Stratégie

Bernard Aybran, directeur de la multigestion, Invesco Asset Management

"Nous nous intéressons davantage au style du gérant qu’à celui des valeurs qu’il sélectionne"

Funds - Mai 2015 - Prospos recueillis par Pierre Gélis

Invesco AM

La rédaction de Funds Magazine a interrogé Bernard Aybran, directeur de la multigestion d'Invesco Asset Management. Il revient pour nous sur le comportement passé et à venir des valeurs value.

Bernard Aybran, directeur de la multigestion, Invesco Asset Management
Invesco Asset Management

Est-ce encore efficace de gérer en fonction du style des fonds en 2015 ?

Bernard Aybran, directeur de la multigestion, Invesco Asset Management : Dans nos portefeuilles, nous essayons de mixer en permanence des gérants qui ont un style différent. Nos gérants scrutent plutôt la croissance des bénéfices à moyen terme, alors que la gestion value parie sur un retournement vers une valorisation moyenne grâce à un catalyseur. Mais, en général, personne n’est capable de percevoir le bon catalyseur à l’avance, si bien que nous ne cherchons pas vraiment à investir dans ce style. Une action bon marché peut le rester très longtemps. En outre, le style value implique des cycles un peu longs pour nous. Par ailleurs, depuis quasiment deux ans, la hausse des marchés occidentaux s’explique beaucoup plus par une hausse des valorisations que par une augmentation des bénéfices. Et les valorisations qui montent le plus concernent des valeurs, comme celles de la santé, qui étaient déjà chères précédemment. C’est l’un des paradoxes de ce marché. Il me semble que beaucoup d’investisseurs viennent par défaut sur le marché des actions.

Comment vont se comporter les valeurs value en cas de consolidation du marché ; ne deviennent-elles pas défensives ?

Bernard Aybran : Les valeurs value des secteurs de l’énergie, des mines ou de l’industrie sont souvent des entreprises très cycliques, on peut donc imaginer qu’elles vont souffrir davantage que le reste de la cote en cas de consolidation. En revanche, le rendement du dividende des actions européennes est relativement intéressant, car il se situe entre 3 % et 3,5 % en moyenne. Les rendements les plus attrayants se situent dans les services aux collectivités et les télécoms. Pour autant, en termes de performance globale, en incluant la variation du cours, les valeurs de rendement sous-performent le reste de la cote depuis un bon moment. A cet égard, l’immobilier coté, donc les foncières et sociétés d’investissement immobilier dans lesquelles nous avons investi, constitue une exception. Elles ont bénéficié d’un rattrapage, un peu rapide d’ailleurs, en tout début d’année, ce qui nous a conduits à alléger la position. Toujours est-il que ces valeurs immobilières européennes bénéficient d’une bonne visibilité sur leurs loyers à encaisser, d’un taux de vacance faible et d’une activité économique stabilisée. Cela permet de maintenir un dividende assez élevé et c’est certainement le secteur des valeurs de rendement qui nous intéresse en premier lieu.

Quel est votre regard sur les styles de gestion ?

Bernard Aybran : Les styles ne sont pas une histoire du passé mais, en fait, nous nous intéressons davantage au style du gérant qu’à celui des valeurs qu’il sélectionne. Vous pouvez acheter Total pour son dividende élevé, ce qui permet d’obtenir du rendement. Mais vous pouvez aussi l’acheter parce que le groupe parvient à maintenir la croissance de son bénéfice sur un cycle complet. Vous pouvez aussi l’acheter en considérant qu’il s’agit d’une valeur en retournement en raison de la réduction de son plan d’investissement et des réductions de coûts. Donc trois styles de gestion peuvent s’intéresser à une seule valeur. L’important est que chaque gérant achète Total à un moment différent et ne garde pas la valeur sur le même horizon, les objectifs étant différents. Et donc, en connaissant les raisons pour lesquelles un gérant achète et vend ses titres et le comportement de son portefeuille, nous pouvons nous faire une idée sur la manière d’assembler ces différentes briques dans notre portefeuille et la façon dont il va se comporter.

Comment se sont comportées les valeurs value dans le rallye de début d’année ?

Bernard Aybran : Toutes les valeurs value ne se sont pas conduites de la même façon. Les matériaux de base, l’aciérie, les mines sont toujours très largement mal orientées car elles sont très liées au cycle des matières premières. Ce sont des valeurs complètement décotées. En outre, on attend de nouvelles baisses de prix en 2015 sur ce secteur, parce que les matières premières sont aussi liées au cycle économique global alors que la croissance européenne n’en est pas très consommatrice. Donc toutes les valeurs traditionnelles value ne bénéficient pas de la hausse des marchés, seule une petite partie a pu en profiter.