Stratégie

Hemant Baijal, Invesco

« L’affaiblissement du dollar, une opportunité pour la dette émergente »

13 novembre 2020 - Parole d'expert

Dette, Pays émergents

Après un retrait de capitaux en mars et en avril dernier, les marchés émergents attirent de nouveau les investisseurs. Une situation qui s’explique par les opportunités offertes tant sur le marché obligataire que des devises, explique Hemant Baijal, Responsable de la Gestion de portefeuilles multi-sectoriels et Gérant de portefeuille senior spécialisé dans la dette mondiale chez Invesco.

Comment la dette émergente se comporte-t-elle depuis la crise ?

En mars dernier, des primes de risque puis de financement sont apparues sur les marchés obligataires émergents et développés. Les banques centrales des pays développés ont œuvré pour lever ces primes et les conditions de marché ont été préservées. Dans leur sillage, nombre de banques centrales des émergents ont abaissé leurs taux d’intérêt. Nous anticipons désormais un affaiblissement du dollar, dû à la politique de la Fed et l’expansion du déficit fiscal américain. Les taux d’intérêt américains, déjà très faibles, devraient continuer de baisser.  

Il va être de plus en plus aisé pour les émergents de financer leur déficit et donc d’alimenter leur croissance, d’autant qu’ils ont réussi à réduire leur déficit courant ces dernières années. La dette émergente est très attractive car les rendements « statiques » attendus n’ont pas été affectés. Les taux d’intérêt long terme y ont également moins reculé que ceux à court terme.  

La crise modifie-t-elle vos critères d’investissement ?

Des divergences régionales sont apparues dans la gestion de la crise sanitaire. L’Asie a maîtrisé l’épidémie avant les autres et devrait, la première, reprendre le chemin de la croissance.

Toutefois, si l’ampleur de cette crise est inégalée, elle ne modifie pas notre façon d’étudier les opportunités d’investissement dans les émergents. Outre des considérations économiques mondiales, chaque pays doit être évalué en fonction de critères propres. Au Brésil, par exemple, la politique fiscale et la gestion de la dette sont des points cruciaux. Aux facteurs individuels des pays s’ajoute une évaluation portant sur la gestion de la gouvernance et de l’environnement.

Quelles sont actuellement les opportunités d’investissement ?

Sur le marché des devises, les émergents vont profiter de l’affaiblissement du dollar. Les devises asiatiques devraient être parmi les premières à s’apprécier - la croissance sera plus robuste dans la région en 2021 -, suivies par celles d’Europe Centrale et de l’Est et, enfin, d’Amérique latine. Nous privilégions celles qui présentent de bons fondamentaux, notamment le yuan, la roupie indienne, le rouble et le peso mexicain.

En matière de dette, certains pays ont déjà ajusté leur politique monétaire. Le phénomène intéressant est que les courbes de taux demeurent pentues, notamment au Brésil, en Indonésie, en Chine, en Afrique du Sud, en Thaïlande, en Colombie et au Pérou. Il y a là des opportunités pour dégager du rendement et profiter de tout le carry disponible sur le marché.

Dans les pays disposant encore d’une marge de manœuvre pour abaisser les taux, comme la Russie et le Mexique, nous nous concentrons sur les taux d’intérêt à court terme et la possibilité de profiter d’un rendement « statique » élevé.

Nous devrions assister à un regain de volatilité entre les monnaies lorsque les pays renoueront avec la croissance à des rythmes différents. En revanche, nous estimons que les probabilités de défaut sur la dette émise en devise locale sont relativement faibles. L’essentiel des pays émergents présente donc des opportunités attractives, avec des rendements robustes.

Quelle place accorder à la dette émergente dans une allocation ?

Nous sommes convaincus qu’avec le retour de la croissance mondiale et l’affaiblissement du dollar, les émergents constitueront la meilleure opportunité d’investissement de l’univers obligataire. 

Les investisseurs peuvent débuter par des positions assorties d’une couverture monétaire, puis apprécier l’opportunité de lever cette couverture. Une allocation en dette émergente avec couverture devrait constituer entre 15 % et 20 % d’un portefeuille obligataire global, légèrement moins si les positions ne sont pas couvertes. 

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