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Santé et tech : des secteurs de plus en plus porteurs ?

Option Finance - 9 juillet 2021 - Séverine Leboucher

Le secteur de la santé est sorti grand gagnant de la crise sanitaire sur le plan boursier. Mais pour les investisseurs, le meilleur reste à venir.

Ces dernières années, le secteur de la santé s’est profondément transformé. Il s’étend désormais bien au-delà des grands laboratoires. « Le secteur de la santé comprend des poids lourds, les “big pharma” (Sanofi, Roche, AstraZeneca…) mais aussi la biotech, la medtech, l’e-santé, etc. Sa définition est très large. Il est le secteur le plus important du MSCI Europe puisqu’il pèse 14 % de l’indice, a observé Anis Lahlou, CIO d’Aperture Investors, société de gestion de la plateforme multi-boutique de Generali Investments. Il est intéressant de voir les intersections entre le secteur de la santé et les autres. Celui de la tech en particulier, avec la medtech. Le développement des objets connectés, ces petits appareils que l’on porte sur soi pour monitorer en instantané le taux de glucose par exemple, n’est possible que grâce à la place de l’iPhone dans nos sociétés. Cela va ouvrir des opportunités en médecine préventive. De même, avec la 5G et la réalité augmentée, un grand professeur pourra piloter à distance une opération. La définition du secteur ne cesse donc de s’élargir. »

Le rattrapage de l’Europe

Cet élargissement va de pair avec un renforcement des financements, notamment dans le non-coté. « On constate une accélération des investissements dans le non-coté pour financer les innovations. La Covid a mis en lumière le besoin de rénover le système de soins et la réponse à ces tensions, c’est l’innovation. Les investissements se sont accélérés : on parle de dizaines de milliards de dollars par an dans le monde, a souligné Stanislas Subra, responsable des investissements en capital-risque du groupe MACSF. L’Europe est en train de rattraper son retard par rapport aux Etats-Unis et à la Chine : son écosystème est de plus en plus développé, avec des entrepreneurs de plus en plus ambitieux. Ce qui est nouveau, c’est l’arrivée de plus en plus tôt des investisseurs américains sur le marché européen pour financer ces sociétés prometteuses. La santé est un secteur très porteur. »

Si elle a mis en lumière les tensions sur le système de soins, la crise de la Covid a aussi laissé apparaître de multiples opportunités. « L’intersection des disciplines agit comme un catalyseur et l’on constate une accélération en matière d’innovation, s’est félicité Anis Lahlou. Prenons l’exemple de l’ARN messager, la technologie qui nous a permis de sortir si vite de cette crise. On travaille dessus depuis 30 ans. Certes, Moderna et BioNTech ont trouvé une solution pour stabiliser la molécule, mais elle aurait été inutile sans les progrès réalisés depuis 2004 sur le décodage du génome. Et il est fascinant de regarder les projets d’une société comme Moderna. Au-delà des vaccins, l’ARN messager pourrait être utilisé dans des thérapies contre le cancer ou encore pour accéder aux cellules souches du corps humain. C’est très prometteur pour les thérapies régénératives et pour la recherche sur l’allongement de la durée de vie humaine. On peut s’attendre à une marée d’innovations dans les 10 prochaines années. »

Les obstacles à lever

Encore faut-il mettre les bons garde-fous, ce dont les investisseurs ont bien conscience. « Des solutions d’intelligence artificielle sont proposées aux big pharma pour accélérer leur recherche sur de nouveaux médicaments. L’infrastructure est en place. Si tant est que l’on trouve des solutions pour anonymiser et garantir la protection des données. C’est un énorme obstacle pour le secteur, a prévenu Stanislas Subra. A la MACSF, nous avons financé la société Owkin, créée par un médecin français, qui propose une solution pour accéder aux données des grands hôpitaux du monde. C’est “l’apprentissage fédéré” : ce ne sont plus les données qui voyagent mais les algorithmes de mise au point de nouveaux traitements. Les plus grands noms du capital-risque financent cette société. » L’association de la tech et de la santé semble donc bien une thématique de plus en plus porteuse pour les investisseurs. 

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