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Quelle place pour les ETF dans un marché de la gestion d’actifs de plus en plus innovant ?

Option Finance - 9 juillet 2021 - Séverine Leboucher

Le marché des fonds indiciels cotés a poursuivi sa croissance pendant la crise. Cette dernière n’a pas stoppé l’innovation ni entamé la confiance des investisseurs.

Véhicule le plus prisé de la gestion passive, les exchange-traded funds (ETF) ont connu, ces dernières années, un essor qui ne semble pas s’essouffler. « Depuis 10 ans, la croissance annuelle du marché des ETF est comprise entre 15 % (pour l’Europe) et 20 % (pour les Etats-Unis) », a signalé Bertrand Alfandari, head of development ETFs & Index Funds pour BNP Paribas Asset Management. Avec toutefois un retard significatif de l’Europe par rapport au marché outre-Atlantique. « Les ETF représentent 973 milliards d’euros sous gestion à fin 2020 en Europe, contre 7 600 milliards au niveau mondial, a complété Adina Gurau-Audibert, directrice des gestions d’actifs de l’AFG. Les actifs gérés ont été multipliés par deux en quatre ans. On constate notamment une forte croissance des ETF obligataires dont la part de marché a atteint 29 %, contre 70 % pour les ETF actions, en baisse de 5 points. »

Une percée des ETF ESG

Outre le rapide développement des ETF obligataires, c’est aussi l’émergence des ETF ESG, prenant en compte les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, qui a marqué la période récente. « L’ESG est la tendance du moment et elle est, selon moi, à jamais inscrite dans le paysage de la gestion d’actifs, a assuré Bertrand Alfandari. Les encours mondiaux (270 milliards de dollars) sont faibles puisqu’ils ne représentent que 3 % du total. Mais en Europe, ils représentent 12 % des encours, contre 4 % il y a trois ans. Le marché européen pèse ainsi 15 % du marché mondial des ETF, mais 50 % de celui des ETF ESG ! »

Un développement longtemps porté par la performance des stratégies d’investissement responsable. « De 2015 à 2020, les indices ESG ont surperformé leur équivalent non ESG sur la plupart des gammes actions, à l’exception des pays émergents, a observé Ahmed Khelifa, head of the ETF Commission à la Société française des analystes financière (SFAF). Depuis le début d’année, on constate que cette tendance s’inverse légèrement, du fait de la surperformance des matières premières en début de cycle. Mais cela ne va pas remettre en cause la tendance lourde de ces cinq dernières années. »

Un test grandeur nature sur la liquidité

La crise sanitaire et l’effondrement des marchés qui l’a accompagnée en mars n’ont pas écorné cet essor. La collecte est restée positive, notamment pour les ETF ESG et thématiques. Le véhicule semble même avoir gagné en crédibilité : les ETF sont ainsi réputés être un instrument très liquide mais des doutes subsistaient sur le fait qu’ils le soient dans toutes les conditions de marché. « Dans des marchés très nerveux, avec des pics de volatilité, il y a toujours un sujet autour de la liquidité et les ETF étaient dans le viseur. Mais cette étape de crise a rassuré tout le monde, a souligné Bertrand Alfandari. Les ETF actions se sont globalement très bien comportés. Sur les ETF obligataires, nous n’avons rien constaté de spécial si ce n’est des décotes par rapport à l’actif sous-jacent. Sur le high yield, on a vu, de façon exceptionnelle, des différentiels de valorisation allant de 3 à 5 %. Mais il n’y a pas eu d’accident majeur. Pour les observateurs, ce test a souligné le fait que les ETF avaient même permis de créer de la liquidité sur le marché obligataire. »

Une idée confirmée par Adina Gurau-Audibert : « Sur certains marchés obligataires (high yield), à des moments où les titres sous-jacents ne cotaient pas, les ETF continuaient, eux, d’être négociés. Cela a pu servir d’étalon de prix pour la classe d’actifs, apportant une actualisation plus rapide de l’état du marché. L’utilisation de certains ETF pour la découverte des prix dans des environnements chahutés s’est ainsi avérée intéressante. »

L’articulation avec la gestion active

La crise ne semble pas avoir profondément changé la manière d’aborder la question de l’arbitrage entre gestion active et gestion passive. « 80 à 90 % de la performance d’un portefeuille vient de l’allocation et du choix de l’indice, contre 10 à 20 % pour le choix du véhicule d’investissement, a mis en avant Ahmed Khelifa. Aller vers ce qui coûte le moins cher est un peu réducteur. On constate que, sur certaines classes d’actifs comme les small caps européennes, les gérants battent statistiquement à plus de 50 % leurs indices de référence sur cinq ans, et ce même si ce sont les gérants large cap qui ont battu leur indice pendant la crise de façon brève. Si les gérants génèrent massivement de l’excess return et que l’écart entre les meilleurs et les moins performants n’est pas trop élevé, il y a du sens à choisir la gestion active. Sinon, on s’oriente vers la gestion indicielle. »

L’innovation sur le marché des ETF pourrait changer à terme la donne, en estompant les frontières entre ces deux grandes catégories de gestion. « La vaste majorité des ETF ont pour objectif de suivre le plus fidèlement possible un indice représentatif d’un marché mais on peut aussi avoir une gestion active qui utilise le format ETF de cotation en continu », a prévenu Adina Gurau-Audibert. Une tendance constatée aux Etats-Unis qui pourrait arriver plus massivement, à terme, en Europe. 

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