Stratégie

Jean-Louis Laurens, ambassadeur de la gestion d’actifs française, Association Française de la Gestion (AFG)

"Le succès à l’export des sociétés de gestion françaises est le reflet de leur technicité et de leur capacité d’innovation."

Funds Magazine - Janvier 2017 - Propos recueillis par Catherine Rekik

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La rédaction de Funds a interviewé Jean-Louis Laurens, ambassadeur de la gestion d’actifs française pour l'Association Française de la Gestion (AFG). Il détaille pour nous les objectifs de la mission que lui a confié l'AFG et nous fait part de ses premiers constats sur le développement des sociétés de gestion françaises à l’international.

Jean-Louis Laurens, ambassadeur de la gestion d’actifs française, Association Française de la Gestion (AFG)
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Comment définissez-vous la mission que vous a confiée l’AFG ?
En tant qu’ambassadeur de la gestion française, ma mission est double. Elle consiste d’une part à aider les sociétés de gestion françaises à s’exporter en identifiant avec elles les principaux obstacles rencontrés auprès des investisseurs et des sélectionneurs de fonds. D’autre part, ma mission est d’attirer l’attention des sociétés de gestion anglo-saxonnes, et notamment les sociétés américaines installées à Londres, sur les atouts de la place parisienne.

Cette dernière mission est-elle une conséquence du Brexit ?

Non, car elle s’inscrit dans la démarche, bien antérieure au Brexit, de la mission «Compétitivité» de l’AFG et du groupe de travail FROG (french routes and opportunities garden). Le résultat du référendum britannique permet toutefois de rebattre les cartes.
 
Vous êtes allé à la rencontre des sociétés de gestion française pour faire un point sur leur développement à l’international. Quels sont vos premiers constats ?
La plupart des sociétés de gestion françaises, quelle que soit leur taille, exportent déjà leurs produits puisqu’on estime à environ 500 milliards d’euros le montant des encours gérés pour le compte de clients internationaux. A l’international, cependant, les sélectionneurs de fonds ne sont pas à l’aise avec certaines spécificités de notre réglementation, et notamment avec les ajouts apportés lors de la transposition de directives européennes et avec nos FCP pour des problèmes de gouvernance. Le travail accompli en commun par l’AFG et l’AMF dans le cadre de FROG répond à ces interrogations. Notre réglementation est en cours de simplification et, sur le plan de la gouvernance, les FCP peuvent désormais mettre en place des comités consultatifs ad hoc et la transformation des FCP en sicav est facilitée.
Un des autres aspects abordés par le groupe de travail avec les dépositaires par l’AFTI concerne les passages d’ordres. Toutes les procédures ont été mises en place pour permettre aux investisseurs étrangers de passer plus facilement des ordres alors qu’auparavant ils devaient ouvrir un compte en France. Les souscriptions des fonds français seront plus aisées car elles pourront suivre les standards internationaux.
Il est important d’avoir en tête que le nombre de fonds commercialisés en Europe est très élevé. Les sélectionneurs de fonds ont un large choix, aussi était-il important de lever ces obstacles.

Avez-vous le sentiment que les sociétés de gestion ont intégré la commercialisation des fonds à l’international comme un axe stratégique de développement ?

Toutes les sociétés de gestion ont besoin de croître. Leur situation actuelle est délicate, avec d’un côté des marges sous pression en raison de la faiblesse des taux et d’un marché institutionnel en décroissance et, d’un autre côté, une inflation des coûts liée à la réglementation. En France, l’offre de gestion est très importante alors que le marché stagne. Pour se développer, une société n’a pas d’autre choix que d’exporter sa gestion. J’ai ainsi constaté que, pour la plupart des acteurs français, l’international représente une part croissante de la collecte.

Pensez-vous que la gestion française ait suffisamment d’atouts pour séduire les investisseurs internationaux ? Son offre est-elle différenciante ?
Les grands réseaux bancaires européens, en particulier en Allemagne et en Suisse, connaissent la qualité de la gestion française et proposent à leurs clients de nombreux fonds. Nos gérants spécialisés dans les actions européennes et les mid et small caps sont reconnus pour la qualité de leur gestion ainsi que nos expertises dans certains segmentaires obligataires. La France est également à la pointe sur la gestion smart beta. Le succès à l’export des sociétés de gestion françaises est le reflet de leur technicité et de leur capacité d’innovation.

Quels sont les moyens utilisés par les sociétés de gestion pour s’exporter ?

Les moyens alloués sont importants, notamment pour enregistrer les fonds sur certains marchés. Il faut souvent compter deux ans pour que le dispositif de distribution soit opérationnel. Un des rôles de l’AFG est d’aider ses membres à décrypter ces marchés. D’ailleurs, quatre réunions pays ont été organisées en 2016 portant sur la Belgique, l’Italie, la Suisse et l’Allemagne.
Pour attaquer de nouveaux marchés, les sociétés de gestion font des choix différents en fonction de leur taille. Au départ, elles recrutent souvent des commerciaux qui couvrent ces marchés depuis Paris avant d’ouvrir des bureaux locaux. Certaines tentent l’expérience avec des TPM (third party marketers), mais préfèrent ensuite reprendre en direct la commercialisation de leurs produits. Dans certains marchés très vastes comme l’Allemagne, mieux vaut être présent localement. A terme, la présence de commerciaux sur place est indispensable.