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Eclairage

Le bitcoin à la conquête de la clientèle patrimoniale

Funds Magazine - 26 février 2021 - Aurélie Fardeau

Bitcoin, Epargne, Crypto-monnaie

Alors que le cours du bitcoin flambe, de grands acteurs de la finance portent un intérêt marqué à cette monnaie virtuelle. La réglementation reste un frein au développement des supports exposés à cet actif très volatil.

La nouvelle a fait du bruit, tant dans l’univers geek des amateurs de cryptomonnaies que dans celui, plus feutré, des professionnels de la finance. BlackRock, numéro un mondial de la gestion d’actifs, a mis à jour aux Etats-Unis les prospectus de deux de ses fonds, pour pouvoir investir dans le bitcoin, plus précisément dans des produits dérivés de celui-ci. Cet événement reflète une évolution de la position des grandes maisons à l’égard de la plus célèbre des cryptomonnaies. La banque américaine JP Morgan Chase a ainsi évalué que le cours du bitcoin pourrait atteindre 146 000 dollars sur le long terme, alors même que son patron, Jamie Dimon, considérait cette monnaie virtuelle, fin 2017, comme une « escroquerie ».

Un revirement qui intervient alors que le prix du bitcoin s’envole. En un an, ce dernier est passé de moins de 10 000 dollars à plus de 50 000 dollars (au 17 février), selon le site coinmarketcap.com. « Aujourd’hui, la profession ne peut plus faire preuve de snobisme à l’égard de ces actifs, car les clients nous interrogent et nous sommes maintenant obligés d’avoir un avis sur le sujet », estime Alexandre Hezez, stratégiste du groupe Richelieu. D’autant que de grands investisseurs institutionnels ont aussi montré leur intérêt pour le bitcoin, à l’image de Tesla qui a récemment placé 1,5 milliard d’euros de sa trésorerie sur cette cryptomonnaie. « Une barrière psychologique a été franchie », abonde Paul Desprairies, expert en cryptopaiement au sein du groupe Finnegan.

L’heure est donc à l’institutionnalisation pour ce jeton numérique reposant sur la blockchain, une technologie qui permet de réaliser des transactions de manière décentralisée, sans recourir à un tiers de confiance. Autre spécificité du bitcoin : son inventeur a prévu que le nombre de bitcoins émis soit limité à 21 millions. Ce qui lui confère une utilité comme réserve de valeur. « L’usage principal du bitcoin, aujourd’hui, c’est de protéger son patrimoine dans le temps contre l’inflation, dans un monde où la planche à billets fonctionne à plein », indique Jonathan Herscovici, co-créateur de StackinSat (et ancien fondateur de WeSave), une start-up qui propose un plan épargne bitcoin. C’est d’ailleurs à ce titre que le bitcoin est souvent comparé à de l’or numérique.

A moyen terme, cependant, le bitcoin pourrait développer une autre utilité en se rapprochant d’une monnaie servant à réaliser des transferts de fonds ou des paiements. Mais le sujet n’est pas encore d’actualité. « A l’heure actuelle, la technologie blockchain du bitcoin admet un nombre réduit de transactions, de l’ordre de cinq à sept par secondes, contre plusieurs milliers pour Visa », souligne Paul Desprairies.

La réglementation évolue

En attendant, le bitcoin s’installe progressivement dans le paysage. En France, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a créé, grâce à la loi Pacte, le statut PSAN (prestataire de services sur actifs numériques) pour les plateformes de négociation de monnaies virtuelles. Côté gestion d’actifs, cette même loi a permis d’intégrer les cryptos dans les fonds professionnels spécialisés (FPS). La société de gestion Napoleon AM a ainsi lancé fin 2019 le premier fonds bitcoin régulé par l’AMF, dénommé Napoleon Bitcoin Fund, qui investit dans des futures listés sur le Chicago Mercantile Exchange.Tous les épargnants ne sont cependant pas prêts à investir dans un actif aussi complexe et novateur. « Nous avons commencé à parler du bitcoin à nos clients fin 2015, quand il valait dans les 500 dollars, dans l’indifférence absolue. Aujourd’hui, c’est 1 à 1,5 % maximum de notre clientèle qui en détient », relate Louis-Alexandre de Froissard, fondateur de Montaigne Conseil et Patrimoine.

La volatilité est un autre frein. « Nous recommandons à nos clients de diversifier leurs investissements avec deux tiers de bitcoins et un tiers d’ethereums, les deux monnaies numériques les plus crédibles, sans dépasser 2 % de leur patrimoine », précise le conseiller en gestion de patrimoine, qui dirige ses clients intéressés vers des plateformes indépendantes ou les invite à tester le service de la néobanque Revolut.

Des outils dédiés pourraient en faciliter l’adoption par les conseillers. « A moyen terme, nous avons des ambitions sur le B2B2C, c’est-à-dire que nous comptons mettre notre outil à disposition d’un certain nombre de partenaires en marque blanche, que ce soit des fintechs, des néobanques ou des conseillers en gestion de patrimoine, car nous pensons que le bitcoin va se démocratiser », indique Jonathan Herscovici. 

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