Stratégie

Société de gestion

Moneta Asset Management, le spécialiste des actions françaises

Option Finance - 6 octobre 2014 - Sandra Sebag

Sociétés de gestion

La société de gestion a fortement collecté ces dernières années sur son fonds phare Moneta Multicaps spécialisé dans la gestion des actions françaises. Ce fonds est maintenant le plus important dans cette classe d’actifs sur le marché français. La société de gestion a dû recruter et modifier la composition de son fonds face à l’afflux de capitaux.

Entre fin 2012 et septembre 2014, Moneta Asset Management (AM) a multiplié par 2,5 fois ses encours sous gestion pour atteindre les 2,45 milliards d’euros. Créée en 2003, Moneta AM fait ainsi maintenant partie des sociétés de gestion entrepreneuriales qui comptent sur le marché français. Il faut dire que ces dernières années, la performance a été au rendez-vous, le fonds phare de la société de gestion Moneta Multicaps a en effet largement battu son indice de référence : le CAC 40. A fin août, la performance depuis le début de l’année du CAC 40 a été de 2 % contre 5,1 % pour Moneta Multicaps. Et depuis sa création en 2006, sa surperformance est régulière.

Romain Burnand, Co-dirigeant, Moneta AM
Romain Burnand

Un prisme en faveur de l’analyse financière

La spécificité de cette société de gestion, qui ne propose que trois fonds, tient surtout à la personnalité de ses fondateurs, Romain Burnand et Patrice Courty. Tous deux ont commencé comme analystes sell-side chez des brokers – JP Morgan à Londres pour Romain Burnand et Cholet Dupont à Paris pour Patrice Courty – et ont été plusieurs fois récompensés au cours de leur carrière. Les fondateurs de Moneta AM présentent donc un prisme particulier en faveur de l’analyse financière et de la recherche sur les sociétés. Ainsi, sur les 14 collaborateurs qu’emploie actuellement la société, six sont dédiés à l’analyse financière et deux à la gestion des fonds. Une organisation que l’on ne retrouve pas fréquemment dans les petites sociétés de gestion entrepreneuriales dont l’équipe de gestion est composée essentiellement voire exclusivement de gérants. Moneta AM possède ainsi l’une des équipes d’analystes financiers les plus étoffées dans le monde des petites sociétés de gestion entrepreneuriales. Cette équipe est scindée en deux : une autour de Romain Burnand et une deuxième autour de Patrice Courty. La première est la plus importante en termes d’effectifs puisqu’elle est chargée de gérer les fonds Moneta Microcaps (241 millions d’euros à fin août 2014) et le fonds Moneta Multicaps (2 milliards d’euros à fin août 2014) qui représentent l’essentiel des encours de la société de gestion. L’équipe de Romain Burnand comprend quatre analystes spécialisés par secteurs et sur certaines valeurs, chacun suivant entre 15 et 25 titres. Ils travaillent aussi à l’élaboration de modèles de valorisation, rencontrent les entreprises… «Nous possédons nos propres modèles internes de valorisation, nous épluchons l’ensemble des comptes et tableaux financiers et rencontrons le management des sociétés, détaille Grégoire Uettwiller, analyste chez Moneta AM. Nous établissons par ce biais des cours cibles pour l’ensemble des valeurs en portefeuille. Chaque analyste travaille directement en collaboration avec Romain Burnand qui aime s’impliquer aussi dans ce travail de décorticage des sociétés».

