intervenues sur les marchés, prioritairement sur les marchés obligataires. Cette politique a pris une ampleur significative, comme en témoigne l’évolution des bilans des banques centrales. Il y a dix ans, les actifs au bilan de la Fed représentaient 6 % du PIB américain et ceux au bilan de la BCE 13 % du PIB de la zone euro. A fin juin, ces pourcentages s’élevaient respectivement à 25 % et à 38 %.

Ces programmes d’achat d’actifs ont-ils eu un impact sur les flux d’investissement vers les ETF ?
Les flux dans les ETF ont totalisé près de 2 500 milliards de dollars entre janvier 2009 et juillet 2017. Pendant cette même période, les principales banques centrales ont acheté pour plus de 10 700 milliards d’actifs. Il est cependant difficile d’établir un lien direct mais nous notons que les ETFs obligataires ont collecté près de 625 milliards de dollars sur cette période. En ce qui concerne les ETF obligataires, leur plus grande acceptation et utilisation a été particulièrement visible pour les obligations d’entreprises. Par exemple, lors de l’annonce en mars 2016 par Mario Draghi, le président de la BCE, d’un programme de rachat d’obligations corporate, nous avons pu observer des flux plus importants vers les ETF obligataires – plus de 16 milliards de dollars pour ce seul mois. Ces produits permettent en effet de réagir très rapidement aux effets d’annonce, car ils sont cotés en continu et offrent la possibilité de prendre rapidement une position.
L’autre conséquence de la politique mise en place par les banques centrales a été de pousser les investisseurs à aller chercher du rendement «ailleurs» que sur la dette souveraine. Les ETF positionnés sur les obligations high yield ont ainsi connu une croissance exponentielle. Représentant moins de 0,5 % du total des encours du marché mondial des fonds de gestion active et passive en 2007, leur part s’élève aujourd’hui à 10 %.

Ne faut-il pas craindre un moindre interventionnisme des banques centrales dans les mois à venir ?
L’environnement économique est redevenu favorable. Certes, les niveaux d’inflation restent faibles, mais nous sommes à peu près sortis du cycle de déflation. Les banques centrales vont continuer à se montrer moins interventionnistes, ce qui pourrait priver les marchés d’un important soutien. La Fed a déjà annoncé qu’elle allait alléger son bilan. Par ailleurs, depuis mi-2016, la Banque du Japon a infléchi sa stratégie : elle ne se fixe plus une quantité donnée de papier à acheter, mais plutôt un objectif en termes de rendement des taux à 10 ans. Côté BCE, le programme de rachat d’actifs court jusqu’à 2018. Nous sommes donc dans cette nouvelle phase de normalisation. Néanmoins, ce phénomène devrait être lent.

Quelles vont être les implications en termes de réallocation d’actifs au sein des portefeuilles obligataires ?

Avec le désengagement des banques centrales, les rendements de base risquent de remonter. Il va donc toujours falloir aller chercher des actifs plus risqués que les obligations souveraines pour compenser, en profitant des mouvements de baisse pour se positionner tactiquement. Les ETF demeurent un des outils privilégié pour ce genre de stratégie.
Nous privilégions les ETF d’obligations corporate libellées en dollars, car les rendements sont actuellement supérieurs à ceux en euro. Les ETF de dette high yield libellée en euro présentent aussi un intérêt ; le contexte macroéconomique est positif et les taux de défaut restent bas. Par ailleurs, les spreads sont remontés en août, offrant un possible point d’entrée si le risque géopolitique ne prend pas le dessus. En matière de performance absolue, il peut également être judicieux de se positionner sur les obligations convertibles, qui tendent à surperformer en phase de tapering* qui se déroulent souvent lors de cycles économiques positifs. Elles sont par ailleurs peu sensibles au risque de taux. Enfin, il ne faut pas négliger la dette émergente en devise locale, l’important étant de se positionner via un indice bien diversifié.
Les ETFs obligataires permettent une allocation tactique et de plus long terme en ouvrant un accès au marché obligataire de manière diversifiée et transparente. Toutefois, les investissements obligataires impliquent un risque de perte en capital investi, de crédit, de taux d’intérêt. Le mois de juin 2017 a clôturé le meilleur mois de collecte depuis la création des ETF obligataires, avec plus de 20 milliards de dollars de flux positifs au niveau mondial.

Sources : SSGA, Morningstar, Bloomberg Finance LP 31/07/17.
* Ralentissement des achat d’actifs d’une banque centrale