Stratégie

Charles Moussier, responsable EMEA des solutions d’investissement assurance chez Invesco

« Nous nous efforçons de répondre aux multiples exigences des assureurs »

Option Finance - 23 avril 2021 - Parole d'expert

ESG

Deux tendances de fond animent actuellement le secteur de la gestion assurantielle : une demande croissante pour des solutions d’investissement respectant les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et un intérêt de plus en plus marqué pour le segment de la dette privée, qui permet d’obtenir des rendements potentiellement plus élevés. Charles Moussier, responsable EMEA des solutions d’investissement assurance chez Invesco, revient sur la conciliation parfois difficile entre ces deux exigences.

Le métier de la gestion assurantielle a fortement évolué…

Il s’est effectivement complexifié au fil du temps. Il y a encore quelques années, la gestion assurantielle se résumait à des placements obligataires traditionnels, principalement dans des obligations de pays développés, complétés par des actions et de l’immobilier.

Aujourd’hui, compte tenu de l’environnement de taux, les assureurs doivent trouver de nouvelles sources de rendement pour couvrir leurs coûts fixes et leurs garanties afin de rester compétitifs. Des gros enjeux sont apparus sur la diversification de leur allocation, que ce soit à l’international ou sur des actifs alternatifs qui se caractérisent par une liquidité moindre.

Toutefois, nombre d’entre eux n’ont pas les moyens humains et l’expertise pour investir sur ces actifs diversifiants et ont donc besoin de recourir à des spécialistes de l’asset management pour ce faire.

Quelles sont aujourd’hui les attentes formulées par les assureurs ?

Tout d’abord, la crise sanitaire a clairement fait bouger les lignes en matière d’investissement responsable. Sur ce sujet, tous les assureurs ont revu leurs ambitions à la hausse, et plus seulement en Europe comme on l’observait précédemment mais aussi aux Etats-Unis. Peut-être faut-il y voir l’effet de l’élection de Joe Biden ?En parallèle, dans le cadre de mes échanges avec les assureurs, il ressort que la recherche d’un surcroît de rendement les pousse de plus en plus vers les marchés de dette privée.

A quels obstacles vous heurtez-vous pour satisfaire leurs demandes ?

Il est important de leur expliquer qu’il n’est pas toujours possible de répondre simultanément à toutes leurs exigences, en termes de rendement et d’investissement responsable. Pour certains actifs, comme la dette privée ou la dette émergente, il est difficile d’intégrer une dimension ESG car il y a peu ou pas d’informations extra-financières disponibles. S’ajoute à cela la problématique de l’illiquidité de certains actifs. Par essence, ces classes d’actifs manquent de profondeur par rapport à l’ampleur des investissements assurantiels.

Dans ces conditions, quelles solutions leur proposez-vous ?

Notre objectif est d’avoir une approche le plus possible orientée clients et nous avons une volonté forte de nous adapter à leurs besoins et contraintes.

Nous nous efforçons donc de réconcilier dans nos propositions ce mouvement vers l’ESG et cette recherche de rendement, à travers des solutions d’investissement responsable à la lisière du privé. C’est par exemple le cas de la dette en immobilier – domaine d’activité dans lequel les enjeux environnementaux sont largement pris en compte –, des infrastructures listées, des « municipal bonds » américains (obligations émises par des collectivités territoriales pour financer des services essentiels comme des hôpitaux, des établissements scolaires ou des réseaux de distribution d’eau) sur lesquels Invesco a une expertise reconnue, ou encore des marchés semi-privés. Ces segments ont pour avantage de présenter de bons niveaux de liquidité, ce qui permet de traiter les importants volumes d’investissement des assureurs.

En parallèle, pour donner à nos clients les moyens d’investir sur les actifs privés, nous avons opté pour une organisation en architecture ouverte dans ce domaine. Nous avons donc noué des partenariats avec des spécialistes de ces actifs privés pour compléter notre palette. Nous fonctionnons alors comme une plateforme qui conseille les assureurs sur les allocations en actifs privés et qui agrège leurs investissements, ce qui leur ouvre l’accès à des fonds très diversifiés pour lesquels les tickets d’entrée sont habituellement très/trop élevés.

Cette approche nous permet au final de proposer une offre complète à tous les types de clients, y compris à ceux dont la taille plus modeste ne donnait jusqu’alors pas accès à certains segments de marché.