Stratégie

Naïm Abou-Jaoudé, directeur général de Candriam et président de New York Life Investment Management International

"Notre objectif est maintenant d’acquérir des expertises dans les actifs illiquides."

Option Finance - 3 décembre 2018 - Sandra Sebag

Candriam

Cette année, nous avons pris une participation dans Tristan Capital Partners, un spécialiste immobilier, et continuons à analyser des cibles avec des encours compris entre 5 et 10 milliards d’euros.

Naïm Abou-Jaoudé, directeur général, Candriam et président de New York Life Investment Management International
Candriam

Quelle est votre vision du marché français de la gestion d’actifs ? Est-il différent des autres marchés européens ?
Outre le fait que le marché français est en grande partie captif, il se distingue par la sophistication de sa clientèle. Les solutions proposées aux investisseurs institutionnels reposent sur une forte technicité. A contrario, les ménages affichent un très faible appétit pour les actions et plus généralement pour les produits de gestion, les dépôts et les livrets bancaires occupant l’essentiel de leur épargne. L’autre spécificité du marché réside dans son avance en matière de gestion socialement responsable et de lutte contre le réchauffement climatique. 75 % des institutionnels français ont développé des approches ISR. On ne retrouve nulle part dans le monde une telle proportion.

Comment se développer dans un tel contexte ? Est-ce plus difficile pour une société de gestion étrangère ?

Nous sommes détenus par un actionnaire étranger, mais nous sommes présents depuis plus de vingt ans sur le marché français et sommes à ce titre bien connus. Depuis notre rachat par New York Life il y a cinq ans, notre croissance a été de l’ordre de 80, nos encours avaient atteint fin septembre 2018 quelque 120,8 milliards d’euros. Notre collecte nette pour 2018 est proche à ce jour de 8 milliards d’euros. Nous bénéficions du soutien de notre actionnaire qui nous donne les moyens de nous développer, tout en nous laissant une grande marge de manœuvre. Nous nous considérons comme un gérant multi-spécialiste de convictions. Notre développement s’appuie ainsi sur des expertises qui délivrent de la surperformance. Elles nous permettent de nous développer de façon organique, ce qui n’exclut pas les partenariats. Cette année, nous avons conclu deux partenariats, un avec OFI AM dans les stratégies de risk arbitrage et un second plus large avec ABN Amro, qui nous a confié des gestions par délégation. Notre objectif est maintenant d’acquérir des expertises dans les actifs illiquides. Cette année, nous avons pris une participation dans Tristan Capital Partners, un spécialiste immobilier, et continuons à analyser des cibles avec des encours compris entre 5 et 10 milliards d’euros. En parallèle, nous travaillons à diversifier notre clientèle, qui se répartit entre 60 % d’institutionnels et 40 % de distributeurs. Cette diversification est importante, elle nous permet de mieux résister en cas de marchés adverses.

Votre croissance passe-t-elle aussi par la recherche d’économies d’échelle ?
Notre modèle ne repose pas sur l’industrialisation et la baisse des coûts. Au contraire, nous considérons qu’il faut investir pour offrir à nos clients du rendement. Ces derniers sont prêts à payer pour des produits performants et des services personnalisés de haute qualité. Nous avons notamment investi depuis plusieurs années dans le digital afin d’améliorer le service client. Cela nous a permis de mettre à leur disposition un robot qui apporte à leurs réseaux du conseil en investissement. Nous utilisons aussi l’intelligence artificielle pour améliorer nos process de gestion et nous avons créé une académie de e-learning sur l’ESG.