Stratégie

Parole d'expert, Sarah Norris, gérante spécialisée dans l’impact investing, Aberdeen Standard Investments

«Nous fournissons aux investisseurs un accès structuré aux objectifs du développement durable (ODD) des Nations unies.»

Communiqué - 29 janvier 2018 - Option Finance

Aberdeen

Sarah Norris, gérante spécialisée dans l’impact investing, Aberdeen Standard Investments
Aberdeen Standard Investments

Comment définissez-vous l’impact investing ?

L’impact investing désigne les placements effectués non pas dans un but exclusif de rentabilité financière, mais qui sont aussi susceptibles d’avoir un impact social et/ou environnemental quantifiable. Il va au-delà de la sélection négative comme la simple exclusion et investit activement dans le changement positif. Son but est de générer des rendements qui proviennent de l’impact obtenu. Nous nous appuyons plus précisément sur le Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations unies et ses 17 objectifs de développement durable (ODD) qui ont été arrêtés au mois de janvier 2016. Ce programme s’intéresse à trois grandes questions : le changement climatique, la montée des inégalités, la production et la consommation non durables. Les ODD définissent un cadre pour l’investissement à impact car ils permettent d’identifier les problèmes, de définir les éventuelles solutions à impact et surtout de quantifier les résultats. Notre intention est de fournir aux investisseurs un accès structuré aux ODD des Nations unies. Il est intéressant d’ailleurs de noter que peu de temps après, les 175 Etats membres des Nations unies signaient en avril 2016 l’accord historique de Paris (COP 21).

Quel rôle les gérants peuvent-ils jouer pour faire avancer ces thématiques ?

En faisant de l’impact un thème d’investissement, les ODD permettent d’accéder à des capitaux. Selon les Nations unies, ce projet pour l’avenir devrait coûter environ 500 à 700 milliards de dollars US par an. Pour le financer, tous les acteurs doivent s’impliquer : les administrations, les autorités de réglementation, les consommateurs, le capital-investissement, les entreprises sociales et bien sûr les investisseurs en actions cotées. Avec plus de 80 000 milliards de dollars US d’actifs sous gestion les gérants ont un rôle majeur à jouer. Ils peuvent désormais créer des portefeuilles de sociétés financièrement attrayantes, conscientes des enjeux et dont les produits, les services et les stratégies commerciales ont un impact positif.

Quels sont les défis à relever par les fonds à impact qui investissent dans les actions cotées ?

L’investissement dans des actions cotées donne de l’ampleur à l’impact investing, mais il comporte aussi des défis, au premier rang desquels figure la méthodologie permettant de vérifier si une société est sincère ou s’il s’agit d’opérations de marketing pour attirer les capitaux. L’impact doit être intentionnel et non une incidence accidentelle. La compréhension des intentions et de la stratégie d’une société est essentielle, c’est pourquoi l’évaluation est si importante. La quantification et l’intention vont de pair.

Quelle est votre méthodologie pour évaluer les entreprises ?

Les Nations unies ont identifié 232 indicateurs permettant d’évaluer les progrès par rapport aux objectifs. Ils peuvent être utilisés pour évaluer l’apport d’une société. L’entreprise sélectionnée doit avoir l’intention stratégique de générer un impact et cet impact doit ensuite être quantifiable. Une société qui réduit simplement son empreinte carbone ou fait preuve de plus de transparence au sujet de sa chaîne d’approvisionnement ne satisfait pas à ces critères. Une société avec une véritable conscience vis-à-vis des parties prenantes et de l’environnement intégrera la transparence et la durabilité à son modèle opérationnel. Elle définira aussi clairement une stratégie dont le principal objectif est de proposer des produits et des services offrant des solutions conçues pour avoir un impact sociétal et ou environnemental positif. Ces solutions doivent apporter des résultats concrets qui sont mesurables, quantifiables et qui doivent pouvoir s’inscrire dans des objectifs. Nous considérons que la distinction entre les résultats et les objectifs est très importante pour l’identification de l’impact intentionnel. Les résultats sont à court terme : réduction des émissions de carbone ou le nombre total de personnes ayant accès à l’énergie. Les objectifs en sont la résultante à plus long terme : où la réduction d’émissions de carbone s’est-elle produite ? Comment contribue-t-elle à réduire l’empreinte énergétique d’un pays ou d’une région ? Qui avait accès à l’énergie ? S’agit-il d’une ville déjà bien éclairée ou d’un nouveau réseau électrique dans une zone mal desservie ? Cette distinction est essentielle et importante afin que l’investissement en actions cotées puisse se conformer aux ODD de l’ONU.

