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Préparer sa retraite : assurance-vie ou PER ?

Option Finance - 9 juillet 2021 - Séverine Leboucher

Pour harmoniser les dispositifs d’épargne retraite, la loi Pacte a créé le plan d’épargne retraite. Un outil bien accueilli par les professionnels de l’épargne mais qui doit confirmer ses premiers résultats.

Longtemps, l’assurance-vie a joué, chez les Français, un rôle majeur dans la constitution d’une épargne pour la retraite. Mais le contexte lui est beaucoup moins favorable. « L’assurance-vie est le produit d’épargne “à tout faire”, pour l’épargne de précaution. Il se remet aujourd’hui en question – et c’est tout à fait nécessaire – du fait des taux extrêmement bas », a rappelé Laure Delahousse, directrice générale adjointe de l’AFG. En outre, l’assurance-vie est désormais davantage en concurrence avec un dispositif spécifique, le Plan d’épargne retraite (PER), créé par la loi Pacte. Cette dernière, qui a unifié et simplifié tous les véhicules préexistants, est de nature à changer la donne, selon Gérard Bekerman, président de l’AFER (lire encadré p.VI).

32 milliards d’euros pour le nouveau PER

Un satisfecit qui ne se lit encore que partiellement dans les chiffres. « L’assurance-vie pèse 1 800 milliards d’euros d’encours, contre 270 milliards pour l’épargne-retraite dans son ensemble, dont 32 milliards pour le nouveau PER, a rappelé Laure Delahousse. Le bilan du PER est très positif mais on est encore loin des objectifs fixés par le gouvernement. » Les nouveaux PER cohabitent en particulier avec de nombreux supports préexistants, comme le PERP, le PERCO, les contrats Article 83 ou les contrats Madelin. « Il reste un enjeu fort autour de la transformation des anciens produits d’épargne-retraite, a ainsi souligné Laure Delahousse. Cette transformation n’a pas toujours lieu, notamment du fait de questions fiscales, en particulier au niveau de l’épargne-retraite collective. »

L’intérêt de la gestion pilotée

Les PER disposent d’atouts pour séduire les épargnants. Leur offre de gestion pilotée par défaut présente ainsi des avantages. « Le fait de proposer la gestion pilotée par défaut est une nouveauté pour les PER de type assurantiels. Ce dispositif existait déjà depuis la loi Macron pour les produits en titres, a rappelé Patrick Behanzin, directeur retraites et assurances collectives et membre du comité exécutif de Natixis Interépargne. Je suis convaincu de la performance de la gestion pilotée : depuis 2005, appliquée aux PERCO, elle est d’un peu plus de 3,5 % par an en moyenne. C’est une manière intéressante d’éviter que les salariés placent leur épargne sur des supports monétaires et perdent de l’argent. Cela lisse le risque sur la durée. »

La place des unités de compte

L’articulation entre unités de compte (UC) et fonds euros dans les contrats d’épargne-retraite sera également un facteur clé pour le succès du dispositif. « Le fait que les UC se développent en épargne-retraite – elles représentent la moitié de la collecte – est une excellente nouvelle, s’est réjoui Laure Delahousse. Les placements sont faits pour une durée très longue, puisque les sommes sont bloquées jusqu’à la retraite, ce qui permet de choisir des allocations plus risquées à court terme mais rentables à long terme. » Tout dépendra également de la manière dont sera réformé le fonds en euros. « On arrive à un stade où le couple rendement-risque du fonds en euros est défavorable, avec des rendements qui baissent et un risque de remontée des taux, a souligné Patrick Behanzin. Or, la différence fondamentale entre les PER titres et les PER assurantiels, c’est la présence du fonds en euros dans ces derniers. Si cette protection de l’épargne devient problématique, il faut la réformer. » 

Gérard Bekerman, président de l’AFER : « Valoriser le “R” de l’AFER »

Le président de l’emblématique association spécialisée en assurance-vie est revenu, dans une interview vidéo, sur la place de l’épargne-retraite dans le patrimoine des Français. « Les assureurs sont souvent dans une dialectique de substitution de l’assurance-vie vers l’épargne-retraite. C’est un mauvais raisonnement, a prévenu Gérard Bekerman. Cela ne correspond pas à l’ADN de l’épargnant français. Nous sommes davantage dans une dialectique de complémentarité. Dès la création de l’AFER, dont l’acronyme signifie “Association française d’épargne et de retraite”, il y avait le “R” de “retraite”. Mais nous ne l’avions jamais valorisé. Le fondateur de l’AFER, Gérard Athias, avait une position négative à l’égard des produits de retraite, comme le PERP ou les contrats Madelin, car il s’agissait de produits “tunnel” : nous avancions dans ces contrats sans bien savoir ce qu’ils donneraient à la sortie. »

Pour Gérard Bekerman, la création des produits d’épargne-retraite (PER) dans le cadre de la loi Pacte, répond à ces problèmes. « La loi Pacte réaffirme la liberté de l’épargnant : s’il a un souci avant sa retraite, il peut sortir du contrat, et à sa retraite, il pourra choisir une sortie en capital et pas seulement en rente. Outre la liberté, le PER offre du temps. L’assurance-vie est soumise à des aléas car les clients peuvent procéder à des rachats. Avec le PER, il n’y a pas cet écueil, ce qui laisse plus de latitude au gérant pour saisir des opportunités dans la durée sans crainte de retraits massifs. Le PER est un produit intelligent auquel l’AFER croit. »

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