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Plateformes de sous-délégation : quel positionnement au sein de la gestion d’actifs ?

Option Finance - 9 juillet 2021 - Séverine Leboucher

Plusieurs offres de sous-délégation sont apparues sur le marché européen ces derniers mois. Retour sur leur fonctionnement, leurs atouts mais aussi leurs limites.

La délégation de gestion en architecture ouverte, dit « sous-délégation » ou « subadivsory », consiste à mettre à disposition des distributeurs des stratégies de gestion préalablement sélectionnées. Les acteurs qui se positionnent sur ce type d’offres interviennent généralement en BtoB, auprès de réseaux de distribution ou de certains institutionnels.

C’est un marché qui se développe rapidement. « Pour simplifier, on est passé d’une architecture ouverte dominante dans les années 2000 à des schémas plus guidés, au fur et à mesure de l’apparition de réglementations sur les rétrocessions, en Italie fin des années 2000 puis au Royaume-Uni et aux Pays-Bas et enfin dans toute l’Europe avec MIF, a expliqué Stéphane Corsaletti, chief investment officer chez Allfunds, qui développe une offre en la matière. Des schémas de ré-internalisation de l’architecture ouverte dans des structures propriétaires sont apparus. Ce marché a plus que doublé de taille au cours des quatre dernières années et représente 1 000 milliards d’euros d’actifs, soit près de 10 % du marché Ucits. »

Ces nouveaux intermédiaires ont le potentiel de transformer la chaîne de valeur de la gestion d’actifs. « A travers ces plateformes de sous-délégation, on institutionnalise le marché de l’architecture ouverte, a ainsi renchéri Denis Panel, chief investment officer MAQS chez BNP Paribas Asset Management, qui lance aussi une offre. Les gérants sont sélectionnés selon des appels d’offres après une analyse très approfondie. »

De multiples avantages

Plusieurs atouts sont mis en avant par ces plateformes, à commencer par des frais de gestion négociés. « Nous mettons nos solutions à disposition de nos clients avec un rabais moyen de 40 % par rapport au coût des classes “clean share” des produits correspondants », a signalé Stéphane Corsaletti.

Une couche supplémentaire de contrôle des risques est également apportée par la plateforme. « Un exemple concret de cet apport en matière de maîtrise des risques est l’épisode d’H2O, a illustré Boutros Thiery, directeur des solutions d’investissement France chez Mercer, qui offre ce type de plateforme. Nous avions, depuis cinq ans, mis en place des mandats avec H2O mais ni Mercer, ni ses clients n’ont été impactés par ce qui s’est passé car nous utilisions des mandats : nous n’avions pas les placements privés qui ont créé un problème de liquidité et nous n’avons pas été concernés par le gel des fonds par l’AMF. De plus, nous combinions ces stratégies avec celles d’autres gérants, ce qui assurait une diversification des risques. »

Enfin, ces solutions permettent aussi un gain de temps. « Avec les taux bas, l’allocation se diversifie de plus en plus, notamment vers le non-coté. Mais cela prend du temps de déployer ce type de stratégies : il faut parfois six mois de due diligence avant de choisir un gérant. Ce temps opérationnel est moins créateur de valeur que celui, en haut de la chaîne, de définition de la vision stratégique et de l’innovation produit, a souligné Boutros Thiery. Nous développons ainsi des partenariats avec des fintechs pour donner accès aux actifs non cotés pour les particuliers. »

Un argument qui fait mouche auprès des CGP. « Ces plateformes de sous-délégation permettent de mettre à la disposition des distributeurs, des produits jusque-là réservés aux institutionnels. C’est une innovation technologique qui répond à la sophistication croissante des demandes de nos clients retail », a assuré Julien Séraqui, président de la Chambre nationale des conseils en gestion de patrimoine (CNCGP).

Une opportunité pour les distributeurs…

In fine, c’est le pouvoir des distributeurs qui augmenterait. « Au travers de ces plateformes, ce n’est plus seulement le producteur des fonds, à savoir la société de gestion, qui fixe les contraintes mais aussi davantage le distributeur. C’est une évolution intéressante qui peut impacter l’industrie de l’asset management française dans les années à venir », s’est projeté Denis Panel.

Reste que ces solutions ne sont pas nécessairement accessibles aux plus petits des CGP mais davantage à des intermédiaires de type banques privées. « Ce sont des produits qui s’adressent plutôt à des distributeurs de taille importante car les tickets d’entrée sont élevés (plus de 100 millions d’euros), a regretté Julien Séraqui. Mais c’est une évolution profonde du marché et à terme, elle gagnera aussi la distribution retail, comme cela a été le cas sur le private equity. »

Les différents acteurs cherchent en tout cas à se développer rapidement. « La plateforme que nous lançons propose à ce stade dix stratégies, couvrant toutes les grandes classes d’actifs, avec 1,5 milliard d’euros sous gestion pour commencer, a indiqué Denis Panel. Mais notre objectif est, d’ici deux ans, de disposer d’une quarantaine de stratégies et de dépasser les 10 milliards d’euros d’encours. » La course est lancée. « Nous allons déployer, au cours du second semestre, une trentaine de mandats de gestion, couvrant un grand nombre de classes d’actifs, et chacun de ces mandats sera délégué à une société de gestion unique », a renchéri Stéphane Corsaletti.

… et les asset managers

Ainsi, le développement de ces plateformes est également une opportunité pour les asset managers. « Il faut noter l’aspect importation de boutiques de gestion sur les marchés européens, a également souligné Stéphane Corsaletti. Il existe un gisement de création d’alpha à travers des boutiques américaines mais aussi britanniques qui vont moins en Europe du fait du Brexit. Soit elles ne disposent pas de fonds Ucits, soit ces derniers sont de trop petite taille. Le fait de pouvoir leur donner l’opportunité de fonctionner dans le cadre de ce type de plateformes est d’un grand attrait pour eux. C’est aussi, pour les clients, un bénéfice important. » Des innovations que l’ensemble de l’industrie de l’asset management observera de près. 

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