Plus précisément, quels critères utilisez-vous ?

Si l’évaluation des rendements financiers est plutôt simple, la quantification de l’impact social ou environnemental est plus difficile. Néanmoins, son évaluation précise est indispensable au développement et à la légitimation de l’investissement à impact dans des actions. Nous nous référons à huit piliers qui sont conformes aux 17 objectifs de développement durable. Ces piliers sont les suivants : l’économie circulaire, l’énergie, l’eau et les systèmes sanitaires durables, la formation et l’emploi, l’inclusion financière, l’alimentation et l’agriculture ainsi que l’immobilier et les infrastructures durables. Nous recherchons les entreprises dont les produits et les services correspondent à l’un de ces piliers et qui aident donc les pays à satisfaire l’un des 17 ODD. Nous concentrons notre recherche sur les entreprises qui nous séduisent déjà d’un point de vue financier et définissons des seuils spécifiques afin de comprendre si la société poursuit de façon intentionnelle une stratégie positivement impactante. Nous examinons les sources de revenu concernées et leur taux de croissance ainsi que leur répartition géographique par le biais d’indicateurs clés de performance spécifiques issus des ODD. Ainsi, notre processus identifie l’importance relative d’un produit ou d’un service impactant sur les performances financières de la société, et son évolution. Il n’y a pas de filtre possible, de sorte qu’un engagement actif est nécessaire pour comprendre et surveiller les stratégies, vérifier la responsabilité et encourager les investissements là où le besoin s’en fait le plus sentir. Il est essentiel que les sociétés communiquent avec précision sur leurs activités. Nous n’avons pas besoin de plus de données, mais de données de meilleure qualité. La prise en compte des ODD entraîne par ailleurs une forme de standardisation des informations. Nous nous basons donc sur des échanges avec les sociétés, mais aussi sur les publications universitaires, des sources indépendantes comme l’Access to Medicine Index ou des organismes internationaux comme l’Organisation mondiale de la santé…

Pouvez-vous donner un exemple concret d’entreprise sélectionnée ?


Safaricom est un excellent exemple de société à impact. Cette entreprise kenyane propose un accès au réseau mobile et à Internet ainsi qu’à des services de portefeuille mobile, qui constituent un moyen d’inclusion financière pour les membres de la société n’ayant pas accès aux services bancaires. Safaricom a récemment introduit des applications mobiles afin de permettre aux personnes à faible revenu de faire des économies pour leurs soins de santé. Elle a également lancé une initiative exploitant sa plateforme afin de faciliter l’accès à la distribution de nourriture des réfugiés dans différents camps. L’objectif de Safaricom est de s’adresser à 3 millions d’entre eux d’ici la fin 2020.

Les fonds à impact sont-ils compatibles avec la performance ?

Nous considérons que l’impact génère de l’alpha. En se concentrant sur les entreprises qui s’efforcent intentionnellement d’avoir un impact positif sur l’environnement dans lequel elles opèrent et sur leurs clients, la stratégie «impact» s’accorde avec la recherche d’une performance financière. Nous sélectionnons des sociétés innovantes, prêtes à vraiment révolutionner le monde et qui réalisent des bénéfices grâce à leurs investissements novateurs, créateurs de valeur.

Quelles sont les perspectives de croissance de l’investissement à impact ?


Un livre blanc rédigé par notre «responsible investing team» identifiait trois tendances très intéressantes. Tout d’abord, 75 % de la génération Y déclare qu’il est essentiel qu’une entreprise ait un impact positif sur la société et ne se contente pas de faire des bénéfices. Ensuite, lorsqu’elle prend des décisions en matière de placement, la génération Y est doublement tentée d’investir dans un portefeuille ou dans des entreprises individuelles à la recherche d’impacts sociaux ou environnementaux positifs. Au cours des prochaines décennies, environ 30 milliards de dollars US d’actifs financiers et non financiers seront transmis de la génération des «baby-boomers» à la génération Y, rien qu’aux Etats-Unis. Les perspectives de l’impact investing sont donc excellentes.