Des rencontres régulières avec le management des entreprises

La construction du portefeuille repose en grande partie sur les analyses produites et les rencontres avec le management. «L’essentiel de notre travail consiste à trouver des idées d’investissement, à analyser des sociétés, renchérit Romain Burnand. Les analystes affinent en permanence leurs modèles. Nous rencontrons aussi très régulièrement les sociétés jusqu’à plusieurs fois par an pour celles que nous avons en portefeuille. L’analyse réalisée en amont nous permet de poser des questions pertinentes au management.» La sélection des valeurs ne comporte pas de biais spécifique. «Nous n’affichons pas une optique en faveur des valeurs décotées ou des valeurs de croissance qui peuvent se retrouver les unes comme les autres dans notre portefeuille, précise Romain Burnand. Nous nous caractérisons comme des gérants multi-stratégies, multi-capitalisations et contrariants. Chaque choix peut contribuer à la performance globale du fonds.» Cette équipe gère de la même façon les fonds Moneta Microcaps et Moneta Multicaps. La différence entre ces deux fonds porte essentiellement sur la pondération donnée aux valeurs en fonction de leur taille : les petites capitalisations auront un poids plus important dans Moneta Microcaps que dans Moneta Multicaps. Le portefeuille est dans les deux cas très concentré. «Nous comptons environ 75 lignes dans chacun des deux fonds, indique Romain Burnand. Cependant, les 20 premières lignes représentent environ entre 60 et 65 % du portefeuille». Il arrive que le gérant dépasse même le seuil de 5 % de la capitalisation d’une entreprise, comme cela a été le cas pour le Club Med ou Altamir. Il s’agit d’investissements de long terme dans lequel le gérant n’hésite pas à s’impliquer, parfois même rudement, en matière de gouvernance. «Nous nous sommes opposés ces dernières années à plusieurs résolutions, soit sur les conventions réglementées, soit sur des changements de statuts quand elles ne nous paraissaient pas être dans l’intérêt des actionnaires, indique Romain Burnand. Notre action, associée à celle de Colette Neuville, a contribué à ce que l’assemblée générale rejette plusieurs de ces résolutions lors des dernières assemblées d’Altamir par exemple.»


Le fonds long/short, un produit de niche

L’organisation est la même pour l’équipe long/short avec un gérant, Patrice Courty appuyé par un analyste, et bientôt un deuxième. L’objectif du fonds est toutefois différent. «Le fonds long/short ne recherche pas seulement la performance, mais aussi le contrôle des risques, indique Romain Burnand. Sa volatilité est inférieure de 50 % à celle des marchés actions. Le process est plus systématique mais tout aussi fondamental que celui déployé dans le cadre des autres fonds». Par ailleurs, l’univers d’investissement, même si des positions communes ressortent dans les portefeuilles, est différent, puisque Patrice Courty s’intéresse aux valeurs européennes tandis que l’équipe long only est plutôt focalisée sur les valeurs françaises qui représentent 80 % du portefeuille de Moneta Multicaps.Cette méthode d’investissement a porté ses fruits puisque les encours sous gestion de Moneta Multicaps ont fortement progressé ces deux dernières années. Il est vrai que le fonds Moneta Microcaps est fermé (voire encadré), tandis que les encours ne peuvent grimper aussi vite dans le fonds long/short qui reste un produit de niche. Le gérant a dû s’adapter à cette hausse en recrutant des collaborateurs pour les fonctions supports, même si pour l’essentiel celles-ci sont externalisées auprès de prestataires externes. La société de gestion a ainsi embauché cette année une personne supplémentaire au secrétariat général. Elle a également renforcé l’équipe d’analystes en recrutant un analyste financier ainsi qu’un analyste dédié à l’exécution. Il s’agit pour elle à la fois de professionnaliser ce métier, d’en tirer des points de performance supplémentaires, mais aussi de dégager du temps pour les gérants qui assuraient auparavant eux-mêmes l’exécution. Une activité chronophage notamment en ce qui concerne les petites et moyennes capitalisations. «Nous travaillons avec 25 brokers différents car nous devons trouver des contreparties capables de nous fournir des blocs importants de titres notamment sur les moyennes valeurs, mais aussi de nous procurer la meilleure recherche possible sur les sociétés, avance Alexandre Sanchini, analyste négociateur. Malgré l’augmentation de notre volume de transactions, nous n’avons ainsi pas cherché à réduire le coût unitaire du passage des ordres afin de conserver de très bonnes relations avec les brokers pour que ceux-ci nous informent de tout mouvement sur les titres que nous avons en portefeuille.»

 

Un basculement vers les grandes capitalisations

Outre les recrutements, le gérant a également dû modifier la composition de ses portefeuilles et plus particulièrement celui de Moneta Multicaps. Ce dernier, qui comportait initialement une plus grande part de petites capitalisations, a dévié au fur et à mesure de la hausse des encours vers les grandes capitalisations qui représentent maintenant un peu moins de la moitié des valeurs en portefeuille contre 10 % seulement pour les petites capitalisations. Une évolution perceptible depuis plus de deux ans (voir tableau), mais qui n’est pas nouvelle pour la société de gestion. En 2006, elle avait déjà, en créant Moneta Multicaps, réduit son exposition aux petites capitalisations alors qu’elle était initialement spécialisée principalement sur cette classe d’actifs. «Les petites valeurs ne sont pas les plus faciles à appréhender, ni forcément les plus intéressantes en termes de performance, précise Romain Burnand, nous n’avons pas voulu passer trop de temps à les analyser.» Le gérant a donc décidé de lancer un nouveau fonds investi sur toutes les tailles de capitalisation afin de générer de la performance (voir encadré), mais aussi de pouvoir accéder à des valeurs plus liquides. Cette stratégie lui a permis paradoxalement de conserver une proportion importante dans ces fonds de petites capitalisations. La liquidité n’est en effet pas gérée ligne à ligne, mais au niveau global. «Nous possédons en portefeuille des valeurs peu liquides comme certaines petites capitalisations et des valeurs beaucoup plus liquides, détaille Romain Burnand. L’important est d’avoir la capacité de faire face à d’éventuels rachats, même massifs. Nous pouvons vendre 26 % du portefeuille en une seule journée.»

Cette déformation de la composition du fonds en faveur des grandes capitalisations ne s’est pas traduite par une baisse de la performance même si les petites et moyennes capitalisations surperforment en moyenne sur le moyen/long terme en moyenne par rapport aux grandes capitalisations. «Les grandes capitalisations ont contribué pour moitié à la surperformance du fonds qui est de 20 % depuis 2012 par rapport à l’indice CAC 40 avec dividendes réinvestis», indique Romain Burnand.

Une approche artisanale revendiquée

A contrario, la hausse des encours sous gestion n’a pas conduit la société de gestion à renforcer ses forces commerciales. Elle se contente depuis six ans de deux commerciaux. «Notre objectif est de faire de bons produits et pour cela il faut mettre l’accent sur l’analyse financière, indique Romain Burnand. Nous souhaitons rester de purs artisans dédiés à leur matière, la croissance des encours suivra si nous avons des bons produits, mais nous ne recherchons pas forcément à grossir, notre taille nous convient parfaitement.» Une taille qui permet aussi aux collaborateurs de dialoguer directement avec les clients. «Nous sommes tous présents lors des présentations clients et sommes accessibles», avance Romain Burnand dont la clientèle est composée à 50 % d’institutionnels classiques, 40 % de banques privées et de conseillers en gestion de patrimoine et pour 10 % de particuliers en direct attirés par la performance des fonds. «Notre clientèle n’est pas captive, elle peut partir rapidement si nos performances diminuent, cela nous incite à poursuivre selon la même méthode, poursuit Romain Burnand, une méthode que nous maîtrisons bien et qui a fait ses preuves.» Une façon d’affirmer sa volonté de rester toujours un artisan de la gestion.

Source : Moneta AM

 

(1) Valeurs du CAC 40 & Next 20 ou leur équivalent étranger (2) Valeurs du Mid 50 ou leur équivalent étranger
(3) Autres valeurs 

Un parcours en plusieurs étapes

Patrice Courty
Patrice Courty

En 2003, Romain Burnand s’est associé avec Patrice Courty pour lancer Moneta AM. Celui-ci avait quitté, quelques années auparavant, le monde de l’analyse sell-side pour lancer son propre hedge funds à Londres : Totem. Il a apporté ce fonds lors de la création de Moneta Asset Management. De son côté, Romain Burnand a créé Moneta Microcaps. L’équipe, très restreinte au début, a démarré son activité avec deux fonds gérés selon des modalités très distinctes : une gestion long/short de convictions domiciliée dans les Iles Caïmans pour Patrice Courty et une gestion de convictions dédiée aux petites et moyennes capitalisations françaises pour Romain Burnand.

En 2006, les deux associés ont décidé pour des raisons différentes de lancer chacun un nouveau fonds. Patrice Courty a lancé un fonds long/short au format Ucits domicilié en France afin de pouvoir lever plus facilement des capitaux. Pour sa part, Romain Burnand, ayant levé des capitaux importants pour un fonds microcaps, commençait à être limité dans sa capacité à trouver de bons dossiers. Lorsque le fonds a atteint les 120 millions d’euros, il l’a donc fermé avant de lancer un fonds investi sur toutes les tailles de capitalisation, Moneta Multicaps.

La troisième étape du développement de la société de gestion a été entamée en 2013 lorsque la hausse des encours du fonds Moneta Multicaps s’est accélérée jusqu’à atteindre 2 milliards d’euros.